BTP & Infrastructures

Coronavirus : le cimentier Lafarge Africa gèle ses investissements

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 22 mai 2020 à 13h53
Le chantier d'Ekko Atlantic City, à Lagos (photo d'illustration).

Le chantier d'Ekko Atlantic City, à Lagos (photo d'illustration). © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

À peine désendettée par son désengagement de Lafarge South Africa Holdings, la filiale de LafargeHolcim subit de plein fouet le gel des grands projets d’infrastructures.

Le nouveau PDG de Lafarge Africa, Khaled El Dokani, arrivé en janvier, a annoncé le 19 mai le gel des dépenses d’investissement du groupe pour le reste de 2020, en raison du ralentissement de l’activité économique à cause de la pandémie de Covid-19, et notamment de la mise en sommeil des grands projets d’infrastructures.

Le 2e groupe ouest-africain de matériaux de construction (500 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019) derrière son compatriote Dangote Cement a réalisé l’an dernier une importante opération de désendettement en se désengageant à 100 % de sa filiale Lafarge South Africa Holdings. Désormais recentré sur le Nigeria (malgré une participation de 35 % dans Continental Blue Investment, actif dans la production de ciment au Ghana), Lafarge Africa comptait pourtant profiter de ses nouvelles marges de manœuvre financières pour augmenter ses capacités de production.

« Étant donné que le parc de logements et le nombre de routes goudronnées du Nigeria accusent un retard important par rapport à l’indice de référence, on s’attend à ce qu’à mesure que les indices macroéconomiques nigérians s’amélioreront, la demande intérieure de ciment reparte à la hausse pour retrouver son niveau de croissance d’avant la récession de 2016 », avait ainsi détaillé Mobolaji Balogun, l’ancien président du groupe, lors de la présentation des résultats 2019 du groupe – il a depuis passé le flambeau à Khaled El Dokani.

Opération désendettement réussie

C’était sans compter la crise liée au coronavirus, qui, en faisant plonger le prix du pétrole, a frappé de plein fouet l’économie nigériane, remettant en question le calendrier des grands projets d’infrastructures. Les mesures de confinement adoptées pour lutter contre le développement de la pandémie dans le pays ont également fait chuter les ventes de Lafarge Africa au deuxième trimestre.

Malgré tout, et même si « l’impact du Covid-19 sur les résultats de 2020 de l’entreprise ne peut être raisonnablement estimé à ce stade, les perspectives à long terme restent positives », estime Khaled El Dokani. Il faut dire que l’entreprise a réussi l’an dernier à redresser considérablement le profil de sa dette, qui s’était creusée à 343,1 milliards de nairas (803 millions d’euros) sur la période 2005-2019, notamment du fait d’investissements ayant permis de multiplier par 5 la production de ciment sur la période, à 10,5 millions de tonnes par an.

Le groupe a pu redresser ses comptes grâce à deux émissions de titres, pour 131,6 milliards de nairas en 2018 et pour 89,2 milliards en 2019, mais surtout grâce à la cession pour 317 millions de dollars de Lafarge South Africa Holdings à une autre filiale de LafargeHolcim, Caricement BV (elle-même actionnaire à 56,04 % de Lafarge Africa).

Des nouveaux projets envisagés pour 2021

« Ce désinvestissement a été bien accueilli par nos investisseurs, étant donné l’important désendettement qu’il a permis d’opérer sur le bilan de notre société, en réduisant le coût du financement de la dette [passé de 41,6 milliards de nairas en 2018 à 20,2 milliards en 2019] et en remboursant la totalité de notre dette en devises étrangères », avait indiqué le président Mobolaji Balogun lors de la présentation des résultats du groupe. Mobolaji Balogun relevait en outre que l’économie sud-africaine n’a depuis montré aucun signe d’amélioration, confortant Lafarge Africa dans son choix stratégique.

La dette nette du groupe n’était plus au 31 décembre 2019 que de 37,1 milliards de nairas, dont 33,8 milliards émanant d’une obligation à cinq ans qui arrive à maturité en juillet 2021, relève le rapport annuel du groupe. C’est donc surtout à partir de cette échéance, plus qu’en 2020, que le groupe estimait « avoir les moyens d’envisager [une nouvelle] augmentation des capacités de production de ciment ».

En 2019, Lafarge Africa a enregistré un bénéfice ordinaire après impôts de 15,5 milliards de nairas, contre 8,1 milliards en 2018, et a pu renouer avec le versement de dividendes – le bénéfice par action est passé de -1,05 naira en 2018 à 7,15 nairas en 2019.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte

devices

Accédez en illimité à l'ensemble de nos articles en vous abonnant pour seulement 1€

Accédez en illimité à l'ensemble de nos articles en vous abonnant pour seulement 1€

je m'abonne