Agroalimentaire

Pourquoi OCP ne panique pas après la dégradation de sa note par Fitch

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Mis à jour le 21 mai 2020 à 10h39
Installations d'OCP à Jorf Lasfar.

Installations d'OCP à Jorf Lasfar. © Abdeljalil Bounhar/NBC/AP/SIPA

En dépit d’un rating en recul de la part de l’agence américaine, le géant marocain des phosphates, qui maintient ses activités malgré le coronavirus, met en avant la résilience de son modèle et des perspectives de marché sur la pente ascendante.

Pour un groupe, c’est une nouvelle qui ne fait jamais plaisir. Mais OCP en prend acte en gardant la tête froide. La semaine dernière, l’agence de notation Fitch, après avoir changé la perspective de stable à négative de la note souveraine du Maroc, a dégradé la note de crédit long terme du géant des phosphates de BBB- (dernier échelon des notes dites d’investissement) avec perspectives stables à BB + (notes « spéculatives ») avec une perspective négative.

Si ce changement envoie un signal négatif aux investisseurs concernant le risque associé au groupe, ce dernier entend faire la preuve de la solidité de son modèle de développement, y compris dans le contexte de coronavirus.

Soulignés par l’agence, les points forts d’OCP – à savoir son intégration verticale, sa compétitivité-coût, sa position dominante sur certains marchés et ses considérables réserves de minerai – n’ont pas suffi à maintenir la note du groupe. Dans son évaluation, Fitch met en avant plusieurs facteurs pour expliquer sa décision.

Prix bas du phosphate

Certes, la perspective désormais négative de la note du Maroc, l’État étant actionnaire à 94 % d’OCP, a joué. Mais ce sont surtout les indicateurs financiers du géant des phosphates et les perspectives moroses du marché des engrais qui ont été déterminants. « Les performances 2019 du groupe se situent en-deçà de nos prévisions avec notamment une profitabilité moindre qu’escomptée et un niveau d’investissement plus élevé qu’attendu », explique à Jeune Afrique Guillaume Daguerre, directeur au sein de l’équipe ressources naturelles et matières premières de Fitch.

Dans son analyse, l’agence pointe aussi l’impact négatif des prix bas du phosphate, une tendance qui devrait se maintenir jusqu’en 2022 et qui pèse sur les flux de trésorerie. « En outre, la contribution de trois milliards de dirhams d’OCP au fonds spécial contre le Covid-19 et la participation à la nouvelle alliance dans le secteur hôtelier ainsi que l’attente de dividendes en hausse accroissent la pression sur le profil financier du groupe en 2020 », note Fitch.

Même si les opérations d’OCP n’ont pas été perturbées par le coronavirus – les usines, mines et activités logistiques ayant continué à fonctionner – l’agence note que le groupe présente « un profil financier faible comparé aux autres acteurs du secteur », notamment PhosAgro, EuroChem et ICL Group, précisant toutefois que son profil commercial demeure solide.

OCP met en avant sa « résilience »

En réaction, OCP relève la notation de Fitch ne s’appuie que sur un seul ratio de crédit – le funds from operations (FFO) net leverage –, et souligne qu’il bénéficie toujours d’une notation « investment grade » auprès Standard & Poor’s (BBB- avec perspective stable). « OCP a été plus résilient que ses pairs », a ajouté le groupe affirmant avoir maintenu son rating BBB- depuis plusieurs années quand ses concurrents ont connu une première vague de dégradations en 2016.

Selon les données publiées par Fitch, la note de crédit long terme d’EuroChem est en effet spéculative (BB) depuis 2014. En revanche, celle d’ICL Group est de qualité supérieure (BBB) depuis cette même année quand celle de PhosAgro s’est améliorée, passant de BB à BBB, en février 2018.

Au-delà de la question de la notation, OCP met l’accent sur la solidité de sa stratégie de développement. En mars, le groupe a présenté de bons résultats annuels – chiffre d’affaires de 54 092 millions de dirhams (4,9 milliards d’euros) – et une rentabilité « supérieure à la moyenne du secteur » – marge nette autour de 30 % –, en dépit de conditions de marché difficiles.

Des investissements pour provoquer le rebond

Par ailleurs, il dispose de « réserves potentielles de trésorerie sous forme de lignes de découverts et de crédits […] représentent un montant global de 3,6 milliards de dirhams, activable sans autorisation préalable en cas de position short sur le cash », peut-on lire dans son rapport financier pour 2019.

« L’horizon de notation de Fitch se situe à fin 2023 et ne prend en compte que la phase d’investissement dans le creux du cycle et non le rebond engendré par nos investissements continus », pointe encore le groupe, qui table, lui, sur une hausse progressive du prix des engrais avec la sortie engagée du « bas de cycle du fait d’un déséquilibre offre/demande ».

Loin de pénaliser le groupe, le contexte de coronavirus, soulignant la nécessité d’assurer la continuité des chaînes alimentaires, se solde par un maintien de la demande et des « carnets de commandes qui se remplissent à un rythme régulier », assure OCP.

Selon les données compilées par Afriqom, cabinet de conseil spécialisé sur le marché des engrais en Afrique, les exportations marocaines ont augmenté entre mars et avril pour atteindre presque qu’un million de tonnes. « OCP a su être réactif, maintenant ses exportations d’engrais vers les États-Unis, le Brésil et l’Europe, effectuant un retour en Inde et se renforçant en Afrique, en particulier en Éthiopie et au Nigeria », commente Mounir Halim, le directeur général d’Afriqom.

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