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Cet article est issu du dossier «Affaire Vital Kamerhe en RDC : un directeur de cabinet face à la justice »

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Justice

Affaire Vital Kamerhe : les avocats de l’État à l’offensive

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 27 mai 2020 à 11h34
Vital Kamerhe, chef du parti de l'Union pour la nation congolaise (UNC), assiste à une réunion à Kinshasa, le 28 décembre 2018.

Vital Kamerhe, chef du parti de l'Union pour la nation congolaise (UNC), assiste à une réunion à Kinshasa, le 28 décembre 2018. © REUTERS/Baz Ratner

Partie civile dans le procès de Vital Kamerhe, accusé de détournement de près de 50 millions de dollars de deniers publics, l’État a mandaté des ténors du barreau. Et leurs premières interventions semblent montrer qu’ils n’entendent pas retenir leurs coups face au directeur de cabinet de Félix Tshisekedi.

Ce sont eux qui ont mené les première charges. Lors de l’audience de ce lundi 25 mai, les avocats de l’État congolais n’ont pas retenu leurs coups face à Vital Kamerhe, soupçonné, avec ses coprévenus, du détournement de près de 50 millions de dollars de deniers publics destinés au Programme des cent jours du chef de l’État.

En se constituant partie civile dans ce dossier sans précédent, l’État veut avant tout obtenir une indemnisation du préjudice subi, en cas de déclaration de culpabilité. Pour ce faire, le ministère dirigé par Célestin Tunda ya Kasende, vice-Premier ministre et ministre de la Justice issu des rangs du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila, a désigné plusieurs ténors.

Parmi eux, Me Kayudi Misamu, brillant avocat du barreau de Kinshasa/Matete, où il est bâtonnier, ainsi que Me Dieudonné Kaluba Dibwa, avocat près la cour de cassation et du Conseil d’État, qui est également avocat à la Cour pénale internationale (CPI), qui se sont montrés particulièrement offensifs face à celui qui est toujours directeur de cabinet de Félix Tshisekedi.

Premier axe de la stratégie de l’État dans ce dossier : que tous les acteurs de la chaîne de décision de passation des marchés alloués dans le cadre du Programme des cent jours passent à la barre du tribunal. Mais aussi des proches, voire les membres de la famille des prévenus.

« Le détournement est une infraction qui nécessite un assemblage d’actes isolés à examiner pour démontrer le processus criminel. D’où la nécessité d’entendre tous les témoins », a plaidé Dieudonné Kaluba Dibwa. Parmi les personnes dont les avocats  réclament la convocation devant les juges : l’épouse de Vital Kamerhe, Shatur, sa belle-fille, Soraya, ainsi que les enfants de l’homme d’affaires libanais Jammal Samih, actuellement à l’étranger.

En attendant d’obtenir éventuellement gain de cause, les avocats ont concentré leurs interventions sur les deux principaux accusés. Et notamment Vital Kamerhe.

57 millions de dollars de l’État

« Je veux d’abord laver l’honneur de mes enfants, de ma famille. À quel moment, moi, Vital Kamerhe, ai-je détourné l’argent à la Banque centrale ? À quel moment ai-je dévalisé une banque ? », a-t-il lancé avec emphase face aux juges, avant d’affirmer qu’aucun document inscrit au dossier ne prouve sa culpabilité.

Un « discours de politique générale destinée à l’opinion », a immédiatement balayé Me Kayudi Misamu, avant que la partie civile ne déroule ses questions.

Les premières, posées à Kamerhe, portaient sur la procédure qui a conduit à attribuer le marché des maisons préfabriquées – au coeur du dossier – à la société Samibo, de Jammal Samih. Réponse de Kamerhe : la responsabilité de ce choix incombe à Justin Bitakwira, ministre du Développement rural d’alors, qui a signé le contrat.

L’offensive de la partie civile a permis de lever plusieurs zones d’ombre. Jammal Samih a ainsi reconnu avoir reçu 57 millions de dollars de la part de l’État dans le cadre du marché des maisons préfabriquées pour sa société Samibo SARL. Il a également affirmé avoir reçu au moins 2 millions de dollars pour le compte de son autre société, Husmal.

Des sommes perçues via des paiements en plusieurs tranches, sans qu’aucun contrat ne soit établi, ont affirmé de concert la partie civile et le ministère public. « Il n’existe aucun contrat entre l’État congolais et Jammal Samih », a insisté le ministère public.

Un procès reporté au 3 juin

Enfin, l’accusation a révélé que, sur ces 57 millions de dollars perçus, Jammal Samih en avait transféré 5 millions depuis le compte de sa société Samibo vers celui de Husmal Sarl à la Rawbank. A en croire l’accusation, deux fils de l’homme d’affaires libanais auraient également décaissé plus de 30 millions de dollars, avant de se volatiliser.

Les avocats de la partie civile n’a pas manqué de mettre ses pas dans ceux de l’accusation, en relevant que ces paiements auraient eu lieu entre mars et mai 2019, alors que le comité de suivi du Programme des cent jours a été mis en place au mois de juin. Soit avant même que les contrats ne soient signés.

Sur cette question, Vital Kamerhe à de nouveau affirmé n’être en rien responsable, et a appelé la Cour à interroger « les concernés », faisant notamment allusion au gouverneur de la Banque centrale, Déogratias Mutombo, ou encore au ministre du Budget au moment des faits, Pierre Kangudia.

Une requête que les juges semblent avoir entendu, décidant de renvoyer au 3 juin la troisième audience du procès, afin de faire comparaître plusieurs personnalités politiques, dont les anciens ministres des Finances, du Budget et du Développement rural.

De quoi  alimenter, encore un peu plus, l’onde de choc politique que provoque cette affaire hors norme, depuis l‘arrestation du bras droit du chef de l’État, début avril. 

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