Politique

Au Cameroun, les milliards distribués aux députés font polémique

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Mis à jour le 28 mai 2020 à 10h50
Devant l'Assemblée nationale camerounaise, en mai 2013 (archives/illustration).

Devant l'Assemblée nationale camerounaise, en mai 2013 (archives/illustration). © Jean-Pierre Kepseu

180 nouveaux députés camerounais vont recevoir une prime de quatre milliards de F CFA. C’est quatre fois plus que l’enveloppe qui avait initialement été allouée au Fonds spécial de solidarité contre le coronavirus.

Il est des décisions dont on sait par avance – ou dont on devrait savoir – qu’elles vont faire polémique. Le 12 mai dernier, le ministre camerounais des Finances, Louis-Paul Motaze, a autorisé le versement d’une prime de quatre milliards de F CFA (environ 6, 1 millions d’euros) aux 180 députés nouvellement élus à l’issue des législatives du mois de février. Dans le document, qui a depuis fuité, le ministre précise que ces primes doivent servir à l’achat de véhicules de fonction et d’équipements divers.

Alors que le Cameroun enregistre une forte propagation du Covid-19 (175 morts et plus de 5300 cas au 27 mai) et que des voix se sont élevées pour dénoncer l’insuffisance de moyens, cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe.

Indignation et colère

« L’État n’a pas assez d’argent pour acheter à nos soignants des gants et des masques en quantités suffisantes, mais où trouve-t-il quatre milliards de F CFA pour acheter des voitures aux députés ? » s’indigne un médecin résidant à Yaoundé.

De fait, le plan de riposte gouvernemental contre le coronavirus est porté par un Fonds spécial de solidarité, doté d’un milliard de franc CFA. Même s’il a ensuite été abondé par des entreprises et des particuliers, et que le président Paul Biya a fait un don de matériel à hauteur de 2 milliards de F CFA, certains estiment que la riposte n’est pas à la hauteur de la menace. « Comme si la santé des Camerounais valait moins que le train de vie des élus ! » tacle ainsi un journaliste de la place.

Prêtre jésuite et blogueur, Ludovic Lado est allé jusqu’à interpeller directement les députés concernés. « J’ignore les raisons qui vous ont poussé à faire la politique, mais j’ose espérer que vous la ferez autrement, [que vous ferez] une politique centrée non pas sur les élus, mais sur le bien du peuple ! »

Accusation de récupération

Certains d’entre eux n’ont pas tardé à réagir. Élue sous la bannière du Parti pour la réconciliation nationale du Cameroun (PCRN) dans le Wouri-Est (Douala), la jeune Nourane Moluh Hassana a annoncé qu’elle renonçait à s’acheter un véhicule avec l’argent public : « La dotation que je recevrai sera réorientée vers l’initiative solidarité que j’ai lancée dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. »

Applaudie par les réseaux sociaux, l’initiative a été fraîchement accueillie par certains des collègues de la députée. Joshua Osih, candidat du Social Democratic Front (SDF, opposition) à l’élection présidentielle de 2018, l’accuse de faire de la « récupération » et ajoute : « Ce n’est pas une façon de faire de la politique que d’essayer de soigner sa popularité en navigant sur un drame mondial ! »

Au-delà de la polémique, la loi prévoit effectivement le versement à chaque député d’un crédit automobile non remboursable de 8 millions de F CFA.

Mais ce n’est pas tout : en début de législature, chacun d’entre eux perçoit également des frais de mandat (comparables à des frais de représentation) à hauteur de 10 millions de F CFA – un montant qui passe à 50 millions pour les membres du bureau exécutif de l’Assemblée nationale. Sans compter bien sûr le salaire mensuel, qui s’élève à 850 000 F CFA. Quant au président de la chambre, ses frais de mandat atteignent 60 millions de F CFA pour cinq ans. À chaque session parlementaire, l’État lui verse en outre une prime de 1,2 million de F CFA.

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