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Algérie : dix choses à savoir sur Tayeb Zitouni, nouveau patron du RND

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Tayeb Zitouni, nouveau patron du RND algérien.

Tayeb Zitouni, nouveau patron du RND algérien. © © DR

Ancien maire d’Alger, l’ingénieur en aménagement urbain est le nouveau secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND). À 54 ans, il a la lourde charge de refonder un parti profondément discrédité, et lié à l’ancien régime.

  • Élu sous Coronavirus

Tayeb Zitouni succède à Azzedine Mihoubi, qui assurait l’intérim à la tête du parti depuis juillet 2019. Arrivé quatrième à la dernière présidentielle, ce dernier a annoncé son retrait de la politique. Candidat unique pour lui succéder, Tayeb Zitouni a été élu lors d’un congrès extraordinaire qui s’est tenu à Alger dans une salle fermée du Centre de conférences Abdellatif Rahal du Club des Pins, en pleine épidémie de Covid-19. Créé en février 1997, le RND n’avait connu que trois secrétaires généraux (SG) de plein exercice : Abdelkader Bensalah, Tahar Benbaïbeche, et Ahmed Ouyahia.

  • Exclu du RND

Régulièrement, Tayeb Zitouni a accusé Ahmed Ouyahia de diriger le parti avec des méthodes staliniennes, entre autoritarisme et népotisme. L’ingénieur était officiellement entré en dissidence en 2012, en participant à un mouvement de redressement visant à chasser le SG de la direction du parti. Fort de ses appuis dans le sérail et en sa qualité de puissant Premier ministre, Ouyahia lui avait mené une guerre totale, parvenant même à l’exclure des rangs du RND en décembre 2016.

  • Parfum de revanche 

Aussi, l’élection de Zitouni a d’ailleurs un doux parfum de revanche sur son ennemi juré. L’ancien Premier ministre a cumulé un total de presque 14 ans à la tête du RND, avant sa disgrâce en 2019. Il purge actuellement une peine de quinze ans de prison pour des affaires de corruption, et risque encore de nouvelles condamnations dans d’autres procès toujours en cours d’instruction.

  • Bébé moustache

C’est le surnom donné au RND à sa naissance sous la présidence de Liamine Zeroual. Privé du soutien du FLN — qui rejoint l’opposition au début des années 1990 –, le pouvoir de l’époque avait décidé de créer ex-nihilo cet appareil d’État pour remplacer le vieux parti. Huit mois à peine après sa fondation, le RND rafle la majorité à l’Assemblée nationale. Douze de ses membres intègrent le gouvernement comme ministres.

  • Attentat terroriste

Son diplôme d’ingénieur en aménagement urbain en poche, Tayeb Zitouni est nommé en 1992 maire-adjoint à la Délégation exécutive communale (DEC) de la commune d’Oued Koriche, à Alger. Créés par décret présidentiel en mars 1992, les DEC remplaçaient les assemblées communales issues des élections de juin 1990 et largement remportées par le Front islamique du Salut (FIS, dissous en 1992). Au cours de son mandat à la DEC d’Oued Koriche, Zitouni échappe à un attentat terroriste. Il en garde des séquelles au niveau des membres inférieurs.

  • Partisan de Bouteflika

Encarté au RND dès sa création, il est élu maire d’Alger-centre à l’issue des communales d’octobre 1997, dont les résultats avaient été contestées par des partis d’opposition, en raison d’une fraude massive en faveur du nouveau parti, « bébé moustache ». Il est réélu à Alger-centre jusqu’en 2012, année où il démissionne pour se consacrer pleinement à la politique nationale. Car, en parallèle, l’homme a fait son chemin au sein du RND. Au point de se voir confier le comité de soutien d’Alger à la candidature de Abdelaziz Bouteflika pour un troisième mandat.

  • Descente musclée

Zitouni s’illustre au cours de cette année 2009 par une descente musclée contre le siège du Rassemblement pour la Culture et la démocratie (RCD) à El Biar, sur les hauteurs de la capitale. Il vient arracher, avec un groupe de partisans, un drapeau noir hissé sur le toit du le RCD, symbole du deuil après la réélection du président sortant.

  • Disgrâce et rebond

Malgré ses relations exécrables avec Ouyahia, Zitouni est nommé président-directeur de la Safex (Société algérienne des foires et exportations) en octobre 2015. Il amorce une nouvelle carrière comme commis d’État au sein de cet organisme public chargé notamment d’organiser la Foire internationale d’Alger. La Safex connaît alors une période florissante, avec un chiffre d’affaires annuel de près de 2 milliards de dinars (environ 14 millions d’euros). Sous sa direction, l’entreprise voit ses activités reculer de 60 %, en raison notamment du contexte politique instable.

  • Siège controversé

Le nouveau SG du RND prend ses quartiers dans un immeuble de quatre étages situé dans le quartier des Asphodèles, à Ben Aknoun. Encore aujourd’hui, ce siège fait l’objet d’une controverse. Quand le RND s’en est accaparé en 1997, l’immeuble appartenait à l’Office national pour le commerce et l’industrie cinématographique (ONCIC). C’est dans ces locaux notamment que furent signés les contrats de films célèbres tels que « Chroniques des années de braises » de Lakhdar Hamina, Palme d’or à Cannes en 1975.

  • Frère ennemi

Le plébiscite de Tayeb Zitouni est intervenu 48 heures avant celui d’Abou El Fadl Baadji, élu SG du FLN. Sans direction légitime depuis l’incarcération de son patron Mohamed Djemaï en septembre 2019 pour des faits de corruption, l’ex-parti unique doit attendre quelques semaines encore avant que son nouveau chef ne s’installe dans son bureau : à peine élu dimanche 31 mai, Abou El Fadl Baadji a été mis en quarantaine préventive par son médecin, de crainte qu’il n’ait été contaminé lors du Congrès électif qui s’est tenu en pleine épidémie de Covid-19.

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