Justice

Côte d’Ivoire : quel avenir politique et judiciaire pour Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 29 mai 2020 à 13h45
Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. © AP/SIPA

Malgré la levée d’une partie des restrictions qui leur étaient imposées par la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé n’en ont pas fini avec la justice internationale. Et leur retour à Abidjan semble improbable.

C’est une nouvelle victoire pour Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Après leur acquittement en première instance, en janvier 2019, l’ex-président ivoirien et son co-accusé, poursuivis pour crimes contre l’humanité durant la crise post-électorale ivoirienne de 2010-2011, ont vu leurs conditions de mise en liberté conditionnelle assouplies par la Cour pénale internationale (CPI), ce jeudi 28 mai.

Dans son communiqué, la chambre d’appel de la CPI annonce avoir « décidé de réexaminer la nécessité de maintenir les conditions imposées à la mise en liberté des deux personnes acquittées ».

Concrètement, cela signifie que Gbagbo et Blé Goudé vont récupérer leurs passeports et qu’ils sont de nouveau autorisés à voyager. Ils pourront donc quitter Bruxelles et La Haye, où ils résident depuis leur acquittement, pour s’installer dans un autre des 123 pays membres du Statut de Rome. Encore faut-il que le pays de leur choix soit d’accord pour les accueillir dans les conditions fixées par la CPI. Enfin, ils n’auront plus à se présenter chaque semaine auprès des autorités de leur pays d’accueil comme c’était le cas jusqu’à présent.

Un retour à Abidjan incertain

Les avocats de Laurent Gbagbo ont immédiatement salué cette décision, comme ses partisans à Abidjan. Idem pour ceux de Charles Blé Goudé. Du côté de la défense de l’État de Côte d’Ivoire, on dit « prendre acte » de cette décision. « Nous constatons que la requête globale de la défense des accusés a été rejetée, estime Me Jean-Paul Benoît. L’arrêt de la chambre d’appel de la CPI doit être lu avec attention et dans son intégralité. Sur les huit conditions de mise en liberté conditionnelle, quatre ont été maintenues. »

Parmi elles, notamment, l’obligation de fournir leur adresse dans le pays d’accueil, celle de comparaître devant la CPI quand elle l’ordonne ou encore l’interdiction de toute déclaration publique sur le procès en cours. Car s’ils ont vu leurs conditions de liberté conditionnelle allégées, Gbagbo et Blé Goudé n’en ont pas pour autant fini avec la CPI : ils attendent toujours de savoir s’ils seront jugés en appel. Si tel devait être le cas, il leur faudra à nouveau compter des mois, voire des années, de procédure judiciaire.

À défaut de pouvoir rentrer en Côte d’Ivoire, reste l’hypothèse d’un retour symbolique sur le continent

Maintenant qu’ils sont davantage libres de leurs mouvements, où pourraient se rendre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ? Pour l’instant, ni l’ex-président, ni l’ancien leader des Jeunes patriotes n’ont tranché. Mais une chose semble déjà acquise : à court terme, leur retour en Côte d’Ivoire semble improbable.

D’abord parce que les autorités ivoiriennes, qui n’ont pas ménagé leurs efforts judiciaires et diplomatiques ces dernières années pour éviter leur retour à Abidjan, n’y sont pas du tout favorables à cinq mois de la prochaine présidentielle. Mais aussi parce que des peines de vingt ans de prison y attendent Gbagbo et Blé Goudé, respectivement condamnés par contumace par la justice ivoirienne dans l’affaire du « braquage » de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et pour des crimes commis durant la crise post-électorale.

Soutiens africains

Depuis son acquittement, l’ancien chef de l’État ivoirien, 74 ans, vit discrètement à Bruxelles, où sa compagne, Nady Bamba, réside depuis plusieurs années. Il y mène une vie paisible et y a pris ses habitudes, entre promenades et dîners dans des restaurants qu’il apprécie. S’il devait rester en Europe, peu de raisons, a priori, de le voir quitter la capitale belge. Reste l’hypothèse d’un retour symbolique sur le continent, à défaut de pouvoir rentrer en Côte d’Ivoire.

Personnalité souvent appréciée, voire admirée pour ses prises de position anti-occidentales, le « Boulanger d’Abidjan » dispose d’un vaste réseau de soutien en Afrique. Ces dernières années, plusieurs présidents ouest-africains liés à l’Internationale socialiste – Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré, Mahamadou Issoufou, Alpha Condé, etc – ont milité pour la libération de leur « camarade ». De là à imaginer qu’ils seraient désormais prêts à l’accueillir chez eux, il n’y a qu’un pas… Surtout que leur homologue Alassane Ouattara, de plus en plus isolé parmi ses pairs africains sur la gestion du cas Gbagbo, ne sera plus au pouvoir d’ici quelques mois.

Quant à Charles Blé Goudé, il devrait rester à La Haye dans les jours à venir mais peut-être pas pour très longtemps. « Nous allons nous réorganiser, explique un de ses intimes. Mais la sagesse recommande de ne pas se précipiter et de ne pas réagir à chaud. Nous allons en parler avec les avocats et nos différents soutiens, puis nous prendrons une décision. » Là encore, reste à savoir où il pourrait se rendre. Comme pour son aîné, un retour sur le continent serait un symbole après toutes ces années à La Haye.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3092_600x855 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte