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Le Sénat américain rejette le traité de Versailles

Washington, 19 mars 1920. Signé neuf mois auparavant par la France, ses alliés et l’Allemagne, le traité de Versailles est soumis pour ratification au Sénat américain. Il met fin à la Première Guerre mondiale et prévoit la création de la Société des nations (SDN). Hélas ! le texte n’obtient que 49 voix (contre 35), alors qu’il en faut 7 de plus pour atteindre l’indispensable majorité des deux tiers. Le président Thomas Woodrow Wilson tente de le faire plébisciter, quelques mois plus tard, lors de l’élection présidentielle du mois de novembre, mais son candidat, James Cox, est battu par le républicain Warren Harding. Les États-Unis ne seront jamais membres de la SDN. L’isolationnisme régnera dans ce pays jusqu’à ce qu’en 1937 le président Franklin Roosevelt s’inquiète du danger représenté par l’axe Berlin-Rome-Tokyo, l’alliance du nazisme allemand, du fascisme italien et de l’impérialisme japonais.
Le projet de constituer « une association générale des nations dans le but d’apporter des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux grands comme aux petits États » avait pourtant été défendue par Wilson – et avec quelle passion ! – lors de la conférence de paix. C’était le dernier des « quatorze points » qui définissaient les buts de guerre américains. L’idée lui avait été soufflée par Edward Grey, le secrétaire au Foreign Office britannique. Une correspondance que Henry Kissinger considère comme une première manifestation des « liens spéciaux » américano-britanniques. Wilson était très hostile au vieux principe de « l’équilibre européen », dans lequel il voyait l’origine principale des guerres, et n’avait guère d’estime pour le système de « directoire des puissances » où les grands imposent leurs choix aux petits. Il s’enthousiasma.
Le Sénat américain comprenait 47 démocrates et 49 républicains. Wilson pouvait compter sur 43 démocrates. Quatre autres démocrates et 14 républicains lui étaient irrémédiablement hostiles. Il lui fallait donc trouver 23 voix supplémentaires chez les républicains. C’était possible à condition d’accepter une série d’amendements qui auraient entraîné une réouverture des négociations avec les Alliés. Wilson s’y refusant, il entreprit une vaste tournée de propagande, notamment au Far West. Dans le train qui l’emmenait à Wichita, au Kansas, il fut victime d’une attaque cérébrale et se retrouva coupé du monde, trois mois durant. Son épouse ne lui communiquant que les nouvelles favorables, il s’obstina dans son intransigeance, alors que le traité aurait pu être approuvé avec quelques réserves auxquelles la France et la Grande-Bretagne étaient prêtes à consentir. Le 19 novembre 1919, lors d’un premier débat, le texte assorti de quelques amendements n’obtint que 39 voix contre 55. Les démocrates, sur ordre de Wilson, avaient tous voté contre. Dans son aveuglement, il espérait pouvoir repartir de zéro et faire voter le traité sans amendements.
Conclusion de Jean-Baptiste Duroselle, de l’Institut, dans son Histoire diplomatique de 1919 à nos jours (Dalloz) : « Le programme électoral d’Harding était le « retour à la normale », c’est-à-dire le rejet de l’internationalisme wilsonien. Les États-Unis durent alors signer une paix séparée avec l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie (août 1921). Leur absence de Genève devait avoir les plus graves conséquences. »
Conclusion partagée par la meilleure histoire généraliste des États-Unis, The Growth of the American Republic, de Samuel Eliot Morison, Henry Steele Commager et William E. Leuchtenburg (Oxford University Press) : « Ainsi fut sacrifiée la plus encourageante perspective d’ordre mondial qui ait été jusqu’alors offerte à l’humanité. Ainsi le monde fut-il condamné à chercher à nouveau des solutions sur des chemins qui avaient toujours, dans le passé, conduit au massacre et à la ruine. »
On ne refait pas l’Histoire, et rien ne garantit que la « sécurité collective » défendue par la SDN aurait obtenu de meilleurs résultats si les États-Unis avaient participé au maintien de la paix. Mais il est pour le moins inquiétant que le président George W. Bush se demande aujourd’hui « si les Nations unies sont encore indispensables au XXIe siècle », selon le quotidien turc Cumhuriyet, et qu’il « sabote l’autorité et le crédit de l’ONU », comme l’écrit Le Monde. L’unilatéralisme n’ouvre pas de meilleures perspectives qu’autrefois l’isolationnisme. Les États-Unis ont besoin des Nations unies comme les Nations unies ont besoin des États-Unis.

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