Transport aérien

La Royal Air Maroc en quête d’argent frais pour redécoller

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Mis à jour le 25 mai 2020 à 13h20
Cloués au sol depuis la mi-mars, les avions de la Royal Air Maroc (RAM) attendent la réouverture des espaces aériens européen et africain.

Cloués au sol depuis la mi-mars, les avions de la Royal Air Maroc (RAM) attendent la réouverture des espaces aériens européen et africain. © ©Laurent GRANDGUILLOT/REA

Des discussions sont engagées avec l’État et avec les salariés pour renflouer la compagnie aérienne, qui connaissait déjà des problèmes de trésorerie avant la crise du Covid-19.

Cloués au sol depuis la mi-mars, les avions de la Royal Air Maroc (RAM) sont impatients de retrouver les airs. Si le royaume se déconfinera le 10 juin prochain, il leur faudra cependant encore attendre la réouverture des espaces aériens européen et africain pour voler à nouveau. Dans les couloirs de la compagnie, on évoque parmi les premières dessertes qui pourraient reprendre : le Casablanca-Pékin, lancé le 31 janvier.

« La reprise se fera dans la durée, sur une période minimale de 36 mois, avant de retrouver un réseau comparable à 2019 », prévenait Abdelhamid Addou, le PDG de la RAM, le 12 mai dans une lettre aux salariés de l’entreprise. « La route sera donc longue et pleine de turbulences, notamment en termes de contraction de la demande mondiale et des financements ».

La compagnie qui a vu s’envoler 60 % de son trafic en mars et 100 % en avril, prépare un plan de sauvegarde et de relance dont les axes seront déterminés par les prévisions de trafic préparés par l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Une trésorerie dans le rouge

Pour le mener à bien, deux tours de table se sont engagés. D’un côté entre la présidence de la compagnie et l’État actionnaire, représenté par les ministres des Finances et du Tourisme, à qui elle a demandé un soutien. Celui-ci devrait intervenir entre fin juin et début juillet. Et, en parallèle, une seconde négociation est en cours entre cette même présidence et les représentants des différentes catégories de personnels.

C’est d’abord d’argent frais dont a besoin la compagnie. Car si toutes les compagnies vivent actuellement de très grandes épreuves, la situation financière de la RAM, dont le manque à gagner quotidien est de 50 millions de dirhams (4,6 millions d’euros), était déjà très tendue.


Lire aussi notre dossier Aérien : la Royal Air Maroc vers de nouveaux horizons


Vrai ou faux ? Selon certaines sources en interne, la trésorerie de la compagnie était déficitaire de près de 100 millions d’euros au moment de la suspension des vols. En plus, comme l’avait confié son PDG à Jeune Afrique en novembre, la RAM avait déjà vécu une année 2019 compliquée en raison de la crise du Boeing 737 Max, dont elle a commandé quatre exemplaires, d’une longue crise avec le prestataire en charge du traitement des bagages et de mauvaises conditions de change. « Une partie de notre chiffre d’affaires est en euros, donc automatiquement, quand il y a un repli d’une monnaie par rapport à une autre, nous sommes impactés », expliquait-il alors.

Il ne devrait normalement pas y avoir de licenciement. L’État ayant encouragé les entreprises publiques à maintenir les emplois et les salaires

Une situation très délicate qui a obligé la direction générale à procéder à des ponctions sur les salaires, dès le 24 mars. Ainsi ceux allant de 1 000 à 2 000 euros ont été réduits de 10 %, ceux de 2 000 à 5 000 euros de 20 % et au-delà de 5 000 euros de 30 %.

La centaine de pilotes expatriés a été remerciée, tandis que les personnels navigants techniques dont les salaires sont corrélés à l’activité, ont vu leur rémunération baisser mécaniquement de 40 %. « Il ne devrait normalement pas y avoir de licenciement. L’État ayant encouragé les entreprises publiques à maintenir les emplois et les salaires pour ne pas ajouter de la crise à la crise », rapporte une source interne.

Des ambitions contrariées

« Le mois de juin nécessitera un apport important en termes de cash-flow. (…) Nous pourrons lever de la dette garantie par l’État, pour faire face aux engagements du mois de juin. (…) Nous serons dès lors amenés à faire des sacrifices importants, et à réduire la voilure de manière drastique, (…), revoir nos coûts et nos charges fixes de manière forte et pérenne, afin d’être plus compétitif et plus agile », indique le PDG dans son courrier. Les compressions de coûts liés à l’exploitation, l’hébergement des équipages qui représente 18 millions d’euros par an, figurent à l’agenda des discussions entre la direction et les pilotes.

Animée par d’importantes ambitions en 2018, la Royal Air Maroc attendait toujours la validation d’un plan de croissance qui n’est jamais venue. Elle qui comptait s’inspirer des success story d’Ethiopian Airlines et de Turkish Airlines, compagnies de taille similaire dans les années 2000.

Restructurée, la RAM avait déjà réussi sa mue, entamée depuis 2011 : de compagnie opérant surtout de point à point entre l’Europe et le Maroc, elle est devenue une compagnie qui collecte du trafic sur son hub de Casablanca. Son virage vers l’Afrique lui avait permis de renouer avec les bénéfices et de ne pas disparaître.

Abdelhamid Addou PDG de Royal Air Maroc

Abdelhamid Addou PDG de Royal Air Maroc © Guillaume Molle pour JA

Mais fortement concurrencée par les compagnies low cost depuis 2007 et l’ouverture du ciel marocain, qui s’est faite sans accompagnement par l’État, la RAM, réclamait depuis deux ans des moyens pour développer son hub et ses ambitions intercontinentales. Alors qu’elle a rejoint l’alliance Oneworld aux côtés d’American Airlines, de British Airways, de Qatar Airways ou encore de Japan Airlines en avril dernier. L’agressive concurrence des compagnies à bas coût comme Ryanair, EasyJet, Air Arabia, Transavia ou Vueling, disposant parfois de leurs bases régionales à Marrakech, Agadir, Fès, et proposant des billets à moins de 100 euros, sur lesquels elle ne peut pas s’aligner, continuait de grever les résultats de la compagnie publique.

La baisse à attendre du secteur touristique, principal émetteur des vols à bas coût, pourrait atténuer pendant un moment une certaine pression concurrentielle sur la RAM. Dans cette crise, l’État aura-t-il toutes les marges de manœuvre pour faire rayonner son pavillon, porte-drapeau de ses relations économiques et diplomatiques avec l’Afrique subsaharienne ? Contactés, la compagnie et son PDG n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

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