Agroalimentaire

Mohamed Hassan Bensalah : « Nous nous battons pour nous frayer une voie »

| Par Jeune Afrique et
Mohamed Hassan Bensalah, le PDG de Holmarcom, veut déployer ses activités au sud du Sahara. DR

Mohamed Hassan Bensalah, le PDG de Holmarcom, veut déployer ses activités au sud du Sahara. DR ©

Finance, logistique, agro-industrie, immobilier, aérien… Le PDG du groupe Holmarcom veut déployer ses multiples activités au sud du Sahara.

Si la majorité des grands patrons marocains est installée dans les beaux quartiers de Casablanca, Mohamed Hassan Bensalah, 44 ans, a préféré maintenir le QG de Holmarcom à Derb Omar. C’est dans ce temple du commerce de gros que son père, Abdelkader Bensalah, a démarré dans les années 1960, constituant de fil en aiguille un empire industriel et financier dont les tentacules s’étendent de l’assurance à l’agroalimentaire en passant par la logistique et la distribution.

Une success-story marocaine que son successeur, Mohamed Hassan, tient à perpétuer, avec ses trois soeurs, Miriem (la patronne des patrons marocains), Kenza et Fatima Zahra, toutes trois aux commandes du groupe. Après avoir consolidé l’héritage du père, décédé en 1992, les Bensalah jettent désormais leur dévolu sur l’Afrique subsaharienne. Leur chef de file promet plusieurs annonces avant la fin de l’année.

Propos recueillis à Casablanca par Mehdi Michbal

Jeune afrique : La Caisse de dépôt et de gestion (CDG) vient de vous céder 30 % du capital d’Atlanta, l’une de vos sociétés d’assurance, pour 1,2 milliard de dirhams (106 millions d’euros). Est-ce la fin de votre partenariat avec la vieille dame de Rabat ?

Mohamed Hassan Bensalah : Pas du tout. La CDG détient encore 10 % dans le capital d’Atlanta et reste donc notre partenaire. Elle veut se repositionner dans de nouveaux métiers. Elle vient d’ailleurs d’annoncer un plan d’investissement de 200 milliards de dirhams sur les quinze prochaines années. Cette stratégie nécessite des ressources. La cession des 30 % s’inscrit dans ce cadre.

Votre groupe contrôle deux compagnies d’assurances : Atlanta et Sanad. Pourquoi ne pas les fusionner ?

Bio express :

1970 – Naissance à Casablanca
1993 – Succède à son père à la tête de Holmarcom
1997 – Se lance dans l’aérien, avec La Régional Air Lines
1999 – Rachat de l’assureur Sanad
2003 – Réintroduit Pepsi au Maroc
2006 – Acquiert la Somathes
2013 – Débute ses activités au sud du Sahara

C’est un schéma qui paraît assez normal, mais il y a des prérequis pour arriver à une fusion. Il faut que le marché soit mature et saturé pour qu’une fusion puisse apporter de la valeur ou de nouvelles forces. Ce n’est pas le cas aujourd’hui au Maroc, où le secteur affiche encore un grand potentiel de croissance. Les primes émises par le secteur devraient doubler dans les trois prochaines années. Je préfère avoir deux chevaux de course plutôt qu’un.

C’est une manière de garder un joker sous la main ?

En effet. Je voudrais aussi préciser que les deux compagnies développent déjà des synergies importantes. Une grosse partie du back-office est mutualisée. Idem pour les finances, l’audit, l’actuariat, les services généraux… Nous travaillons dans une logique de groupe, d’ensemble.

Et quel est le rang de cet ensemble dans le secteur ?

Troisième ou quatrième, selon les années.

Toutes les grandes compagnies d’assurances au Maroc sont aujourd’hui présentes en Afrique subsaharienne ou s’apprêtent à s’y installer. Allez-vous suivre la tendance ?

Nous prévoyons en effet de nous développer en Afrique subsaharienne et étudions plusieurs pistes sur les marchés de la région. Nous envisageons deux schémas d’expansion : soit racheter des compagnies déjà existantes, soit partir de zéro. Je ne peux pas encore donner de détails, mais la première opération sera, je l’espère, annoncée avant la fin de cette année.

L’Afrique, c’est maintenant qu’il faut y aller. Dans cinq ou dix ans, ce sera déjà trop tard.

Au Sénégal, vous construisez quelque 5 000 logements sociaux. L’immobilier est ainsi la première activité que vous avez « exportée » au sud du Sahara alors que vous n’êtes pas particulièrement connu dans cette activité…

Détrompez-vous, nous le sommes. On ne communique pas beaucoup à ce sujet, mais notre marque dans le logement social, Manazil, est assez connue. Nous réalisons tout de même entre 2 500 et 4 000 logements par an au Maroc. Notre expérience au Sénégal, avec un partenaire local, nous conforte quant à nos ambitions africaines dans l’immobilier. La construction de la première tranche de notre projet au Sénégal a démarré il y a moins d’un an, et les premières livraisons se feront dans les semaines qui viennent.

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Quels sont les autres secteurs que vous comptez cibler en Afrique ?

Tous nos métiers. L’agroalimentaire, que ce soit à travers les Eaux minérales d’Oulmès ou la Somathes ; l’assurance, via l’ensemble Atlanta-Sanad ; la logistique, à travers nos filiales Mass Céréales et Yellowrock ; et l’aérien, où notre compagnie Air Arabia Maroc compte desservir plusieurs destinations sur le continent. Notre ouverture sur l’Afrique se fera également à travers une prise de participation dans des fonds d’investissement spécialisés, et nous sommes particulièrement fiers d’accompagner ceux lancés par de grands groupes marocains qui portent le même intérêt que nous à la coopération Sud-Sud.

Qu’ira faire en Afrique subsaharienne une filiale comme les Eaux minérales d’Oulmès ?

La même chose qu’au Maroc : la production d’eau minérale. Nous avons un savoir-faire reconnu sur cette ligne de métier, que ce soit sur la partie industrielle ou sur la distribution et le marketing.

Comment développer Air Arabia Maroc au-delà des frontières marocaines alors que le ciel subsaharien est peu ouvert ?

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C’est là toute la difficulté. Nous avons déjà desservi la Tunisie et l’Égypte, mais c’est au sud du Sahara que les choses sont bloquées. Et les blocages ne sont pas du tout techniques, mais d’ordre politique et réglementaire. Comme il n’y a pas d’open sky en Afrique subsaharienne, nous sommes obligés de passer par des accords bilatéraux entre États.

Pour l’instant, nous nous battons pour nous frayer une voie. C’est une bataille qui est également interne. Tous les quotas de vols accordés actuellement par les pays africains au Maroc sont consommés par la Royal Air Maroc. La compagnie nationale doit nous faire de la place. Mais nous considérons réellement l’Afrique comme le relais de croissance naturel d’Air Arabia Maroc.

Vos filiales Mass Céréales et Yellowrock opèrent au Maroc dans le stockage et la logistique portuaire des céréales. Y a-t-il des projets similaires en préparation dans des ports africains ?

Nous étudions effectivement des opportunités d’investissements dans certains ports africains. Il y a un réel besoin, mais c’est un secteur très réglementé. C’est pour cette raison que cela demande beaucoup de temps de préparation. Nous espérons concrétiser là aussi notre première opération avant la fin de l’année. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

2014, c’est l’année de la conquête africaine pour Holmarcom ?

En effet. Cela fait au moins quatre ans que nous étudions sérieusement la question. 2014 sera l’année de la concrétisation. L’Afrique, c’est maintenant qu’il faut y aller. Dans cinq ou dix ans, ce sera déjà trop tard.

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