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Pourquoi les actionnaires de Glencore se rebellent

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Mis à jour le 29 mai 2020 à 00h21
Le siège de Glencore à Baar, en Suisse

Le siège de Glencore à Baar, en Suisse © Urs Flueeler/AP/SIPA

Le géant suisse fait face à la fronde d’une partie de ses actionnaires qui réclament plus de transparence et l’accélération d’une transition énergétique jugée trop timide.

La prochaine assemblée générale des actionnaires du géant des matières premières Glencore, qui doit se tenir le 2 juin, promet d’être mouvementée.

En effet, le groupe piloté par le Sud-Africain Ivan Glasenberg, très actif sur le continent dans l’extraction et le négoce de cuivre-cobalt, de charbon, de fer, et de pétrole (notamment en RDC, en Zambie, au Tchad, en Afrique du Sud, au Congo et en Mauritanie), a enregistré des résultats décevants en 2019, avec des pertes de 404 millions de dollars – à comparer aux 3,4 milliards de bénéfices de 2018 –, en raison des cours bas de plusieurs des minerais de prédilection de Glencore.

Mais les dirigeants du groupe suisse seront aussi interrogés sur leurs performances en matière de responsabilité sociétale, remises en cause par des actionnaires de plus en plus nombreux de ce groupe dirigé depuis le canton de Zoug, où il s’est installé dans les années 1980, et coté depuis 2010 à la bourse de Londres.

Dépendance au charbon

Certains d’entre eux comptent mettre les dirigeants de Glencore sur le grill sur les questions de transparence – ce qui n’est pas nouveau – avec l’incapacité persistante du groupe à faire évoluer sa culture d’entreprise très discrète et sa manière de conclure ses deals dans le plus grand secret avec les gouvernements comme avec ses partenaires, notamment en Afrique.

Mais ils souhaitent aussi – et c’est nouveau – remettre en cause la politique de transition énergétique du géant suisse, jugée timide, voire même hypocrite.

En cause, sa trop forte dépendance à l’égard du charbon, ainsi que son implication dans la filière – notamment en Afrique du Sud, où il dispose de quatre mines -, qui a représenté 12,3 milliards de dollars de revenus en 2018, en hausse de 26 %, avec une production annuelle de 129,4 millions de tonnes, soit 7 % de plus que l’année précédente.

En février 2019, Ivan Glasenberg s’était engagé à limiter la production de cette source d’énergie polluante à 145 millions de tonnes – un chiffre qu’il n’avait pourtant jamais atteint -, sans être très précis sur le sujet, et en justifiant cette décision d’abord pour des raisons économiques –  du fait des cours bas – plutôt qu’environnementales.

Deux dirigeants sur la sellette

Emmenés par l’agence britannique de conseil aux actionnaires Pirc et le centre australo-asiatique pour la responsabilité sociétale (ACCR), un lobby influent du secteur, plusieurs grands actionnaires institutionnels de Glencore, dont le Fonds de pension des collectivités locales britanniques (UK LAP) –  demandent à leurs coactionnaires de voter contre le renouvellement des mandats des Britanniques Tony Hayward, le président du conseil d’administration, et Peter Coates, l’administrateur en charge de la supervision des questions de responsabilité sociétale du groupe.

Tony Hayward fut le patron de la major pétrolière de BP au moment de l’accident pétrolier de Deepwater Horizon, survenu dans le Golfe du Mexique en avril 2010, qui a entraîné une pollution majeure pour cette région. Selon les actionnaires de Glencore, après neuf ans de mandat d’administrateur de Glencore, dont cinq ans à la présidence, il n’a guère fait preuve de son leadership en matière environnementale et sociale, et doit passer la main.

Quant à Peter Coates, ex-patron de la branche charbon de Xstrata de 2002 à 2007, ce familier de l’Afrique du Sud a confié à plusieurs reprises à la presse ses doutes sur la question du changement climatique et son appréciation positive de l’utilisation du charbon, qu’il voit comme une énergie « sûre et sans danger ».

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