Économie

Maroc : le patronat attend jusqu’à 9 milliards d’euros pour la relance

Chakib Alj, le nouveau patron de la CGEM, le patronat marocain.

Chakib Alj, le nouveau patron de la CGEM, le patronat marocain. © Yassine Toumi pour JA

Le financement de la relance est l’une des clés de son succès selon la CGEM, qui vient d’exposer une série de propositions en ce sens.

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) vient de proposer un plan de sortie de crise, qu’elle a élaboré grâce à l’implication de l’ensemble de ses fédérations professionnelles. Le document de 125 pages recense 25 plans de relance sectoriels et plus de 500 propositions de mesures.

Chakib Alj et Mehdi Tazi, respectivement président et vice-président du syndicat patronal, espèrent que ces propositions inspirent le CVE (Comité de veille économique) et le gouvernement dans les prochaines semaines.

« La reprise prendra au moins un an si ces mesures sont appliquées. La relance nécessitera une enveloppe de 80 milliards à 100 milliards de dirhams (7 milliards à 9 milliards d’euros) », estime l’ancien patron de Saham Mehdi Tazi. Pour le dirigeant, cette enveloppe se répartit comme suit : 60 milliards de dirhams sous forme de crédits « Damane Relance », 10 milliards de dirhams en soutien aux entreprises publiques, 10 milliards de dirhams en aides et subventions et il espère un fonds d’investissements pour recapitaliser les entreprises de 10 à 20 milliards de dirhams.

Couvertures et garanties

Le financement est l’un des axes les plus importants pour espérer une relance, estime le patronat marocain. Son objectif est de permettre aux entreprises de lisser les pertes et « souffler un peu » tout en disposant des liquidités nécessaires au redémarrage.

La CGEM demande ainsi un assouplissement, une simplification et aussi une généralisation des mécanismes de garantie mis en place depuis le début de la crise par la Caisse Centrale de garantie (CCG). Aussi, des secteurs comme le BTP, le tourisme ou encore l’artisanat, considérés comme les plus touchés, réclament la mise en place d’un mécanisme de financement à long terme garanti à taux bonifié et conditionné à l’emploi.

les banques ont déjà servi plus de 10 milliards de dirhams. Nous espérons que cela va continuer

Sur le plan opérationnel, la CGEM demande pour les entreprises solvables, dont la sélection se fera sur la base de critères objectifs, des prêts sur une période allant jusqu’à 10 ans, garantis à hauteur de 80-90 % par l’État, à un taux subventionné (moins de 4 %), avec un délai de grâce pouvant atteindre 2 ans. Les entreprises sont même, dans certains cas, prêtes à ne plus reverser des dividendes pendant les trois premières années du prêt à condition de défiscaliser le report à nouveau.

Ceci dit, le ton qui est monté entre la CGEM et le groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) en début de crise, laisse perplexe un grand nombre d’observateurs quant à la suite du partenariat entre les deux parties.

« La CGEM était dans son rôle quand elle a adressé la lettre aux banques et, nous étions alors au tout début de la crise. Entre temps, elles ont montré une agilité et une adaptation rapide à la situation. Nous avons dépassé cela maintenant, les banques ont déjà servi plus de 10 milliards de dirhams. Nous espérons que cela va continuer et si les choses nécessitent une intervention, la CGEM interviendra », rassure Chakib Alj.

Réforme fiscale

Pour les plus grandes entreprises et celles à taille intermédiaire, le patronat s’est voulu plus inventif. Il propose ainsi de mettre en place un fonds généraliste ou sectoriel en quasi-fonds propres. L’objectif sera d’amortir les pertes causées par les semaines d’inactivité et de financer la croissance sur les prochains mois.

« Les mécanismes de financement en quasi-fonds propres sont des dettes mezzanines qui viennent entre les fonds propres et la dette bancaire classique. Ces financements agissent comme des fonds propres sur le bilan d’une entreprise. Ce choix exige aussi une garantie, mais elle est plus simple que pour les emprunts bancaires », nous a expliqué Mehdi Tazi.

La loi fiscale doit être réaménagée au vu de la situation actuelle

Pour l’heure, la CGEM est en discussion avec la CCG pour le déploiement des garanties et étudier la possibilité de les mettre en place. « Les pourparlers se font au niveau du CVE et c’est là où les décisions sont prises », nous explique Chakib Alj.

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Sur le volet fiscal, la CGEM espère profiter de la période pour régulariser la situation des entreprises informelles qui ont un poids important, avec près de 2 millions d’emplois concernés. Sont proposés ainsi un statut fiscal et social particuliers, du type micro-entreprise permettant une cotisation forfaitaire pour les impôts et l’AMO (assurance maladie obligatoire). En parallèle, le patronat espère obtenir une TVA à 10 % concernant les produits fortement concurrencés par l’informel, et ce pour une période allant jusqu’à 18 mois.

Les secteurs les plus touchés espèrent aussi une exonération, ou au moins un report, des charges sociales et fiscales et aussi dans certains cas la suspension des taxes locales. Sur ce volet, les pourparlers vont définir les contours de chacune des propositions si jamais l’administration fiscale est prête à aller dans ce sens. « La loi fiscale doit être réaménagée au vu de la situation actuelle », explique Hakim Marrakechi, industriel et président de la commission fiscale à la CGEM. Le patronat espère donc intégrer quelques-unes de ces propositions dans la future loi de finances rectificative que le gouvernement prépare.

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