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Le coronavirus convertit Tunis au paiement mobile

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Façade côté avenue Mohamed V de la Banque centrale de Tunisie à Tunis

Façade côté avenue Mohamed V de la Banque centrale de Tunisie à Tunis © Nicolas Fauqué/www.imagesdetunisie.com

Le paiement par mobile généralisé devrait voir le jour le mois prochain. Le coronavirus a obligé les autorités à précipiter sa mise en place et les Tunisiens à changer leur mentalité du « tout cash ».

Alors que le paiement par mobile était devenu une arlésienne en Tunisie, la pandémie du Covid-19 a accéléré sa mise en place de manière spectaculaire. La Banque centrale de Tunisie (BCT) a récemment publié une circulaire réglementant le paiement mobile domestique. Elle pourrait délivrer les premiers agréments dès la fin juin.

Le but affiché est triple : booster la consommation avec un paiement simple et instantané, mieux tracer les transactions financières en réduisant l’utilisation de cash, et développer l’inclusion financière. Environ 39 % des Tunisiens n’ont pas de compte dans une institution financière formelle, selon un rapport de 2019 de l’Observatoire de l’inclusion financière dépendant de la BCT. Les futurs utilisateurs n’auront, en effet, pas besoin de justifier d’un compte en banque ou postal pour bénéficier d’un « wallet ». Ce portefeuille virtuel permet de stocker, transférer et dépenser son argent.

Ooredoo, Orange et Tunisie Telecom partenaires

« On réclame le paiement mobile depuis 2013, mais les discussions avec les banques, les opérateurs ont pris des années. C’est malheureux à constater mais le Covid-19 a permis de franchir rapidement toutes les barrières administratives. En deux mois à peine, c’était réglé », constate Kais Sellami, le président de la fédération nationale du numérique à l’Utica, le principal syndicat patronal du pays.

Le versement des 200 dinars (63,6 euros) mensuels d’aides exceptionnelles au titre de l’épidémie de coronavirus versées par le gouvernement aux 350 000 Tunisiens les plus démunis a servi de phase 1. Un succès. Depuis le 6 mai, 330 000 bénéficiaires utilisent ce service. Munis simplement de leur numéro de carte d’identité, ils peuvent créer un « wallet » auprès d’un des quatre établissements partenaires – La Poste et les trois banques publiques (BNA, BH et STB) –.

« Ils reçoivent alors instantanément l’argent de l’Etat qu’ils peuvent retirer tout ou une partie à n’importe quel distributeur automatique bancaire grâce à un code de retrait à usage unique fourni sur leur téléphone », détaille Moez el-Ghali, directeur général de MS Solutions qui a mis en place l’interface pour le compte des autorités tunisiennes.

Outre les sociétés publiques, les trois opérateurs téléphoniques (Ooredoo, Orange et Tunisie Telecom) et les banques privées ont également joué le jeu en mettant leurs réseaux téléphoniques et leur DAB – 1500 des quelque 2000 que comptent le pays ont été configurés pour permettre ces retraits sans carte.

Impulser un changement de mentalité

La phase 2, initiée par la circulaire de la BCT, prévoit d’élargir ce service pour toutes les banques et établissements de paiement et de permettre, en plus du retrait, le paiement auprès dans les commerces et le transfert d’argent. Jusqu’ici, les principales banques de la place et les opérateurs téléphoniques proposaient chacun leur propre offre de paiement mobile, mais aucune n’a vraiment eu connu de succès du fait des contraintes.

L’utilisateur doit avoir un compte en banque ou accepter de dépenser son crédit de téléphone pour ses achats et il ne peut utiliser le service qu’auprès des rares commerces partenaires.

« Depuis l’an dernier, nos usagers peuvent payer leur transport avec le crédit Ooredoo de leur téléphone. Mais ces transactions, c’est presque 0 %. Pour des raisons de sécurité, nous sommes pourtant très intéressés par ce mode de paiement. J’espère qu’après le coronavirus, les gens vont faire changer de mentalités et se mettre au paiement virtuel », souhaite Ahmed Fatnassi, responsable des ressources humaines pour la société de taxis, TaxiSat.

Ahmed el-Karm, président du directoire de Amen Bank, y croit, parce qu’il y a déjà 330 000 usagers réguliers via la distribution des aides sociales et parce que « la circulaire assouplit les règles et surtout permet l’interopérabilité et l’interbancarité ce qui devrait inciter les Tunisiens à recourir au paiement mobile ». L’ancien président de l’association des professionnels tunisiens de banques et établissements financiers (APTBEF) assure d’ailleurs que les banques proposeront rapidement ce service car elles possèdent déjà en interne les compétences techniques pour lancer des applications de paiement mobile à moindre coût. « Notre offre Amen Pay lancé en mars 2019, qui propose notamment de payer chez le commerçant affilié par QR code, a, par exemple, été réalisée par nos équipes. Je ne me rappelle même plus de l’investissement, c’est pour vous dire qu’il est minime. »

Un contrat avec HPS controversé

Pour attirer encore davantage les Tunisiens, la BCT oblige les banques à offrir gratuitement la souscription, le dépôt d’espèces, le paiement auprès des commerçants, la consultation du compte et la résiliation.

Tous les feux sont au vert pour le déploiement de l’offre. Sauf que le ou les opérateurs chargé(s) de mettre en place l’interface de paiement mobile fait débat. Le 6 mars 2019, après un appel d’offres international, l’APTBEF signait un contrat cadre avec le groupe marocain de monétique HPS pour la mise en place d’une solution de paiement mobile.

Pour Ahmed el-Karm, il serait logique que ce soit cette société qui déploie le service. Mais des acteurs locaux voient la situation différente : « Rien de concret n’est sorti après la signature de ce contrat. Là, il s’agit d’un tout nouveau projet mis en place à cause de la situation de crise ». La circulaire de la Banque centrale évoque seulement des « gestionnaires de Switch mobile », c’est-à-dire des personnes morales agréée par la BCT pour gérer la plateforme technique centralisée qui assure la gestion des règles d’identification et de référencement des clients, sans les nommer précisément.

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