Politique

Madagascar-France : les îles Éparses au cœur d’une nouvelle bataille diplomatique

Réservé aux abonnés | | Par - à Madagascar
Mis à jour le 10 juin 2020 à 13h55
Emmanuel Macron et Andry Rajoelina, à l'Elysée, le 29 mai 2019 (archives).

Emmanuel Macron et Andry Rajoelina, à l'Elysée, le 29 mai 2019 (archives). © Photo by Patrick Gely/Pool/ABACAPRESS.COM

Le bras de fer entre Paris et Antananarivo sur le statut des îles Éparses, revendiquées par Madagascar, s’est durci en mai. À un mois du soixantième anniversaire de l’indépendance de la Grande Île, leur restitution potentielle prend une grande valeur symbolique.

Après le président Andry Rajoelina, puis son ministre des Affaires étrangères, c’est au tour des députés malgaches de se saisir du dossier des îles Éparses, dont Madagascar réclame la restitution à la France. « Un projet ou une proposition de loi est en gestation pour rattacher officiellement ces îles au territoire de Madagascar », a annoncé à Jeune Afrique Christine Razanamahasoa, la présidente de l’Assemblée nationale.

Si la mèche avait été allumée en octobre 2019 par un Emmanuel Macron tonnant un euphorique « Ici, c’est la France », lors de son voyage sur les Glorieuses, un archipel des îles Éparses, les tensions diplomatiques entre Paris et Antananarivo sur ce dossier sont encore montées de plusieurs crans ces dernières semaines.

Le président malgache a été le premier à sonner la nouvelle charge, dans un entretien à RFI et France 24 diffusé le 11 mai 2020. Il y plaide pour une « solution rapide qui satisfera [la] demande de restitution » de ces îles à Madagascar. Hasard du calendrier ? Le même jour, le ministère français de la Transition écologique a lancé une consultation publique portant sur un projet de décret relatif à la création de la « réserve naturelle nationale de l’archipel des Glorieuses ».

« Un acte de défiance »

Une semaine plus tard, Christophe Bouchard, l’ambassadeur de France à Antananarivo, était convoqué au ministère des Affaires étrangères malgache pour s’expliquer sur ce projet. Liva Djacoba Tehindrazanarivelo n’a pas mâché ses mots. Le projet du gouvernement de la République française est « un acte de défiance envers Madagascar et va à l’encontre de l’engagement des deux parties à « poursuivre le dialogue dans un esprit positif » », assène le communiqué du ministère. Pour l’heure, la diplomatie française n’a pas officiellement réagi à ces déclarations de la partie malgache.

En novembre 2019, des représentants français et malgaches s’étaient retrouvés à Antananarivo dans le cadre de la commission mixte consacrée aux îles Éparses. La réunion s’était terminée sur un constat commun de désaccord, et les deux parties s’étaient donné rendez-vous à Paris pour de nouveaux échanges, sans fixer de date précise. Pandémie oblige, la rencontre a été reportée sine die, ce qui n’a pas empêché le gouvernement français de continuer à faire avancer son projet de réserve naturelle.

Dans ce bras de fer, l’initiative des députés malgaches se veut une réponse directe à Paris, et un soutien aux démarches de l’exécutif pour faire reconnaître la souveraineté de Madagascar sur ces îles, plus de quarante ans après que l’Assemblée générale de l’ONU avait reconnu celle-ci dans une résolution non contraignante, en 1979.

L’idée d’une loi malgache rattachant formellement les îles Éparses au territoire national n’en est encore qu’à ses prémices. « Nous en sommes au stade des réunions préliminaires et de revue de la littérature juridique », explique Christine Razanamahasoa, qui assure vouloir rendre à Paris la monnaie de sa pièce. « La France agit unilatéralement avec son texte, on va agir unilatéralement de notre côté aussi. Et c’est légitime. On va avancer, quand bien même notre loi ne serait pas opposable à la France, tout comme leur décret ne nous est pas opposable », expose la présidente de l’Assemblée, qui évoque plusieurs pistes : « Les îles pourraient être rattachées à une région de Madagascar et/ou rebaptisées « Nosy Malagasy », par exemple. »

Un tournant en puissance

Si une telle loi venait à être finalement votée, cela constituerait un tournant, selon Juvence Ramasy, professeur de sciences politiques sur la Grande Île. « Un pas serait franchi. Sa volonté de se voir restituter ces îles est une manière pour Madagascar d’affirmer un peu plus sa souveraineté. »

La restitution des « Nosy Malagasy », une promesse ferme

Andry Rajoelina a d’ailleurs fait de la restitution des « Nosy Malagasy » avant le 26 juin 2020 l’une de ses promesses les plus fermes. Ce jour-là, Madagascar fêtera le soixantième anniversaire de son indépendance. Le vote d’une loi réintégrant les îles à Madagascar avant cette date aurait donc une portée – au moins symbolique – forte.

Des droits sur une vaste zone économique

Mais si la question de la souveraineté nationale est cruciale, la question économique ne l’est pas moins, pour Antananarivo comme pour Paris. Ce chapelet d’îles – Bassas da India, Juan de Nova, Europa, les Glorieuses et Tromelin – abrite une faune et une flore préservées et très riches. Mais ces terres à l’allure paradisiaque confèrent aussi – et surtout – des droits sur une vaste zone économique exclusive de 640 400 kilomètres carrés dans laquelle il y aurait d’importantes réserves d’hydrocarbures en eaux profondes.

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