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Comment Libreville veut sortir de sa dépendance au pétrole

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Le port de minerais de Libreville, zone de stockage et de chargement du manganèse, en 2018 (photo d'illustration).

Le port de minerais de Libreville, zone de stockage et de chargement du manganèse, en 2018 (photo d'illustration). © Jacques Torregano pour JA

En signant avec Apollo Minerals et Trek Metals pour la prospection de zinc et de plomb, le Gabon cherche à renforcer son secteur minier, aujourd’hui dominé par le manganèse.

C’est un gisement moyen, mais aux teneurs fortes – jusqu’à 24,85 % de zinc-plomb -, qui a attiré les juniors australiennes Apollo Minerals et Trek Metals. Le projet Kroussou, qui est en phase de recherche, est situé sur une étendue de 986,5 km2 dans la province de Ngounié (centre). L’ouverture d’une mine pour exploiter le zinc et le plomb pourrait se décider d’ici un ou deux ans, a appris Jeune Afrique.

Selon la convention minière signée le 11 mai, la participation d’Apollo Minerals s’élève à 80 %, tandis que Trek hérite de 10 %. L’État garde 10 % de participations, en accord avec le code minier.

Une opération qui concrétise le souhait de Libreville de développer son secteur minier, afin de diversifier son économie encore très dépendante du pétrole. En 2019, le Gabon a même adopté un nouveau code minier qui renforce la part de l’État dans le secteur.

« En termes de protection et de rentabilité, le nouveau code peut attirer un niveau d’investissements allant à plus de trois mille milliards de F CFA (4,5 milliards d’euros) », estime Valéry Nzogue, conseiller juridique au ministère des Mines.

Sortir de la dépendance au pétrole

Le Gabon souhaite devenir premier producteur mondial de manganèse, grâce aux performances de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du français Eramet, présente depuis près de 60 ans au Gabon. La société située à Moanda (sud-est) veut presque doubler ses exports pour atteindre plus de 7 millions de tonnes par an en 2023, grâce à une extension vers le site d’Okouma.

Deux autres exploitants de manganèse ont été accueillis ces dernières années. L’indien Nouvelle Gabon Mining (NoGA Mining), filiale de Coalsale Group présente vers Franceville (est), et la chinoise Compagnie industrielle et commerciale des mines de Huazhou (CICMHZ), à Ndjolé (centre).

Au-delà du manganèse, le Gabon possèdes d’autres ressources comme le fer. En 2018, il signe pour la première fois un accord-cadre avec la sud-africaine Havilah Consolidated Resource à Minlingui, vers Tchibanga (sud). Un plus grand gisement, à Belinga, près de la frontière du Cameroun n’est pas exploité pour des raisons de logistique de transport, ou encore de manque d’investissement, explique-t-on au ministère.


Lire aussi : Code minier, partage de production… Comment le Gabon veut dynamiser son secteur minier


La recherche de diamant a par contre perdu de l’intérêt par rapport aux années 1990. Le Gabon, a pourtant ratifié le processus de Kimberley de certification des diamants en 2018. Libreville pourrait reprendre en main la zone de Makongonio, également dans la Ngounié, où quelques groupements de diamineurs sont en activité, a confié une source bien informée à Jeune Afrique.

C’est Comilog qui est peut-être la plus avancée dans les projets de métaux rares, avec le site de Maboumine. Ce site polymétallique recèle plusieurs métaux dont du tantale, des phosphates, du niobium. Mais le projet est retardé par des difficultés techniques pour séparer ces métaux et des besoins de financements, fait-on savoir au ministère des Mines.

Contrôler le secteur aurifère

Exploité à plusieurs reprises, l’or du Gabon doit être, aujourd’hui, « une substance stratégique », affirme Alain Serge Nzamba Manzanza, directeur général adjoint de la recherche minière et de la géologie.

Libreville a pour ambition de reprendre en main le secteur aurifère, notamment grâce au nouveau code minier de 2019, qui ajoute un partage de production de 10 % en faveur de l’État, après retour sur investissement du côté de l’entreprise.

Ministère gabonais des Mines, du Pétrole et des hydrocarbures.

Ministère gabonais des Mines, du Pétrole et des hydrocarbures. © Jacques Torregano pour JA

En septembre 2018, le gouvernement gabonais avait annoncé la fin de plusieurs activités d’orpaillage. Le ministre des Mines d’alors, Christian Magnana, annonçait que quatre tonnes d’or étaient exportées illégalement chaque année. Plusieurs petites exploitations d’or, parfois à capitaux étrangers, avaient dû fermer.

Mais quelques compagnies asiatiques ont récemment signé des contrats de partage de production (CPP) avec l’État, dont la chinoise Jilin Mining Resources (JMR), qui a signé en octobre 2019 avec la compagnie nationale, la Société équatoriale des mines (SEM). JMR versera à la SEM 10 % de l’or qu’elle produit. Enfin, Alpha Centauri Mining (ACM), à capitaux londoniens et émiratis, possède plusieurs permis vers Ndjolé, mais n’a pas encore signé de convention avec la SEM.

La plus grande entreprise aurifère au Gabon reste la marocaine Managem, en phase d’étude pour le gisement de taille moyenne d’Etéké, situé près de Mouila (sud), qui pourrait produire 1,5 tonne par an sur cinq ans. La société a terminé son exploitation à Bakoudou, dans le Haut-Ogooué (sud-est).

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