Transport aérien

Quand les équipementiers de l’aérien se convertissent au masque

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Mis à jour le 22 mai 2020 à 17h18
Passagers équipés de masques à l'aéroport de Johannesburg, le 19 mars 2020.

Passagers équipés de masques à l'aéroport de Johannesburg, le 19 mars 2020. © Denis Farrell/AP/SIPA

Pour ne pas perdre entièrement leur chiffre d’affaires, certains fournisseurs ont dû repositionner rapidement leur offre pour répondre aux compagnies aériennes et aux aéroports.

Alors qu’Ethiopian Airlines a imposé, tout comme Air France, le port du masque à ses passagers depuis le 10 mai, plusieurs fournisseurs de services aux compagnies aériennes et aéroports se sont reconvertis dans la production de ces précieux équipements.

Plus habitués à fournir des trains d’atterrissage et autres pièces détachées, des prestations de maintenance ou des pilotes, c’est dans l’urgence, entre la mi-mars et le début d’avril, que les équipementiers du secteur aérien ont dû se repositionner.

Et les voilà actifs dans la vente de masques mais aussi de gel hydroalcoolique, de gants, de pistolets à température et autres combinaisons, pour ne pas voir fondre complètement leur chiffre d’affaires. Et ce sans attendre le retour dans les airs des transporteurs ni la réouverture des aérogares.

Alors que plusieurs pays européens, dont la France, souffraient d’une pénurie de masques, on a assisté à une flambée des prix. « On est monté à 3-4 dollars le masque FFP2, quand je les propose entre 1,10 et 1,30 euro », témoigne le Français d’origine camerounaise Alain Tchale, directeur de la stratégie d’Eways Aviation, une société franco-américaine disposant de bureaux à Paris, Miami, Dubaï et Marrakech. Elle fournit ces temps-ci Ethiopian Airlines ainsi que plusieurs autres compagnies, notamment en Afrique de l’Ouest, ses clients habituels. « Toutes les compagnies africaines n’ont pas encore passé commande, elles le feront probablement entre la mi-juin et la fin de juillet », poursuit le responsable.

Partenariats inédits

Eways Aviation n’est pas seul dans cette situation. Géant de l’aéronautique, l’américain Honeywell a aussi développé sa production de masques en mettant en place une chaîne de fabrication au Royaume-Uni. D’autres acteurs traditionnels, comme les américains 3M, premier fabricant mondial, et Kimberly-Clark, ont également accru leur production, répondant en partie aux besoins du secteur aérien. Des pays comme le Maroc et le Zimbabwe ont lancé la fabrication locale de masques, destinés au personnel soignant mais aussi à l’aviation.

Le besoin pour les compagnies africaines est estimé à 1 milliard de masques

Pour changer d’activité aussi rapidement, les producteurs nouvellement déclarés ont dû conclure des partenariats inédits. Par exemple, Eways a signé un accord avec des entreprises du sud-ouest de la Chine, qui produisent pour son compte. « Mettre en place un process industriel peut prendre deux à trois mois. Nous avons travaillé 24 heures sur 24 pour être prêts en un mois. Nous avons envoyé un contrôleur qualité pour produire aux normes européennes et américaines », précise le dirigeant, qui s’attend à un accroissement de la concurrence dans les prochaines semaines. Dans ce cas de figure, Eways n’est que le fabricant pour le client, ce dernier prenant en charge le transport depuis la Chine.

Si son entreprise a déjà vendu environ 1 million de masques et espère en écouler 10 à 20 millions, quand le besoin pour les compagnies africaines est estimé à 1 milliard, ces activités demeurent toutefois moins rémunératrices que la vente de trains d’atterrissage.

Cependant, le port du masque pourrait être l’une des bouées de sauvetage des transporteurs, déjà confrontés à d’immenses difficultés financières. Il permettrait en effet d’éviter la distanciation sociale, une mesure sanitaire qui ferait perdre beaucoup d’argent aux compagnies et les obligerait fatalement à augmenter le prix du billet. Ce que le patron de l’Association internationale du transport aérien (Iata), Alexandre de Juniac, a balayé d’un revers de main la semaine dernière.

Faibles risques à bord

« La mise en place des mesures de distanciation sociale ferait baisser le taux de remplissage maximum à 62 %. C’est bien en dessous du taux de remplissage moyen d’équilibre, de 77 % », a insisté la Iata dans un communiqué. « Le port du masque par les passagers et par l’équipage réduira le risque, déjà faible, tout en évitant les augmentations dramatiques des coûts pour le transport aérien qu’entraîneraient les mesures de distanciation sociale à bord », a ajouté l’organisation internationale.

Même si, souligne la Iata, le risque de transmission du virus dans un avion demeure faible grâce aux filtres à air à haute efficacité, qui assurent une « circulation d’air frais », et aux sièges qui constituent une barrière pour la personne de devant. Une inconnue demeure : le masque passera-t-il l’année 2020 ? Survivra-t-il au coronavirus ?

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