Santé

John Nkengasong, la voix de l’Union africaine face au coronavirus

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Mis à jour le 15 juin 2020 à 11h04
ETHIOPIA-HEALTH-VIRUS

ETHIOPIA-HEALTH-VIRUS © John Nkengasong, Director of Africa-CDC, speaks during a press conference on COVID-19 at African Union (AU) headquarters in Addis Ababa, Ethiopia, on March 10, 2020. (Photo by Michael Tewelde / AFP)

À la tête des Centres africains de prévention et de lutte contre les maladies (Africa CDC), le Camerounais John Nkengasong a été propulsé sur le devant de la scène par la pandémie. Retour sur son parcours, de l’OMS à l’Union africaine.

C’est une figure clé de la lutte contre le Covid-19 en Afrique. John Nkengasong, le directeur des Centres africains de prévention et de lutte contre les maladies (Africa CDC), est sur tous les fronts depuis le début de la pandémie.

Ce virologue camerounais de 61 ans, diplômé de l’Université de Yaoundé, qui s’est ensuite formé à la médecine tropicale en Belgique, conseille les gouvernements, pilote l’acheminement des tests de dépistage et des équipements de protection, coordonne la réponse continentale au virus et vante les bienfaits des gestes barrières auprès du grand public.

Stratégie payante

Prenant très tôt la mesure du risque sanitaire encouru, il écrit le 27 février dans la revue médicale The Lancet que ce nouveau coronavirus représente « une menace imminente » qui pourrait avoir « un effet dévastateur » sur l’Afrique, et annonce des mesures fortes pour empêcher ce scénario du pire.

Une stratégie qui porte ses fruits, faisant passer le nombre de pays capables de dépister le virus de 2 à 48 en un peu plus d’un mois. John Nkengasong se dit particulièrement fier de la vitesse de réaction africaine, les ministres de la Santé du continent s’étant réunis dès le 22 février, soit seulement huit jours après le premier cas déclaré, pour s’accorder sur une politique commune.


Dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 21 mars, il soulignait d’ailleurs l’importance de ne pas répéter les erreurs commises en Europe, où l’entraide entre pays a, dans un premier temps, été très limitée.

Cette pandémie représente un premier test grandeur nature pour Africa CDC, une institution conçue en 2013 mais qui a vu le jour il y a seulement trois ans, en réponse à l’épidémie d’Ebola. Rattachée à l’Union africaine, elle a pour mission d’aider les États membres à faire face aux nombreuses crises sanitaires qui touchent le continent. Une tâche difficile, puisque son financement ne représente que 0,5 % du budget opérationnel de l’Union, soit moins de 10 millions de dollars par an.

« En Afrique, nous peinons toujours à obtenir des kits de dépistage, » admet-il.

John Nkengasong, qui s’exprime aussi facilement en français qu’en anglais, est passé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) puis les CDC américains (qui l’ont envoyé prendre la direction du laboratoire de virologie d’Abidjan). Il a consacré de nombreux travaux scientifiques au VIH et est à la tête d’Africa CDC depuis son lancement.

Pédagogue

Personnage jusque-là peu connu du grand public, il a gagné en notoriété ces derniers mois, répondant à toutes les sollicitations médiatiques et lançant même un podcast afin d’expliquer au plus grand nombre les mesures prises et les consignes à suivre.

Ses pires craintes ne se sont pas réalisées, l’Afrique restant à ce jour l’un des continents les moins touchés par la pandémie. Mais des doutes persistent quant à la fiabilité des données fournies par certains pays, dont l’Égypte (où une journaliste du Guardian a été poussée au départ après avoir remis en cause les chiffres officiels) et la Tanzanie, alors même que son président, John Magufuli, dénigre la politique de dépistage d’Africa CDC.

« Nous peinons toujours à obtenir des kits de dépistage, » a quant à lui admis John Nkengasong le 14 mai, alors que seulement 1,2 million de tests ont été réalisés en Afrique depuis février. L’Allemagne en comptait alors trois fois plus.

Interrogé par Jeune Afrique sur les leçons à tirer de cette crise, il se montre direct : « Des milliers de milliards sont déboursés à travers le monde pour soutenir les économies. Aurions-nous pu investir une toute petite partie de cette somme pour renforcer nos systèmes de santé en amont, afin de pouvoir réagir plus rapidement ? À mon avis, oui. »

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