Environnement

[Chronique] Retour de la tortue caouanne au Sénégal : enthousiasme et inquiétudes

Damien Glez

© Damien Glez

Branle-bas de combat dans le microcosme sénégalais de la protection animale : la carapace d’une tortue rare vient d’être découverte…

Bonne nouvelle : une tortue caouanne, espèce invisible au Sénégal depuis 1996, vient d’être aperçue sur une plage proche du Lac Rose. Mauvaise nouvelle : c’est la carcasse d’une « caretta caretta » qui a été découverte.

Le week-end dernier, une promeneuse a donné l’alerte et l’Océanium, ONG sénégalaise de défense de l’environnement, s’est emparé du dossier.

Historiquement présent dans les océans du monde entier, ce reptile marin de la famille des Cheloniidae constitue l’une des six espèces de tortues marines à carapace dure. Celle-ci est considérée comme menacée par l’Union internationale pour la conservation.

Surpêche et réchauffement climatique

Comme il fallait s’y attendre, les tortues caouanne sont en danger du fait de l’activité humaine. Victimes collatérales de la pêche, elles meurent de suffocation dans les rafles des chalutiers ou s’empêtrent dans de vieux filets laissés à l’abandon.

La tortue découverte pourrait avoir profité du retrait des touristes des bords de mer

Elles souffrent également du changement climatique, du bruit sous-marin, de la lumière artificielle, de la pollution, de collisions avec des navires ou de l’aménagement du littoral qui réduit comme peau de chagrin le nombre de plages adaptées à la ponte.

La tortue découverte, cette semaine au nord de Dakar, pourrait avoir profité du retrait des touristes des bords de mer, en cette période de confinement et de couvre-feu imposés par la lutte contre la propagation du coronavirus.

Fausse bonne nouvelle pour celle qui a probablement succombé aux assauts de braconniers, pour sa viande, ses œufs présumés et peut-être pour quelque préparation de médecine traditionnelle. Seul témoignage résiduel de son passage, la carapace, elle, se vend de plus en plus difficilement.

La tortue caouanne n’atteignant la maturité sexuelle qu’entre 16 et 34 ans et les femelles ne procréant que trois ou quatre fois au cours de leur vie, les activistes de la cause animale craignent que l’apparition de ce week-end n’augure pas d’un retour durable de l’espèce.

Sentinelles

Certaines mesures de protection plus ou moins complexes peuvent être mise en branle. Du côté de l’Océan indien, l’observatoire Kélonia vient juste de célébrer l’anniversaire du suivi, par balise Argos, d’une tortue caouanne baptisée Tina.

À défaut de techniques sophistiquées, l’Océanium sénégalais vient de déployer trois sentinelles sur la plage où a été découverte la carapace. Si d’autres spécimens de cette espèce venaient à tenter une ponte, les œufs pourraient être déplacés à l’aire marine protégée de Joal-Fadiouth, au sud de Dakar, ou d’autres espèces moins menacées se reproduisent déjà en toute tranquillité.

À plus long terme, la sauvegarde des tortues Caouannes requiert une coopération internationale accrue pour une gestion optimale des lieux de nidification.

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