Politique

Réouverture des classes au Sénégal : pourquoi l’exécutif a reculé

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Mis à jour le 15 juin 2020 à 11h02
A la station routière de Colobane à Dakar, le 24 mars 2020 (archives).

A la station routière de Colobane à Dakar, le 24 mars 2020 (archives). © Sylvain Cherkaoui/AP/SIPA

La décision de Macky Sall de rouvrir les classes d’examen a finalement été reportée sine die, quelques heures à peine avant la rentrée, programmée ce mardi.

La nouvelle est tombée peu avant minuit, ce lundi 1er juin. Alors que les établissements scolaires, fermés le 16 mars, s’apprêtaient à rouvrir leurs portes pour les 550 000 élèves en classes de CM2, troisième et terminale, le président sénégalais Macky Sall a décidé, à la dernière minute, de surseoir à la reprise des cours, fixée « à une date ultérieure ».

La décision a surpris jusque dans les ministères, d’autant que, la veille encore, le chef de l’État saluait sur les réseaux sociaux la mobilisation des enseignants : « Nous devons gagner le combat contre le coronavirus tout en assurant une éducation de qualité à nos enfants. Je rends ici un hommage mérité aux enseignants, ces soldats du savoir qui ont accepté fièrement de monter en première ligne pour servir la Nation. »

Il faut l’admettre, le retour des enseignants dans leurs régions a été très mal organisé

« Hier encore, jusqu’à 19 heures, nous faisions le tour des établissements scolaires [pour contrôler la mise en place des mesures sanitaires] », rapporte à Jeune Afrique une cadre du ministère de l’Éducation nationale.

Pour justifier ce revirement de dernière minute, le gouvernement explique que la décision a été prise après l’identification, lundi dans l’après-midi, de dix nouveaux cas de Covid-19 au sein du corps enseignant en Casamance (trois à Ziguinchor, sept à Bignona), et dont les résultats sont parvenus aux autorités sanitaires tard dans la soirée.

Depuis le 26 mai, des centaines de bus de la société publique Dakar Dem Dikk, mis à disposition par les ministères de l’Éducation nationale et des Transports, sillonnent le pays avec à leur bord des milliers d’enseignants en partance pour leur lieu de travail.

Mal encadrés, les départs avaient donné lieu à des attroupements dans les gares routières de Dakar et suscité l’indignation sur les réseaux sociaux. « Il faut l’admettre, le retour des enseignants dans leurs régions a été très mal organisé », reconnaît un collaborateur du président.

Des structures de santé débordées

Rien que dans la région de Ziguinchor, plus de 600 enseignants faisaient partie des professionnels devant voyager à travers le pays. En tout, ce sont 19 000 enseignants qui étaient amenés à se déplacer dans la perspective de la rentrée des classes. Dans le même temps, 145 enseignants auraient été testés, selon une source gouvernementale. 

« En rouvrant les écoles dès maintenant, nous risquions de voir exploser les foyers de contagion dans l’ensemble des régions. Nos structures de santé commencent à être débordées, c’est un risque que nous ne pouvions pas prendre », assure une source gouvernementale.

« Les collectivités locales et territoriales ont beaucoup travaillé pour appuyer les écoles, les lycées et les collèges afin qu’ils garantissent le protocole sanitaire », insiste de son côté une fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale. Ce fameux protocole sanitaire, édicté par les autorités, comprend notamment l’utilisation du thermoflash, le respect de mesures d’hygiène pour les élèves, l’utilisation des masques et la prise en charge des cas suspects par les établissements.

Ce protocole est à la base des modalités de réouverture des classes, expliquait le ministre de l’Éducation Mamadou Talla, en tournée dans plusieurs régions la semaine dernière. Le ministre se disait toutefois « rassuré » au vu des prescriptions des autorités de santé et appelait les élus locaux à « se mobilise[r] et à équipe[r] leurs écoles ».

Pourtant, quelques jours auparavant, de nombreuses voix au sein du corps enseignant alertaient sur le manque de fournitures sanitaires mis à la disposition des établissements, évoquant notamment les difficultés à garantir l’accès à l’eau aux élèves dans certaines zones.Les syndicats enseignants et étudiants reprochaient quant à eux à l’exécutif de les exposer à la menace d’une contagion, et dénonçaient « la précipitation » de la mesure.

« Nous avons assisté au départ des bus qui devaient se rendre à Thiès et à Diourbel. On a placé les enseignants dans des situations extrêmement difficiles, alors même qu’ils s’apprêtaient à aller dans les régions et à se confronter aux élèves », déplorait, lundi le secrétaire général du Cadre unitaire des enseignants du moyen secondaire (Cusems) Dame Mbodj.

Suivi quotidien

Est-ce parce que l’exécutif a préféré ne pas confondre vitesse et précipitation qu’il a, à la dernière minute, fait volte-face ? « Les commandes de gel ou des masques sont des choses qui prennent du temps », reconnaît notre interlocutrice au sein du ministère, ajoutant que « certains produits ont tardé à arriver ». D’ailleus, assure-t-elle, « le ministre l’avait bien indiqué la semaine dernière : si les conditions essentielles [à la réouverture des écoles] n’étaient pas réunies, il revient aux inspections académiques de prendre leurs responsabilités ».

À ce jour, les autorités n’ont communiqué aucune date de reprise des cours. L’opération de transport des enseignants à travers le pays – déjà bien engagée – a toutefois été suspendue, a annoncé le ministère de l’Éducation lundi soir. Quand à ceux qui ont voyagé ces derniers jours pour rejoindre leurs postes, « il ne sera pas possible de tous les tester de manière préventive, mais nous suivons le protocole habituel incluant le suivi des contacts et le dépistage de ceux qui présentent des symptômes », avance un cadre du ministère de la Santé, qui promet « un suivi quotidien des professeurs ».

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