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Abdoulaye Wade élu président du Sénégal

19 mars 2000

Par - Cécile Sow Guèye
Mis à jour le 17 mars 2008 à 12:08

Il est bientôt minuit. Sous le ciel étoilé de ce dimanche 19 mars 2000, Dakar s’anime peu à peu. La victoire d’Abdoulaye Wade, 73 ans, au second tour de la présidentielle ne fait plus aucun doute. Après quarante ans de régime socialiste, l’« aube nouvelle » tant attendue des partisans de l’opposant pointe enfin à l’horizon. « Sopi, sopi » (« changement », en wolof) scandent hommes, femmes, jeunes et vieux qui, en l’espace de quelques instants, ont envahi les rues de la capitale, abandonnant les postes de radio auxquels ils ont prêté l’oreille tout au long de cette journée d’élection. Des scènes semblables se répéteront des heures durant dans presque tout le pays
L’alternance tant de fois invoquée par les sept candidats décidés à écarter Abdou Diouf du fauteuil présidentiel légué par Léopold Sédar Senghor en 1981, puis confirmé par les urnes en 1983, s’est concrétisée. Abdoulaye Wade, fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS), plusieurs fois député, après quatre tentatives infructueuses (1978, 1983, 1988 et 1993), quelques séjours en prison et deux passages dans des gouvernements socialistes, vient de remporter haut la main l’élection présidentielle. La présence de journalistes de plusieurs radios privées (autorisées depuis 1994) dans les principaux centres de vote permet aux populations de suivre, pour la première fois, en temps réel le comptage des voix. Les chiffres officiels attribueront plus tard 58,5 % des suffrages au « Pape du sopi » et 41,5 % à Abdou Diouf qui, dès le matin du 20 mars, appelle Abdoulaye Wade pour le féliciter et l’informer de la publication d’un communiqué officiel reconnaissant sa victoire.

Les trois semaines qui ont précédé le second tour tant redouté par le camp socialiste ont été marquées par plusieurs rebondissements. Moustapha Niasse et Djibo Kâ, tous deux anciens membres influents du Parti socialiste, en ont été les principaux acteurs. Si Niasse, le candidat de l’Alliance des forces du progrès (AFP), arrivé troisième au premier tour avec 16,8 % des voix, s’est rallié à Wade sans hésiter, il n’en a pas été de même pour Kâ, quatrième avec 7,1 % des suffrages à l’issue du vote du 27 février. Le leader de l’Union pour le renouveau démocratique (URD) annonce publiquement, le 14 mars, son soutien à Abdou Diouf. Une dizaine de jours auparavant, il avait pourtant affirmé avoir demandé au candidat socialiste de se retirer de la course Sans Djibo Kâ, la bataille semblait difficile pour Wade. C’était compter sans la mobilisation des électeurs.
Le 19 mars 2000, 62 % des 2,5 millions des inscrits se sont rendus aux urnes pour élire le troisième président de la République du Sénégal au terme d’un processus salué à travers le monde entier. Ni la régularité ni la transparence de cette élection n’ont été contestées. Les jeunes adultes ont voté en masse. Et selon de nombreux observateurs, ce sont eux qui ont fait la différence. Les socialistes ne se sont jamais véritablement remis de cet échec. Sept ans plus tard, le 25 février 2007, Abdoulaye Wade remporte la présidentielle dès le premier tour avec 55,86 % des voix. Sans toutefois provoquer les mêmes scènes de joie dans les rues dakaroises.