Défense

Niger : ce que contient l’audit du ministère de la Défense

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Parade militaire pour le 58e anniversaire de l'indépendance, à Agadez, en 2016.

Parade militaire pour le 58e anniversaire de l'indépendance, à Agadez, en 2016. © Balima Boureima / Anadolu Agency/AFP

Réalisé en février, l’audit mené par l’inspection générale des armées sur les commandes passées par le ministère nigérien de la Défense révèle un total de 76 milliards de francs CFA (116 millions d’euros) détournés entre 2014 et 2019.

Douze sociétés, 48 milliards de francs CFA de surfacturation et 28 milliards de matériel non-livré. Rédigé le 17 février par l’inspection générale des armées, le rapport sur les commandes passées entre 2014 et 2019 par le ministère de la Défense du Niger, que Jeune Afrique s’est procuré, est accablant.

L’audit, transmis à la présidence de la République, détaille, société par société, les contrats jugés frauduleux par les inspecteurs des armées. En 2017, le ministère de la Défense, Kalla Moutari, a ainsi signé un contrat avec Renault Trucks pour une livraison de matériel de 25 milliards de francs CFA, dont 2,5 auraient été détournés.

Autre grand nom de la liste : Toyota, avec un contrat de 17 milliards qui aurait été l’objet d’une surfacturation de 4,4 milliards entre 2017 et 2019.

Suivent des noms moins connus comme Brid a defcon. Cette société aurait signé à partir de 2014, lorsque Mahamadou Karidjo occupait le ministère, des contrats à hauteur de 88 milliards de francs CFA, dont 18 auraient été surfacturés et 11 auraient été détournés. Les enquêteurs ont relié la société Brid a defcon, enregistrée au Nigeria, à l’homme d’affaires Hima Aboubacar, surnommé « Petit Boubé ».

Faux appels d’offres et sociétés fictives

Sont également citées les sociétés Charfo (du nom de l’entrepreneur Aboubacar Charfo, avec 15 milliards de surfacturation et 4 milliards détournés sur un contrat de 58 milliards), ou encore Equipe Mat (attribuée à l’homme d’affaires Issa Baba Ahmed et fournissant des munitions, de l’armement et des camions) ou PolyTechnologies (utilisée par l’ancien député, aujourd’hui décédé, Zakou Djibo).

Le rapport dénonce également l’existence, en 2017, d’un contrat de 2,5 milliards avec une société prétendument basée en Ukraine. Celle-ci se révélera fictive et aucune livraison n’aura donc lieu. Selon les enquêteurs, le « manque à gagner total » des opérations étudiées est légèrement supérieur à 76 milliards de francs CFA (116 millions d’euros), pour 177 contrats soupçonnés frauduleux.

Selon nos informations, le rapport met en lumière un réseau d’hommes d’affaires soupçonnés d’avoir orchestré de faux appels d’offres (et ainsi des surfacturations et des détournements) en utilisant des sociétés fictives. Ce document, transmis à la justice nigérienne le 7 avril 2020, pourrait donner lieu à plusieurs inculpations pour faux et usage et de faux et détournements de fonds publics.

Cet audit de la défense est particulièrement suivi dans les hautes sphères nigériennes, y compris au palais présidentiel, où Mahamadou Issoufou suit le dossier grâce à son homme de confiance, Issoufou Katambé, nommé à la Défense en septembre 2019. Mahamadou Karidjo, Hassoumi Massaoudou et Kalla Moutari, les trois prédécesseurs de Katambé entre 2011 et septembre 2019, sont des caciques du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir).

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