Politique

Cameroun : comment la très influente famille Owona a été réhabilitée par Paul Biya

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mathias Owona, vice-recteur de l’Université de Yaoundé-II.

Mathias Owona, vice-recteur de l’Université de Yaoundé-II. © Baudouin Mouanda pour J.A.

Le chef de l’État camerounais vient de promouvoir coup sur coup deux membres de la famille Owona, partisane de la méthode forte.

La personnalité la plus en vue du clan est Mathias Eric Owona Nguini, propulsé le 22 avril vice-recteur de l’Université de Yaoundé-II. Paul Biya récompense ainsi un fervent défenseur de sa politique.

Partisan d’une ligne intransigeante dans la résolution de la crise anglophone, le politologue Owona Nguini, formé à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, en France, qui fut un temps proche de l’opposition, est à l’origine du concept de fédéralisme communautaire, qu’il propose comme solution sur les plateaux de télévision et sur les réseaux sociaux.

Tropisme identitaire

Une semaine plus tôt, le 15 avril, son père, Joseph Owona, avait été nommé membre du Conseil constitutionnel. Alors que le Cameroun est fracturé par des tensions politiques postélectorales, le chef de l’État peut compter sur cet homme pour verrouiller l’institution.

Âgé de 75 ans, ce constitutionnaliste formé à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, considéré comme un « dur », est connu pour son tropisme identitaire sur le champ politique. Au début des années 1980, Owona est le fondateur d’un lobby béti, appelé « Essingan », composé notamment d’hommes politiques et de membres du clergé catholique, dont l’un des objectifs est le maintien du pouvoir entre les mains de ce groupe ethnique dont est issu le président. Une partie de la presse l’accuse de tribalisme, mais cela n’a pas entravé son ascension.

Joseph Owona

Joseph Owona, membre du Conseil constitutionnel depuis le 15 avril. © Maboup

Chancelier de l’Université de Yaoundé avant d’être promu à la présidence de la République, en 1985, sur le strapontin de secrétaire général adjoint, il entre ensuite au gouvernement, où il officie de 1988 à 2004 – avec un entracte entre 1992 et 1994, au cours duquel il est secrétaire général de la Présidence, poste où il estimera avoir été un « président en pointillé », eu égard à la large marge de manœuvre dont il a bénéficié. Owona était l’un des hommes les plus puissants du pays, jusqu’à ce que le président décide d’ouvrir une ère dite de « démocratie apaisée ».

Retrouvailles au Conseil

Dès lors, le très clivant Joseph Owona est devenu gênant. En 2004, il quitte le gouvernement et se fait discret. Dans un livre controversé, il a proposé « l’alternativité régionale », en d’autres termes la rotation du pouvoir suprême entre les régions. Lorsqu’en 2018 il est question de nommer la toute première cuvée de membres du Conseil constitutionnel, Owona part favori pour en prendre la présidence, d’autant qu’il est l’un des rédacteurs de la Constitution. Mais le président lui a finalement préféré le discret Clément Atangana.

Désormais membre du Conseil, Owona a retrouvé parmi les juges son collègue, ami et rival constitutionnaliste Joseph-Marie Bipoun Woum. Il siège également aux côtés de plusieurs de ses anciens étudiants, dont l’ex-ministre du Développement urbain, Charles-Etienne Lékéné Donfack, et Emile Essombe.

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