Justice

Tchad : comment l’influent ministre Abali Salah va échapper à une plainte pour coups et blessures

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Mahamat Abali Salah, ministre tchadien délégué à la Défense

Mahamat Abali Salah, ministre tchadien délégué à la Défense © tchadinfos

Le ministre délégué à la Défense du Tchad, Mahamat Abali Salah, a été visé par une plainte pour coups et blessures. Le garde national et nomade qui l’avait déposé s’est finalement rétracté. Retour sur un imbroglio.

La plainte, datée du 5 mai dernier, a fait beaucoup parler d’elle. Transmise dès le lendemain au secrétariat du procureur général près la cour d’appel de N’Djamena, elle détaille des faits remontant au 29 avril et s’étant déroulés à l’entrée de l’Assemblée nationale, dans la capitale.

Galmai Tchoui Togou, agent de la Garde nationale et nomade du Tchad (GNNT) affecté à l’entrée du bâtiment, y affirme avoir été agressé par le ministre délégué à la Défense, Mahamat Abali Salah. Ce pilier du gouvernement d’Idriss Déby Itno, marié à une cousine du chef de l’État, a été nommé le 30 juin 2019, puis chargé entre autres de la réforme de la GNNT.

« Frappé à plusieurs reprises »

Galmai Tchoui Togou explique avoir demandé au ministre et à ses quatre gardes de se laver les mains à l’entrée de l’enceinte de l’Assemblée, comme le préconisent les recommandations du gouvernement en raison de l’épidémie de Covid-19. Mahamat Abali Salah aurait alors refusé et forcé le passage en voiture.

Selon le garde nomade, le ministre serait ensuite descendu de voiture et revenu sur ses pas pour l’insulter, le traitant de « chien », puis l’aurait frappé au visage avec la crosse d’un pistolet. Galmai Tchoui Togou affirme ensuite avoir été battu par les quatre gardes de Mahamat Abali Salah.

Rédigée par les avocats Alain Kagonbé et Francis Lokouldé, la plainte avec constitution de partie civile, que Jeune Afrique a pu consulter, dénonce « un concours d’infractions » : « Outrage contre un agent public, injures publiques, abus d’autorité et de fonction, coups et blessures volontaires».

Reçue le 6 mai par le procureur général près la cour d’appel de N’Djamena, elle devait ensuite être transmise à la Cour suprême, seule institution habilitée à engager des poursuites contre un ministre de la République.

Une affaire « réglée » ?

Pourtant, le jour même, Galmai Tchoui Togou a préféré se rétracter, engageant même un autre avocat, Me Mbailassem Koude, pour affirmer qu’il ne désire pas déposer plainte. Il ajoute avoir rédigé une lettre d’excuses au ministre délégué à la Défense. « Je regrette qu’un tel incident puisse se produire entre moi et votre sécurité dès lors que vous êtes le ministre en charge de la gestion de ma carrière », y a-t-il écrit, en affirmant n’avoir jamais constitué d’avocats pour déposer une plainte.

Après la rétractation du garde, ses deux avocats dénoncent des pressions.

Selon nos sources, Alain Kagonbé et Francis Lokouldé ont pourtant bien rencontré le garde nomade le 1er mai, au cabinet du premier avocat, en présence de membres de sa famille. Ils disposent d’un enregistrement de la séquence, montrant les blessures reçues par Galmai Tchoui Togou, notamment sous l’œil droit et à la tempe. Les deux hommes continuent d’affirmer avoir reçu mandat pour déposer la plainte et dénoncent des pressions sur leur ex-client.

La plainte ayant bien été reçue par le parquet, celle-ci doit automatiquement être analysée par les autorités judiciaires, et ce même en cas de rétractation de la partie civile. Le ministère public peut alors la classer sans suite (sauf si la constitution de partie civile est validée) ou décider de la transmettre à un juge d’instruction, lequel devrait alors définir s’il y a lieu ou non d’entamer des poursuites devant la Cour suprême.

Le dossier ne devrait pourtant pas en arriver là. « L’affaire est réglée », affirme ainsi une source proche du gouvernement tchadien.

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