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D’Abidjan à Tunis, cinq scénaristes de séries incontournables

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Le réalisateur tunisien Abdelhamid Bouchnak.

Le réalisateur tunisien Abdelhamid Bouchnak. © Youssef Hssine

« Maîtresse d’un homme marié », « Célibatorium », « Commissariat de Tampy », « Les larmes de l’amour »… Ces productions africaines connaissent un franc succès. Focus sur cinq scénaristes qui leur donnent vie.

• Noraogo Sawadogo (Burkina Faso)

Le Burkinabè Noraogo Sawadogo, scénariste, entre autres, de "Fauteuil" et "Commissariat de Tampy".

Le Burkinabè Noraogo Sawadogo, scénariste, entre autres, de "Fauteuil" et "Commissariat de Tampy". © DR

Pour le scénariste de séries comme Le Fauteuil ou Commissariat de Tampy, un bon auteur doit donner l’envie de suivre une histoire jusqu’au bout et être capable de s’inspirer de sa propre culture.

« Dans le contexte ouest-africain, les scénaristes sont les héritiers de traditions orales. Contes et légendes pullulent dans notre imaginaire quotidien. Un scénariste africain a largement de quoi puiser dans son environnement pour réussir à écrire des histoires spécifiques au continent tout en leur donnant un caractère universel. »

• Angela Aquereburu (Togo)

Productrice et réalisatrice de nombreux programmes courts et séries (Zem, Palabres, Hospital IT, etc.) diffusés sur Canal+ International, TV5 Monde, A+ ou la RTI, Angela Aquereburu, 43 ans, dit s’être improvisée scénariste « pour casser les codes ».

Quand la deuxième saison de Zem, diffusée sur Canal+ Afrique et consacrée aux chauffeurs de motos-taxis, est mise sur les rails, elle s’attache à y intégrer un personnage féminin. « Sur nos écrans africains, les femmes sont souvent vénales ou trompées. J’ai voulu mettre en avant ce que l’on voit au quotidien. Il existe des femmes conductrices de motos-taxis comme il existe des femmes scientifiques et mères de famille. »

Quand une idée lui vient, elle sait à quelle chaîne soumettre sa bible (synopsis, liste des personnages, thèmes des épisodes, etc.). « Un scénariste de télévision n’écrit pas pour le public mais pour une chaîne. » Tarifs auxquels sont payés les scénaristes ouest-africains : entre 100 000 et 1 million de F CFA (entre 152 et 1 524 euros) pour un épisode de 26 minutes, selon la société de production ou le diffuseur, indique celle qui touche environ 500 000 F CFA par épisode.

• Kalista Sy (Sénégal)

La Sénégalaise Kalista Sy, journaliste de formation connue pour ses passages sur la 2sTV, est une scénariste autodidacte d’une trentaine d’années. Elle n’imaginait pas que sa toute première série, Maîtresse d’un homme marié, lancée en 2019 sur Marodi TV, connaîtrait un succès dépassant les frontières de son pays. « Encore aujourd’hui, je suis des formations afin d’affiner ma technique d’écriture. Je veux devenir scénariste professionnelle. »

Tout a commencé sur Facebook, où elle publie depuis 2015 des chroniques sur le quotidien des Sénégalaises. En 2018, une amie la présente à Serigne Massamba Ndour, directeur du futur diffuseur, emballé par l’idée de produire une série. « Avant de commencer à écrire les épisodes, j’ai mené un véritable travail de recherche journalistique pendant un mois auprès de mon entourage mais aussi auprès de psychologues. Je voulais que cette série soit humaine et montre à quel point les femmes sont versatiles. Il m’a aussi fallu apprendre comment retenir le public au fil des épisodes, jouer sur ses émotions et créer le débat. » Outre le brainstorming avec l’équipe de Marodi TV, Kalista Sy s’est attaché les services de deux autres scénaristes et affirme être « très bien payée ».

• Brigitte Bleu (Côte d’Ivoire)

© Autodidacte, c’est en 2011 que Brigitte Bleu a commencé à écrire pour la télévision. © DR

Brigitte Bleu, actrice depuis 1996, est coréalisatrice et scénariste de la série Les Larmes de l’amour, dont la saison 2 (26 épisodes de 52 minutes) sera diffusée en février 2021 sur la chaîne A+. On y suit les aventures de plusieurs personnages empêtrés dans des histoires d’amour compliquées. « Je m’inspire essentiellement d’histoires réelles entendues ou vécues. » Autodidacte, c’est en 2011 que Brigitte Bleu a commencé à écrire pour la télévision, et notamment pour la RTI, grâce à l’appui de scénaristes chevronnés. « J’étais payée 100 000 F CFA l’épisode par la RTI », se souvient-elle. « Pour Les Larmes, j’ai tourné 19 épisodes avant la proposition à A+. Et ce avec mon propre budget de 118 millions de F CFA. »

Selon elle, un bon scénariste doit savoir écouter et observer ce qui se passe autour de lui. « Avec le peu de moyens que nous avons en Afrique, nous sommes souvent obligés de limiter l’action quand on écrit. Un tournage coûte très cher, on se doit de prendre en compte la réalité. Raison pour laquelle on se retrouve souvent avec des fictions où les personnages passent du salon à la chambre, et vice versa. La série devient alors une pièce de théâtre filmée. »

• Adama Roamba (Burkina Faso)

Adama Roamba (casquette noire, à droite)© DR

Adama Roamba (casquette noire, à droite)© DR © Né en Côte d’Ivoire, Adama Roamba (à droite) s’est formé sur le tas. © DR

Adama Roamba, 51 ans, est scénariste et réalisateur, « comme la plupart des auteurs africains », de Du jour au lendemain, Petit Sergent ou, plus récemment, Célibatorium… Né en Côte d’Ivoire, il a vécu au Burkina à l’ère Sankara, et s’est formé sur le tas. « J’ai commencé par des stages sur des plateaux avec Issa Traoré de Brahima et Dani Kouyaté avant de réaliser mon premier court-métrage, vendu à l’époque à CFI [Canal France International]. Cela m’a permis d’effectuer un stage à Paris, chez La Luna Productions, avec laquelle je travaille encore aujourd’hui pour des coproductions via ma propre société, Film 21. »

S’il planche actuellement sur une série policière, FSA – Forces spéciales africaines, coproduite par Canal+ International, la société marocaine Image Factory et la française Films 7, Adama Roamba soutient que le scénariste africain est forcément limité financièrement. « Si l’inspiration est grande, une fois sur le papier, on rêve moins. »


Objectif ramadan

En Tunisie, les séries télévisées sont essentiellement diffusées en période de ramadan. « La plupart d’entre nous aimeraient que cela change dans la mesure où nous sommes contraints de nous autocensurer, le public étant forcément une famille avec enfants… C’est aussi la seule période où les annonceurs s’intéressent aux productions audiovisuelles. Le reste de l’année nous sert à préparer les fictions pour le ramadan suivant. On travaille donc pour un seul mois dans l’année et cela crée un certain encombrement », explique le Tunisien Abdelhamid Bouchnak.

Acteur, il est aussi l’auteur, le réalisateur et le producteur de la série Nouba, dont la deuxième saison a été diffusée au cours du ramadan cette année. Il l’a produite grâce à sa société Shkoon Production.

Au Maroc et en Algérie, le même système prévaut. Hicham El Jebbari est connu au Maroc pour ses sitcoms humoristiques diffusées sur Al Amazighia et Al Aoula. Auteur pour le théâtre, le cinéma et la télévision tout en assurant, sans surprise, la réalisation et la production de ses œuvres, il a vu chaque épisode du Passé ne meurt pas réunir plus de 2 millions de spectateurs sur YouTube, lors du ramadan 2019. « Selon le scénario ou le casting, le tarif peut aller jusqu’à 50 000 euros », indique encore Abdelhamid Bouchnak.

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