Politique économique

Suspension de la dette africaine : mode d’emploi

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Mis à jour le 21 mai 2020 à 17h22
Le centre ville de Bamako (Mali), vu depuis l'autre rive du fleuve Niger.

Le centre ville de Bamako (Mali), vu depuis l'autre rive du fleuve Niger. © Vincent FOURNIER/JEUNE AFRIQUE/REA Vincent Fournier/JA

Le Mali est l’un des premiers pays au monde dont le Club de Paris a suspendu le service de la dette. Vingt pays africains sont en attente de la même mesure. Décryptage.

La crise économique prochaine due à la mise à l’arrêt de l’économie mondiale durant la pandémie de Covid-19 devrait faire chuter la croissance de l’Afrique subsaharienne, qui devrait passer de de 3,1 % en 2019 à -1,6 % cette année, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Le FMI et la Banque mondiale ont de ce fait appelé, en mars, les pays créanciers à suspendre le service de la dette des pays les plus pauvres pour leur permettre de conserver des liquidités et de mieux supporter le choc. Le G20 a confirmé, en avril, cette « Initiative pour la suspension du service de la dette » (ISSD) et le Club de Paris, qui regroupe les 22 principaux pays créanciers – auxquels se sont joints la Chine et l’Arabie saoudite – a accepté de procéder à cette suspension.

  • Qui est concerné ?

Le Mali a été, avec La Dominique, le premier pays au monde dont le Club de Paris a suspendu, le 15 mai, le service de la dette jusqu’au 31 décembre 2020. Trois jours plus tard, la même mesure était prise pour La Grenade, suivie le 19 mai par le Népal.

Sur les 77 pays éligibles à cet allègement, 41 se trouvent en Afrique. Pour être éligible, un pays doit être classé par la Banque mondiale dans la catégorie des pays les plus pauvres, c’est-à-dire avoir un revenu national brut (RNB) par tête d’habitant inférieur à 1 175 dollars et être dans l’incapacité d’obtenir des crédits sur les marchés financiers, car présentant le risque de ne pas pouvoir rembourser sa dette. Aucun pays d’Afrique du Nord ne remplit ces conditions.

Vingt autres pays africains ont déposé une demande et sont en attente du traitement de leur dossier.

  • Comment ?

La procédure est rapide, car il ne s’agit pas d’une annulation de dette, mais d’une simple suspension des versements des intérêts et des remboursements de capital des prêts. Présidé par la France, le Club de Paris a élaboré un accord-type qui simplifie l’étude et l’approbation du dossier du pays concerné.

Le pays doit d’abord en faire la demande. Le Club lui renvoie un mémorandum dans lequel le gouvernement s’engage « à consacrer les ressources par cette initiative à l’augmentation des dépenses dédiées à atténuer l’impact sanitaire, économique et social de la crise liée au Covid-19 » et à « améliorer la transparence et la gestion de la dette ». Après la signature de ce document par les demandeurs, les membres du Club donnent leur aval de façon automatique. Il est prévu un suivi pour que les créanciers s’assurent de l’utilisation des fonds dégagés à des fins conformes aux engagements pris. À la différence d’une annulation de dette, cette suspension ne dégrade pas la note de crédit des pays bénéficiaires par les agences de notations.

  • Le cas du Mali

Le gouvernement du Mali a obtenu de ne pas payer les échéances de ses prêts entre le 1er mai et le 31 décembre 2020. Les sommes qui n’auront pas été versées seront remboursées sur trois ans, à partir de l’année 2022 et jusqu’en 2024 inclus. Ce report par le Club de Paris permettra au Mali de dégager environ 23 milliards de F CFA (35 millions d’euros) de trésorerie en 2020.

  • Et après ?

Parmi les vingt pays africains qui attendent de bénéficier des mêmes conditions que le Mali, figurent notamment le Cameroun, l’Éthiopie, la Mauritanie, le Niger, la République du Congo et la République démocratique du Congo. Ils disposeront des mêmes délais de remboursement. En cas de nécessité, les créanciers du Club se disent prêts à envisager « une éventuelle prolongation de suspension ». Selon les calculs, l’Initiative permettrait aux 41 pays africains éligibles d’économiser, cette année, entre 15 et 19 milliards de dollars.

La France aimerait persuader le G20 de la nécessité d’annuler purement et simplement une partie de la dette des pays les plus pauvres, mais elle se heurte à la Chine, qui a beaucoup à y perdre et qui estime que les prêts de ses banques publiques ne doivent pas entrer dans les allègements souhaités. Paris pourrait se rabattre sur le G7, limité aux pays les plus riches et mieux disposés à des annulations.

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