Justice

Arrestation du journaliste marocain Souleimane Raissouni : une nouvelle affaire Bouachrine ?

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 24 mai 2020 à 17h51
Abdelmoula El Marouri, avocat de Souleimane Raissouni, le 30 septembre 2019, à Rabat.

Abdelmoula El Marouri, avocat de Souleimane Raissouni, le 30 septembre 2019, à Rabat. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Accusé d’agression sexuelle, le rédacteur en chef du quotidien Akhbar al-Yaoum a été interpellé et placé en garde à vue le 22 mai.

Après Taoufik Bouachrine, fondateur et propriétaire du quotidien arabophone Akhbar al-Yaoum, condamné en 2019 à 15 ans de prison en appel pour violences sexuelles, c’est au tour du rédacteur en chef de ce même journal, Souleimane Raissouni, d’avoir maille à partir avec la justice marocaine pour des motifs similaires.

Souleimane Raissouni, qui est par ailleurs l’oncle de la journaliste Hajar Raissouni détenue pendant six semaines l’an dernier pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage », a été interpellé le 22 mai en fin de journée devant son domicile de Casablanca par quatre policiers de la BNPJ (police judiciaire) et placé en garde à vue.

À l’origine de cette arrestation : un long témoignage posté le 14 mai sur sa page Facebook par un certain Adam Muhammed – de son vrai nom Adil Ait Ouchraa – relatant une agression sexuelle dont il aurait été la victime fin 2018 de la part du « fondateur d’un journal électronique bien connu » au domicile de ce dernier. Le jeune homme ne cite pas de nom, mais les allusions, notamment à la nièce de son présumé agresseur, sont transparentes. Le post est alors repris par le site barlamane.com, puis par plusieurs autres et le Procureur du roi ouvre une enquête.

D’autres témoins bientôt entendus

Le 20 mai, Ait Ouchraa est auditionné par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) à Marrakech. Il confirme les faits, cite le nom de Souleimane Raissouni (qui dirigeait à l’époque le journal en ligne « Al Awal », revendu depuis) et fournit des détails sur les circonstances de leur rencontre : le tournage d’un documentaire sur la communauté LGBT au Maroc. Selon nos informations, « Adam Muhammed » a remis aux enquêteurs des sms et enregistrements audio prouvant, selon lui, ses dires.

Suite à l’interpellation de Raissouni, une confrontation a été organisée le 23 mai entre les deux protagonistes, au cours de laquelle le journaliste a nié connaître son accusateur, avant de refuser de répondre aux questions des enquêteurs. Comme dans l’affaire Bouachrine, les défenseurs de Souleimane Raissouni, notamment l’universitaire dissident Maâti Monjib et l’ONG Reporters sans frontières, affirment qu’il s’agit d’une manœuvre destinée à réduire au silence un journal qui, tout en étant proche des islamistes du Parti de la Justice et du Développement, se montre volontiers critique à l’encontre du pouvoir.

Quitte, pour Abdelmoula El Marouri, l’avocat du prévenu, à flirter (tout comme son client) avec des arguments homophobes. Dans un post sur Facebook le 23 mai, ce dernier s’indigne : « A-t-on vraiment accepté la plainte d’un individu qui se targue d’être gay, dans laquelle il prétend avoir subi une tentative de viol ? Mais dans quel pays sommes-nous ? ». La garde à vue de Souleimane Raissouni a été prolongée, le temps d’auditionner d’autres témoins.

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