Transport aérien

Transport aérien : le casse-tête de la certification des pilotes africains

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Mis à jour le 29 mai 2020 à 12h31
Vue du cockpit du simulateur de vol sur Boeing 737 800, au Maroc.

Vue du cockpit du simulateur de vol sur Boeing 737 800, au Maroc. © Gilles ROLLE/REA

La pénurie de simulateurs sur le continent fait craindre un engorgement des centres existants, rendant plus difficile une reprise des vols.

La réglementation de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) est formelle. Tout pilote qui n’a pas volé durant 90 jours, effectué trois décollages et trois atterrissages, doit repasser sa qualification sur un simulateur homologué, pour effectuer un « rafraîchissement ».

Alors que toutes les compagnies aériennes sont à l’arrêt depuis la mi-mars en Afrique et dans le monde, l’échéance des trois mois approche à grands pas pour la majeure partie des pilotes. Il est même début juin pour certains. Et l’inquiétude grandit, car la réouverture des frontières, donc des vols et la possibilité de rejoindre les centres, reste encore incertaine pour beaucoup de pays africains pas encore déconfinés.

« Nous n’avons aucune information à ce jour », témoigne un pilote en Afrique de l’Est, qui est habitué à recevoir plusieurs semaines à l’avance ses programmes de vols.

Problème pour les pilotes des compagnies africaines : le très faible nombre de simulateurs disponibles sur le continent. Il leur faut souvent se rendre au Maroc, (chez Casa Aéro, une filiale de la Royal Air Maroc), en Algérie (chez Air Algérie), en Éthiopie (chez Ethiopian Airlines), au Kenya (chez Kenya Airways), en Égypte ou en Afrique du Sud (chez Comair et Airlink). Quand ce n’est pas à l’étranger, en France, au Royaume-Uni ou à Singapour par exemple.

Risque de retarder la reprise des vols

Le peu de simulateurs disponibles induit un risque d’engorgement des centres, pour beaucoup fermés actuellement et où les créneaux sont déjà réservés en bloc plusieurs mois voire une année à l’avance par les plus grandes compagnies. Ils risquent désormais de tourner jour et nuit.

Sans parler de la crainte de n’être pas prêt au moment du redécollage des vols, faute d’équipage. « Les compagnies qui reprendront le plus vite sont celles qui auront eu accès à un simulateur », poursuit un commandant de bord. Et des frais qu’il faudra supporter, car plus un centre de simulateur est loin, plus cela coûte cher à la compagnie, d’autant plus dans un contexte de réduction des coûts.

Ce n’est pas qu’au simulateur que cela peut se régler mais en prenant en main la machine

Pourtant, plusieurs solutions existent. Une aviation civile peut prolonger les licences et accorder des dérogations temporaires aux pilotes. Une option qui n’est pas des plus privilégiées et qui fait grincer des dents dans le milieu, « car ce n’est pas la plus sûre, un pilote perd ses repères avec le temps », fait observer un professionnel. « Au-delà de la réglementation, on doit maintenir ses réflexes, sa technicité. Ce n’est pas qu’au simulateur que cela peut se régler mais en prenant en main la machine », ajoute Karim Elloumi, président de la Fédération tunisienne des pilotes de ligne (FTPL).

Air Algérie ou la RAM tirent leur épingle du jeu

Chez Tunisair, on envisage par exemple de faire des tours de piste, sans passager. Une solution qui a un coût. « Mais emmagasiner un avion et le remettre en marche coûtent beaucoup plus cher », poursuit le tunisien. Détenu majoritairement par le pavillon national, Aviation training center of Tunisia (ATCT) ne dispose que d’un simulateur pour Airbus A320, aucun pour Boeing 737 et Airbus A330.

D’autres compagnies apparaissent plus chanceuses comme Air Algérie et la Royal Air Maroc, qui disposent de leurs propres simulateurs pour Boeing 737. La RAM a initié un plan de requalification de ses pilotes, alors qu’elle s’apprête à reprendre de manière imminente ses vols domestiques. Elle n’aura besoin de faire repasser au simulateur que ses pilotes de 737 puisque son 787 a tourné durant la période, indique-t-on à l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL). Son centre s’attend à accueillir des pilotes sénégalais, nigérians, ivoiriens…

Si le trafic ne reprendra  avec la même vigueur qu’avant la crise du coronavirus qu’à l’horizon 2023, selon les experts, et si toutes les compagnies ne sont pas sûres de retrouver les airs rapidement, le problème de la disponibilité des simulateurs reste toutefois entier.

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