Société

Saaïd Amzazi : « Le Maroc continuera d’être une terre d’accueil pour étudiants étrangers »

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Le ministre de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Saaïd Amzazi, à Rabat, le 15 mai 2020.

Le ministre de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Saaïd Amzazi, à Rabat, le 15 mai 2020. © Mhammed Kilito pour JA

Le plan de déconfinement du royaume sera dévoilé ce jeudi 11 juin par le gouvernement El Othmani. Saïd Amzazi, ministre de l’Enseignement, dévoile à Jeune Afrique son volet éducatif.

À la tête des départements de l’Éducation, de la Formation professionnel, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le ministre Saaïd Amzazi veille sur le parcours de 10 millions d’élèves et d’étudiants, et près de 250 000 enseignants. Depuis le début du mois d’avril, il est aussi porte-parole du gouvernement.

Dans ce dernier rôle, Amzazi reste discret : la majorité de Saadeddine El Othmani apparaît toujours plus fragile et éloignée des centres de décision, resserrés plus encore autour du Palais en temps de crise sanitaire. Le ministre, en revanche, gère bien la continuité pédagogique, réfléchit aux modalités d’un retour en classe et soutient des projets dans l’éducation et la recherche, parmi lesquels des fonds pour anticiper d’éventuelles répliques de la pandémie.

Jeune Afrique : Quelles sont les grandes lignes du plan de sortie du confinement du royaume?

Saaïd Amzazi : Le Maroc, dès le début de la pandémie et sous l’impulsion du roi, Mohammed VI, a délibérément fait le choix de protéger la santé de ses citoyens au détriment de l’économie nationale. Le prolongement de l’état d’urgence sanitaire, et par conséquent de l’obligation de confinement, jusqu’au 10 juin prochain, est là une décision sage, responsable, prise à la lumière de l’évolution de la situation épidémiologique.

Grâce aux mesures mises en place, notre pays a pu maîtriser la situation au national, avec un nombre de décès en recul, un nombre de patients en soins intensifs et en réanimation en baisse et un nombre de personnes guéries qui dépasse au quotidien celui des nouveaux cas de contamination. Nombre de nos régions n’enregistrent plus de personnes nouvellement atteintes du Covid-19 depuis plusieurs jours.

Toutefois, la situation épidémiologique évolue en dents de scie, avec l’apparition de quelques foyers de contamination, principalement professionnels et familiaux, disséminés dans plusieurs villes. Cela oblige à rester vigilants. Je rappelle que nos autorités sanitaires préconisent de n’entamer l’allègement du confinement qu’à partir de la satisfaction d’un certain nombre de prérequis, dont un Rt [ratio] qui passerait en-dessous de 0,7.

Malgré l’impérieuse nécessité de relancer l’économie, nous optons pour la prudence, car une prise de risque excessive nous ferait perdre tous les acquis de notre stratégie, très énergique, de lutte contre le Covid-19.

Quand les élèves et étudiants retourneront-ils en classe ?

Notre priorité reste la sécurité sanitaire de nos 10 millions d’élèves, stagiaires et étudiants, et de leurs quelque 350000 enseignants. Aussi, tous les cours en présentiel sont suspendus jusqu’en septembre. Cette décision vaut pour tous les niveaux : primaire, secondaire, formation professionnelle et enseignement supérieur. Toutefois, la continuité pédagogique continuera d’être assurée via l’enseignement à distance jusqu’à la fin de l’année académique en cours, notamment sur les différentes plateformes numériques et les chaînes TV.

Quant à la rentrée dans les centres de formation professionnelle et les universités, elle se fera en octobre. Car nous maintenons les partiels dans le supérieur et dans les grandes écoles, mais ils sont reportés en septembre. Au Maroc, les universités disposent d’une autonomie suffisante pour s’organiser, chacune en fonction de ses spécificités et de ses capacités, afin que les partiels puissent se dérouler en présentiel dans les meilleures conditions, que ce soit sur le plan pédagogique ou sanitaire.

Mais concrètement, comment s’effectueront les inscriptions dans les écoles et universités pour l’année prochaine ?

Les pré-inscriptions se feront, comme à l’accoutumée, en ligne, en mai, juin et juillet. Par la suite, en septembre, les étudiants pourront se déplacer dans les établissements pour une inscription physique.

50 000 étudiants marocains poursuivre leur cursus à l’étranger. Comment assurer leur mobilité ?

Les étudiants souhaitant poursuivre leurs études à l’étranger ont normalement déjà effectué leur pré-inscription en ligne au cours de cette année scolaire. Dans la mesure où les réouvertures de frontières commencent à être annoncées par différents pays, rien ne devrait s’opposer à ce que nos jeunes rejoignent les universités étrangères qui les auront acceptés d’ici à la rentrée. D’ailleurs, les concours d’accès aux grandes écoles françaises se dérouleront comme de coutume au Maroc en juin et juillet.

Le Maroc accueille lui-même de nombreux étudiants étrangers. Pourra-t-il en accueillir autant à la rentrée prochaine ?

Bien entendu, c’est ce que nous espérons pouvoir faire dès que les frontières seront rouvertes. Nous entendons tout mettre en œuvre pour que le Maroc continue d’être une terre d’accueil pour les étudiants étrangers inscrits dans nos établissements. En majorité d’origine subsaharienne, ils sont au nombre de 20 000, dont 8000 boursiers du gouvernement marocain. Nombre d’entre eux ont été pris en charge au sein de nos résidences universitaires et bénéficient, aussi, de l’enseignement à distance.

Un mot sur le baccalauréat. Les épreuves sont maintenues ?

Oui, en présentiel, et la session ordinaire se déroulera entre le 3 et le 8 juillet. Pour ne pas pénaliser les quelques 320 000 candidats, les sujets des examens ne porteront que sur les cours dispensés avant la suspension des cours en classe. Les épreuves anticipées comptant pour la première partie du bac – qui sont régionales – seront quant à elles organisées en septembre.

La session ordinaire du baccalauréat se déroulera entre le 3 et le 8 juillet

Des mesures de sécurité sanitaire particulières sont prévues dans les centres d’examen ?

Evidemment ! Réquisition d’espaces appropriés comme de grands espaces sportifs, ainsi qu’accueil, hébergement, restauration et transport des élèves bénéficiant de l’appui social… Tout est fait pour garantir une sécurité sanitaire aux candidats, ainsi qu’aux enseignants et au personnel administratif. En revanche, les épreuves de fin d’année en primaire, collège et lycée sont annulés. Notamment les examens certificatifs de la sixième en primaire, et ceux de la troisième année au collège.

Qui décide alors du passage en classe supérieure ?

Le passage au niveau suivant dépendra des notes obtenues en contrôle continu, qui avait été organisé avant l’arrêt des enseignements en présentiel, et ce sur la base des décisions des conseils de classe.

Il n’y aura donc pas d’année blanche ?

Absolument pas. Cette hypothèse est totalement exclue dans la mesure où la suspension des cours est intervenue alors que plus de 75% des programmes scolaires et universitaires avaient déjà été enseignés, et que la continuité pédagogique a pu ensuite être assurée grâce à une mobilisation sans précédent des enseignants via des plateformes numériques ainsi que sur les chaînes de télévision, les radios nationales et les classes virtuelles.

Quatre chaînes de télévision se sont mobilisées pour diffuser des cours préenregistrés

La réponse à la pandémie est largement numérique et beaucoup de foyers ne sont pas forcément équipés d’ordinateurs, ou ont difficilement accès à internet. Comment y remédier ?

C’est une problématique quasi universelle à laquelle sont confrontés de nombreux pays et qui a été mise en exergue par cette crise. Au Maroc, nous avons pu compter, aux côtés des services internet, sur quatre chaînes de télévision nationales et plusieurs radios nationales et régionales, mobilisées pour diffuser des cours enregistrés pour tous les niveaux, du primaire au supérieur. 98% des foyers disposent de la télévision sur le territoire national. Cette expérience, que nous jugeons très positive, a conforté notre ambition de mettre en place une chaîne nationale éducative totalement consacrée à l’enseignement.

Les programmes vont-ils être adaptés à la rentrée? Pour renforcer par exemple les enseignements liés à la science, la santé et l’hygiène…

C’est une nécessité vitale, car l’humanité doit apprendre à vivre avec le virus du Covid-19 et, peut-être, avec d’autres agents pathogènes qui pourraient apparaître. Nous avons donc profité de la réforme des curricula lancée en 2018 pour orienter les contenus des programmes en ce sens, notamment en cinquième et sixième années d’école primaire. Nous en ferons de même à partir de l’an prochain pour les programmes de collège et lycée.

Faut-il bousculer le calendrier scolaire, et notamment les dates de vacances, pour rattraper le trimestre écoulé pendant le confinement ?

Les vacances du mois d’août sont préservées. Mais nous envisageons de consacrer le mois de septembre à la remédiation et au soutien scolaire en présentiel afin de permettre aux élèves de rattraper les lacunes qu’ils auraient pu accumuler avec la suspension des cours à la mi-mars, en particulier ceux qui ne disposaient pas d’un accès à l’enseignement à distance à travers le portail numérique national et qui auraient été limités aux cours télédiffusés et radiodiffusés. Autrement dit : la rentrée aura bien lieu en septembre, mais les enseignements de l’an prochain ne seront dispensés qu’à partir du 1er octobre.

Quelles leçons tirez-vous de cette pandémie en matière d’éducation ?

La pandémie nous a vite posé un certain nombre de défis à relever dans l’urgence : produire en un délai très court des ressources pédagogiques numériques par milliers, mobiliser les enseignants autour de l’enseignement à distance, défi de maintenir coûte que coûte la résilience des élèves et des étudiants en matière d’apprentissage…

Ce fut une leçon d’humanité totalement édifiante car chaque acteur du système éducatif a fait preuve d’un engagement et d’un sens de la responsabilité et de la citoyenneté qui forcent l’admiration. C’est la preuve irréfutable de la volonté et de l’engagement de tous dans la mise en place des réformes engagées.

Le ministère a lancé un programme pour financer la recherche scientifique multidiscipli­naire en relation avec la pandémie

Le budget de la recherche est-il amené à gonfler ?

La crise du Covid-19 a indéniablement mis en lumière la nécessité vitale d’investir dans la recherche scientifique, sans laquelle l’humanité tout entière resterait menacée par tout nouveau fléau, de quelque nature qu’il soit. Le Maroc dispose d’un potentiel considérable au sein de ses universités, et ses chercheurs se sont très rapidement appropriés les problématiques de la crise sanitaire : limitation de l’impact social et économique de la pandémie, modalités et scénarisations de la relance économique, modélisations de l’évolution de la pandémie, études sur la variabilité génétique du virus, production de respirateurs de fabrication locale…

Le ministère a lancé un programme auquel est alloué un montant de 10 millions de dirhams [près de 1 million d’euros] pour financer la recherche scientifique multidiscipli­naire, notamment en ce qui concerne l’analyse et la compréhension de la pénétration et de la propagation du virus, la gestion de la période transitoire entre confinement et relance économique, et les mécanismes de veille à déployer dans l’éventualité de l’apparition d’autres maladies.

Comment le royaume peut-il développer les pôles de recherche universitaires sur les maladies récurrentes ?

De tels pôles existent déjà, et mutualisent les efforts des médecins et des chercheurs. Leurs équipes travaillent notamment sur les approches thérapeutiques et sur la variabilité des micro-organismes émergents. Ce type de recherches est bien évidemment éligible en premier lieu au programme de financement que je viens d’aborder.

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