Finance

Abel Sithole peut-il redresser le plus grand gestionnaire d’actifs d’Afrique ?

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Mis à jour le 29 mai 2020 à 12h28
Abel Sithole lors d'une intervention à l'université de Stellenbosch en Afrique du Sud.

Abel Sithole lors d'une intervention à l'université de Stellenbosch en Afrique du Sud. © University of Stellenbosch/Youtube/2017.

À la tête de Public Investment Corp, ce spécialiste des fonds de pension aura pour mission de redorer l’image de l’institution sud-africaine.

« Nous lui souhaitons bonne chance pour diriger l’organisation et restaurer son intégrité ». C’est ainsi que Tito Mboweni, ministre sud-africain des Finances, a officiellement souhaité la bienvenue mercredi 27 mai à Abel Moffat Sithole, le nouveau directeur général et directeur exécutif du conseil d’administration du Public Investments Corporation d’Afrique du Sud (PIC), le plus grand gestionnaire d’actifs du continent (122 milliards de dollars sous gestion).

La date de sa prise de fonction effective reste à définir bien qu’il participe déjà au recrutement du reste des cadres dirigeants de la société publique.

Ingérence politique

L’homme de 57 ans est prévenu, sa priorité numéro un pour ses cinq années de mandat à venir sera de redorer le blason d’une institution entachée par plusieurs accusations d’ingérence politique intervenues sous la présidence de Jacob Zuma et reconnue par un rapport d’une commission d’enquête judiciaire paru le 12 mars 2020. Il devra également définir une nouvelle stratégie d’investissement et ramener la confiance dans une structure laissée sans directeur général depuis la démission de Dan Matjila, il y a dix-huit mois.

Choisi parmi 200 candidats pour diriger une société qui détient des intérêts directs et indirects dans une myriade de grands groupes panafricains et internationaux comme Ecobank – dont il est l’un des principaux actionnaires – mais aussi les quatre premières banques sud-africaines (Absa Bank, FirstRand Bank, Nedbank et Standard Bank), l’assureur Sanlam – donc indirectement le Marocain Saham – ou encore Naspers, MTN, Vodacom, British American Tobacco et Dangote Cement Plc (actifs valorisés à 426 millions de dollars), Abel Sithole est un familier de l’institution puisqu’il dirigeait depuis juillet 2015 la Caisse de retraite des fonctionnaires sud-africains (GEPF). Cette dernière est l’un des plus importants fonds de pension au monde avec 103 milliards de dollars de réserve pour 1,2 millions de membres actifs et représente 87 % des fonds gérés par PIC.

L’entité a également confié certains de ses fonds à des investisseurs comme Blackrock Advisors UK Ltd (5,6 milliards de dollars fin mars 2019), JP Morgan (331 millions) et Goldman Sachs (168 millions).

Titulaire d’un master en relations internationales de l’université de Stellenbosch et d’un MBA de l’université du Witwatersrand, cet expert-comptable spécialiste de l’assurance et de la régulation financière, a également étudié aux États-Unis, où il a décroché un bachelor of arts de la Lawrence University d’Appleton dans le Wisconsin.

Conflit d’intérêt ?

Avant de rejoindre le GEPF dont il demeure le directeur général, Abel Sithole était directeur adjoint de l’Institute of Futures Research de l’école de commerce de l’université de Stellenbosch. Également commissaire de l’autorité sud-africaine de régulation du secteur financier (FSCA) il a effectué deux mandats à la tête de l’Institut des fonds de retraite (IRF) et a siégé au conseil d’administration du Financial Planning Institute (FPI).

Les différentes casquettes assumées par Abel Sithole – notamment celle du GEPF et du FSCA – lui ont valu des soupçons de conflit d’intérêt en 2018 que le comité de gestion de la transition du FSCA a balayé d’un revers de manche dans une interview donnée au magazine spécialisé Today’s Trustee : « Le GEPF n’était pas réglementé et supervisé par le FSB [ancêtre du FSCA, Ndrl] auparavant, ni par le FSCA actuellement. Il n’y a donc pas de conflit à cet égard. […] M. Sithole ne fait partie d’aucune structure de gouvernance du PIC et n’est impliqué dans aucun de ses processus opérationnels et décisionnels internes », affirmait alors le comité. Cette nouvelle nomination à la tête du PIC pourrait donc réactiver le débat et constituer une difficulté supplémentaire dans la gestion déjà délicate de l’institution.

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