Société

Mort de George Floyd : Virgil Abloh s’attire les foudres de la communauté africaine-américaine

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Mis à jour le 08 juin 2020 à 17h58
Virgil Abloh à la Paris Fashion Week, le 17 Jan 2019.

Virgil Abloh à la Paris Fashion Week, le 17 Jan 2019. © Swan Gallet/WWD/REX/Shutterstock/SIPA

Le directeur artistique de Louis Vuitton et fondateur de la griffe Off-White enchaîne les critiques à propos des saccages survenus aux États-Unis après la mort de George Floyd entre les mains de la police. 

Virgil Abloh serait-il victime du syndrome Kanye West – dont il est l’ex-bras droit ? En moins de vingt-quatre heures, le directeur artistique pour homme de la griffe de luxe Louis Vuitton et créateur de la marque Off-White s’est attiré les foudres de la communauté africaine-américaine, sur les réseaux sociaux, en multipliant les publications hasardeuses.

Alors que, depuis plus d’une semaine, manifestations et émeutes essaiment dans tous les États-Unis en raison de la mort de George Floyd, énième Africain-Américain tué par un officier de police blanc – le 25 mai, à Minneapolis –, le créateur de mode de 39 ans, natif de l’Illinois et d’origine ghanéenne, a réagi en se fendant de déclarations jugées malvenues.

« Le streetwear est mort »

Nous sommes le 31 mai. Abloh poste dans une story Instagram, réseau social où il est suivi par plus de 5 millions de personnes, une vidéo montrant une boutique dénommée Round Two Vintage spécialisée dans la culture hip-hop, à Los Angeles, saccagée et pillée. Son commentaire : « Voici pourquoi je dis que le streetwear est mort » – il plaide, depuis peu, en faveur d’une reconnaissance du streetwear comme une culture à part entière.

Suit une autre story : des œuvres détériorées entourées de verre cassé au sein du concept-store et hub de création streetwear Fat Tiger, à Chicago. Réaction du diplômé en architecture : « Nos propres communautés, nos propres boutiques… »

Toujours à Chicago, il déplore la mise à sac de la boutique de luxe et galerie d’art RSVP : « Si tout ça soulage votre douleur, on vous la laisse. »

« Du sang, de la sueur et des larmes »

Enfin, il revient sur le saccage de Round Two Vintage dans un propos pour le moins délirant à propos de Sean Wotherspoon, propriétaire des lieux : « Vous devriez voir la passion, le sang, la sueur et les larmes que Sean met dans son travail qui est consacré à notre culture. Quand vous croiserez [Sean], je vous prie d’avoir la dignité de ne pas le regarder dans les yeux et de garder la tête basse. »

Autant dire que le choix du premier homme noir à avoir pris la tête d’une maison de luxe internationale de pleurer la « culture streetwear » en citant des établissements tenus par des Blancs alors que le pays demande justice pour George Floyd et pour l’ensemble de la communauté africaine-américaine passe mal. « Virgil Abloh est plus bouleversé par le pillage de boutiques tenues par des Blancs que par la brutalité policière », pouvait-on notamment lire sur Twitter. Ou « Virgil n’en a rien à faire de la culture, il est juste là pour l’exploiter ». Très vite, Abloh se retrouve parmi les sujets « tendances » du site de micro-blogging.

De l’ascension à l’érosion

« Il faut comprendre qu’il y a deux Virgil Abloh. L’enfant d’immigrés, un espoir pour la communauté africaine-américaine venu de l’école Kanye West, propulsé en 2018 à la tête des collections hommes de Louis Vuitton, dont la marque Off-White prenait de plus en plus de place avec une équipe qui avait le streetwear pour étendard et qui a su diffuser une certaine idée du « cool ». Le tout sans être designer de formation et en cultivant un côté multidisciplinaire [designer, architecte, DJ, etc.]. Et puis il y a celui qui se retrouve sans cesse au cœur de polémiques à cause de plagiats avérés vis-à-vis de très jeunes créateurs ou parce qu’il n’a jamais mis fin à ses relations avec le jeune styliste Ian Connor, soupçonné d’avoir commis une vingtaine de viols », analyse Jean-Jacques Sacré, consultant créatif dans le milieu de la mode – il a notamment travaillé pour le designer Heron Preston, dont la marque est détenue par le groupe de luxe italien New Guards, également propriétaire de la marque Off-White.

Pour cet expert de la mode, Virgil Abloh était attendu au tournant. « Il en vient à critiquer les manifestants alors même que les Noirs sont à l’origine de la culture streetwear. Tout ceci est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour ceux qui, déjà, commençaient à dénigrer son travail. Et puis, on a quand même Marc Jacobs, créateur blanc, qui lui aussi a vu ses points de vente mis à sac, mais qui a déclaré que les objets pouvaient être remplacés alors que les vies humaines, non. »

Maladresses en série

On pensait qu’Abloh aurait retenu la leçon quand, quelques heures plus tard, une autre de ses stories Instagram a provoqué une nouvelle vague de colère. « Hey Miami ! » peut-on lire en légende de la photo d’une plateforme de financement participatif en faveur de l’association Fempower. « Je suis super inspiré. Pour les gosses qui ont manifesté pour George Floyd et qui ont besoin de fonds pour payer leur caution. » Une somme est affichée, elle est de… 50 dollars.

115 dollars pour une paire de chaussettes

Voilà qui met le feu aux poudres. Nombreuses sont les personnalités noires à avoir donné des milliers de dollars pour soutenir les manifestants. Est aussi mis en avant le prix de ses propres créations : 115 dollars pour une paire de chaussettes par exemple.

Moqué, égratigné, voire carrément boycotté et condamné (des internautes n’hésitent pas à montrer leurs vêtements ou chaussures signés Off-White partir à la poubelle), Abloh croit une fois de plus trouver son salut grâce à une nouvelle déclaration. Pas moins de sept pages de textes publiés tant sur Instagram que sur Twitter dans la nuit de lundi 2 à mardi 3 juin.

« Je suis un homme noir »

« Je dois commencer avec quelques infos importantes. Je suis un homme noir. Un homme noir foncé. Je veux dire foncé-foncé… », démarre-t-il avant de faire part de sa peur de rencontrer la mort quand il part en balade. « Ben tiens ! Il joue enfin la carte de la race », commente ironiquement une jeune femme sur Twitter. Il s’excuse notamment pour ses propos et explique que sa ridicule donation entrait dans le cadre d’une chaîne créée avec des amis où chacun mettait 50 dollars. Il en profite pour ajouter que l’argent ne résout rien, mais précise qu’il a donné l’équivalent de 20 500 dollars au « mouvement ». Pour finir, il rappelle ses quelques activités en faveur de l’inclusivité dans la mode.

Il ne s’est jamais montré reconnaissant à l’égard de la communauté noire

« Finalement, avec cette histoire, Virgil Abloh a, paradoxalement, fini d’enterrer le streetwear. Il faut aussi noter que, malgré le positionnement de sa marque, il ne s’est jamais montré reconnaissant à l’égard de la communauté noire pour le soutien qu’elle lui a apporté dans son ascension. D’un point de vue social, politique ou professionnel, il n’a rien donné en retour », commente Jean-Jacques Sacré.

Des rappeurs noirs américains comme Joe Budden, Mick Jenkins, Black Milk ou même Lupe Fiasco ont invité leurs fans à faire l’impasse sur Off-White malgré les plates excuses du créateur. Coup dur pour une griffe se revendiquant de la culture hip-hop…

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