Politique économique

Sortie du franc CFA : le processus ouest-africain vu d’Afrique centrale

Réservé aux abonnés | | Par - à Youndé
Mis à jour le 22 mai 2020 à 16h17
Billets de francs CFA de l'Afrique centrale.

Billets de francs CFA de l'Afrique centrale. © Vincent Fournier/JA

Alors que la Cemac tarde à enclencher la réforme de son franc CFA, ses experts suivent de près l’expérience ouest-africaine.

En adoptant le 20 mai un projet de loi pour réformer l’accord monétaire qui lie Paris aux huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), le conseil des ministres français a acté la sortie prochaine du franc CFA par ces États, conformément au processus initié à Abidjan le 21 décembre 2019.

« C’est la preuve que le système peut-être réformé », commente l’économiste gabonais Mays Mouissi, qui constate que « cette évolution a été obtenue au prix d’une mobilisation forte de la société civile ».

Les pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac, comprenant le Gabon, le Congo, la RCA, le Tchad, la Guinée équatoriale et le Cameroun), qui utilisent eux aussi le franc CFA, suivent de près la dynamique enclenchée en décembre en Afrique de l’Ouest. D’autant que la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) et la Commission de la Cemac ont été invitées en novembre à proposer des pistes de réforme.

Démarche inspirante…

Mays Mouissi relève ainsi parmi les aspects positifs de l’accord ouest-africain le fait que la BCEAO puisse désormais gérer les réserves de change en « ligne directe », mais regrette que la « cacophonie » entre les pays de l’Uemoa et le Nigeria ait « entrainé un manque de visibilité sur la direction à suivre ». « Nous devrons éviter de reproduire ce type de scénario », prévient-il.

Bien qu’elle ne soit pas « radicale », la démarche séquencée de l’Uemoa semble « inspirante » à un ancien cadre de la banque des États d’Afrique centrale. Une première étape marquée par une indépendance dans la gestion, et une seconde étape pour obtenir une autonomie totale, qui se précisera plus tard avec l’extension de l’Eco à toute l’Afrique de l’Ouest. « La séquence actuelle ouvre une brèche pour une indépendance plus accrue de la BCEAO, avec néanmoins une autonomie d’actions bloquée par la parité fixe vis-à-vis de l’euro et la garantie financière « virtuelle » de la France. Car, dans l’histoire, le recours à cette garantie est une chimère », analyse-t-il.

… ou non-sens économique ?

Le projet en cours est « un non-sens économique pour les pays de l’Uemoa », juge de son côté un responsable de la Beac, qui y voit plus une décision politique. Car, « tout va très bien pour eux en ce moment. C’est la zone économique qui a le plus fort taux de croissance de toute l’Afrique depuis dix ans », rappelle-t-il. Et de regretter que la fin programmée du compte d’opérations et de sa confortable rémunération – à 0,75 % – causent un manque à gagner à la Bceao, au regard des taux négatifs en vigueur. « Elle ne trouvera pas de sitôt de placements équivalents sur le marché », tranche-t-il.

Marc Kamgaing, fondateur du fonds de gestion d’actifs Harvest Asset Management, installé à Douala, craint que le processus en Afrique de l’Ouest soit mal entamé. « L’euro est né après les accords de Schengen et la mise en place de conventions douanières, avec par exemple la zone de TVA unifiée. En Uemoa et encore moins dans la Cedeao, la taxation unique n’est effective. Sur les marchés financiers, des opérations dites « tax-free » se heurtent encore à des appréciations locales des services fiscaux. Le parcours des marchandises entre États est rempli d’embûches douanières. Au sein de la Cedeao, les bourses se rapprochent, mais effectuer un achat de titres sur la Nigeria Stock Exchange depuis Cotonou est un parcours du combattant », détaille-t-il.

En outre, la crise économique liée au Covid-19 et les incertitudes qui vont avec vont certainement compliquer le respect des critères de convergence. « Ces aléas et la nouvelle perception du risque Uemoa, qui pourrait se traduire sur les marchés financiers par une hausse des taux d’intérêt, sont néanmoins atténués par le maintien de la garantie de la France dans le nouveau cadre en cours de mise en œuvre », souligne-t-il.

L’attentisme prévaut pour le moment du côté officiel. « Nous avons d’autres priorités pour le moment », signale un haut fonctionnaire camerounais.

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