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Voir Ramallah et souffrir

Par - Olivia Marsaud
Mis à jour le 17 janvier 2005 à 00:00

L’histoire d’un retour en Palestine, après un exil prolongé. Un témoignage saisissant.

Dans la famille Barghouti, je demande le cousin. Alors que Marwane, membre influent de l’OLP, est en prison en Israël, son cousin, Mourid, écrit des livres. Le premier a choisi le combat des pierres, soutenant la seconde Intifada. Le second dénonce avec sa plume. Mourid Barghouti est né en 1944 près de Ramallah. « Atteint » par l’exil le 5 juin 1957, il étudie au Caire et sera expulsé d’Égypte après la guerre des Six-Jours. Poète, il sera également le représentant de l’OLP en Europe de l’Est pendant dix-sept ans.
Comme des centaines de Palestiniens, il est autorisé à revenir dans son pays à la faveur des accords d’Oslo, en 1996. Il saisit l’occasion. Ce « retour » est marqué par des émotions aussi douloureuses que lumineuses, aussi sombres qu’exaltées. Sur cette terre enfin réincarnée et réhumanisée, « territoires occupés » et « colonies » ne sont plus de vagues expressions journalistiques. Cette terre occupée « n’est pas une dialectique ou une métaphore. Elle s’étend là, devant moi, concrète comme un scorpion, comme un oiseau, un puits, visible comme un champ de craie, comme des empreintes de pas », écrit-il.
Avec les mots du poète, Mourid Barghouti livre un carnet de bord intime où se mêlent descriptions, souvenirs familiaux, réflexions sur l’exil ou la politique… Sans amertume, il redécouvre son pays natal, guidé par ses fantômes comme son frère décédé, l’écrivain Ghassan Kanafani, assassiné à Beyrouth. Paru dans le monde arabe en 1997, J’ai vu Ramallah a été accueilli avec enthousiasme et a connu une large diffusion. Il ne faut pas rater la traduction française.
« Ce récit dense, profondément lyrique, d’un retour durant l’été 1996 à Ramallah, en Cisjordanie, après un exil prolongé à l’étranger, est un des témoignages les plus vitaux que nous ayons aujourd’hui sur l’expulsion et le déplacement des Palestiniens », écrivait en 2000 Edward Saïd dans la préface à l’édition en langue anglaise.