Santé

Quand la crise du coronavirus pousse l’Afrique à l’innovation

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Un datacenter coûte entre 5 et 40 millions de dollars selon sa capacité,

Un datacenter coûte entre 5 et 40 millions de dollars selon sa capacité, © PeopleImages/Gettyimages

D’un bout à l’autre du continent, start-up, entreprises et gouvernements se mobilisent pour trouver, à l’aide de la tech, leurs propres solutions contre la pandémie. Florilège d’innovations.

C’est un mantra répété à l’envi par les « afro-optimistes » : l’innovation « sauvera » l’Afrique ; la tech est la panacée du développement. Mais peut-elle aider les pays africains à se prémunir contre la propagation du Covid-19 ?

Sur tout le continent, le monde de la santé rencontre celui des développeurs, les lignes de codes investissent le champ des hôpitaux. Bien souvent contraints et forcés de s’adapter à l’arrêt de leur production – dû au ralentissement des activités économiques, voire au confinement –, certains acteurs de la tech en ont profité pour investir un nouveau domaine de compétence. Fablabs et start-up se sont ainsi lancés dans la production d’objets médicaux qui font souvent défaut, ou de matériel de protection à destination des populations ou du personnel soignant.

Certains États ont également investi dans la technologie, pour soigner… mais aussi pour surveiller, utilisant drones ou robots afin de prévenir les mouvements de circulation et de veiller à ce que le confinement soit respecté. Des mesures nouvelles qui ne sont pas sans poser des questions en matière de libertés individuelles. Pour le meilleur ou pour le pire. Jeune Afrique présente quelques-unes de ces innovations adoptées sur le continent.

  • Les visières 3D d’Abobo

Initialement, le fablab d’Abobo, installé dans une commune populaire d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, est un atelier à visée éducative pour les jeunes de ce quartier. Créé en 2014 par Obin Guiako, informaticien de formation, le « BabyLab » est un laboratoire technique équipé d’imprimantes 3D, de découpe-laser et d’une grande fraiseuse. Depuis le mois de mars 2020, Obin Guiako et sa quinzaine de collaborateurs ont produit plus de 2 000 visières de protection contre le virus grâce à leur imprimante 3D. Conçues à la demande, vendues 3 000 F CFA [4,6euros] l’unité, elles sont achetées par des particuliers, des agents de santé et certaines cliniques privées.

DR Obin Guikao

8ea9c3ed-e9d2-451f-a77e-c8d331492f08 © Les visières 3D du BabyLab d’Abobo sont produites depuis le mois de mars 2020, à destination des particuliers ou des entreprises.

Le fondateur du BabyLab souhaiterait voir son activité se pérenniser et renforcer ses liens avec le secteur de la santé : « En voyant que la majorité des visières de ce genre était importée, nous avons senti que notre travail était utile. L’idéal serait de pouvoir collaborer avec quelques médecins qui pourraient nous aider à fabriquer des outils médicaux, avance Obin Guiako. Localement, on peut apporter une vraie valeur ajoutée. »

  • La « perle » des gardes de la police tunisienne

On l’appelle le Pearl Guard : « la perle des gardiens ». Une bête mécanique de 1,60 m pour 240 kg, pilotée par des policiers tunisiens, dont elle est les yeux (pivotant à 180°) et la voix (le robot est équipé d’un système de micro avec haut-parleurs).

Depuis le 4 mai, la Tunisie est en effet entrée dans un déconfinement progressif, que le robot participe à faire respecter. Créé par un enfant du pays, l’ingénieur Anis Sahbani, un ancien professeur de robotique, l’engin est utilisé par le ministère tunisien de l’Intérieur pour surveiller la population, vérifier la validité des autorisations de sortie et diffuser les consignes de sécurité et obligations légales de la part des autorités. Le produit coûte entre 120 000 et 150 000 euros.

  • Le fablab de Bamako
DR Youssouf Sall

WhatsApp Image 2020-05-25 at 16.13.29 © Ces stations de lavage de mains automatiques dispensent de l’eau savonneuse pendant 20 secondes, la durée minimale recommandée par l’OMS.

À Bamako, au Mali, ce sont une vingtaine de ces stations de lavage de mains qui ont été déployées dans la ville. Conçues par le FabLab du DoniFab, dont le directeur est un médecin, elles sont vendues 85 000 F CFA aux entreprises qui souhaitent s’en procurer.

L’objet, qui fonctionne avec un capteur de distance, se charge de dispenser de l’eau savonneuse pendant 20 secondes, « pour respecter la durée minimale préconisée par l’OMS, précise son créateur, le Malien Youssouf Sall. Notre idée de départ était de construire des sites collectif de lavage avec plusieurs bornes séparées, mais nous n’avions pas les moyens nécessaires. »

En parallèle des stations de lavage, le DoniFab développe un modèle de respirateurs pour équiper les hôpitaux. « Nous sommes conscients qu’on ne va pas concevoir un respirateur aussi sophistiqué que les modèles industriels, mais il pourra assurer la plupart des tâches essentielles : gérer la fréquence cardiaque, calculer le temps plateau [durée pendant laquelle la pression est maintenue par le respirateur dans les voies aériennes, sans débit], assurer l’oxygène à envoyer, l’exfiltration correcte du CO2… et gérer l’électrocardiogramme. »

Le jeune homme, qui s’est « autoformé », veut « prouver qu’[il] a les compétences et que c’est une opportunité pour le Mali de pouvoir compter sur ses jeunes. C’est l’idée qui sous-tend tout fablab, explique-t-il : la volonté de mettre un espace à disposition du citoyen pour soutenir sa communauté en cas de besoin ».

  • Au Rwanda, des robots qui dépistent le coronavirus

Ils s’appellent Akazuba, Ikirezi, Mwiza, Ngabo et Urumuri. Ils ont rejoint ce mois-ci les équipes médicales rwandaises, qu’ils devront assister dans la lutte contre la propagation du coronavirus. Leur but premier : limiter les contacts non essentiels entre médecins et malades et réduire ainsi le risque de contamination pour le personnel soignant. Selon les autorités, ils pourraient dépister entre 50 et 150 personnes par minute.

Ces cinq robots humanoïdes sont capables de réaliser plusieurs activités différentes, comme la prise de température des malades ou la détection des personnes qui ne portent pas de masque dans les enceintes des hôpitaux. Ils savent aussi assister les patients dans leur autodiagnostic ou leur apporter de la nourriture. Les unités ont été déployées en partie grâce au soutien du Programme des Nations unies pour le développement, sous la supervision du ministère rwandais des Technologies de l’information, de la Communication et de l’Innovation.

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