Livres

« Mémoires impubliables » : plongée dans les carnets d’enquête de Pierre Péan

Réservé aux abonnés | | Par
Pierre Péan, en novembre 2015

Pierre Péan, en novembre 2015 © Sophie Bassouls/Leemage

Près d’un an après la disparition de Pierre Péan, la publication de ses « Mémoires impubliables » nous plonge dans les coulisses de ses enquêtes, souvent sulfureuses.

Évoquer le dernier livre de Pierre Péan, écrivain prolifique avec quarante ouvrages publiés, c’est à coup sûr parler du dernier dans tous les sens du terme : l’auteur, en effet, est mort il y a maintenant près d’un an. Avant de disparaître, le célèbre enquêteur a laissé un gros pavé baptisé Mémoires impubliables, dont il n’a malheureusement pas eu le temps de relire l’état final.

Nous pouvons l’assurer, pour avoir parlé avec lui, peu avant sa disparition, d’un sujet qu’il aborde – la nationalisation du pétrole iranien au début de 1973 – et à propos duquel ce qu’il écrit n’est pas tout à fait exact : il ne fut pas véritablement l’auteur du scoop annonçant cette information essentielle en pleine crise pétrolière, même s’il fut le premier à en avoir entendu parler, puisque cet auteur, c’est… le signataire de ce texte.

Erreur qui n’a pas été corrigée alors qu’il nous avait dit qu’il le ferait. Mais cela n’enlève rien à la qualité et à l’intérêt de l’ouvrage, du moins pour l’essentiel. Car Péan, s’il n’était pas exempt de défauts, s’il était à coup sûr capable d’erreurs de jugement, voire de croire à des informations pour le moins discutables, s’il pouvait même avoir un trou de mémoire comme dans le cas cité ci-dessus, était un homme qui ne mentait pas. Tous ceux qui l’ont connu de près et sur la durée peuvent l’affirmer.

Comme un roman policier

De surcroît, ces Mémoires impubliables sont en fait presque entièrement une mise au propre de ce qu’il écrivait jour après jour dans ses carnets de notes au cours de ses enquêtes, sans imaginer une future publication. Il s’agit donc en fait d’un compte-rendu fidèle de la façon dont se sont déroulées lesdites enquêtes et des réactions qu’elles ont suscitées, à tort ou à raison. En bref, un « making of », comme on dit au cinéma, de ses livres et une évocation sur l’instant de l’effet qu’ils ont produit.

Il fut courageux en maintes occasions, mais souvent inconscient vis-à-vis des conséquences de ses écrits.

L’auteur ayant abordé des sujets aussi sulfureux que la « Françafrique » et sa genèse, en particulier au Gabon, le passé d’extrême droite puis vichyste de Mitterrand, la dérive éditoriale du quotidien Le Monde sous le magistère d’Edwy Plenel puis celui de Jean-Marie Colombani, le parcours pronazi puis propalestinien version terroriste du banquier suisse François Genoud, pour n’en citer que quelques-uns, on ne pouvait bien sûr qu’être avide de connaître les coulisses de son travail. Et, à cet égard, on n’est pas déçu : l’ouvrage, le plus souvent, se lit comme un roman policier, comme les mémoires de l’inspecteur Péan.

Une fois la lecture terminée, on peut se dire aussi qu’on comprend mieux qui était l’homme et ce qui l’animait. Porté par une curiosité sans limite, qui évoque celle, naïve, des enfants, et qui lui conférait un côté « Tintin journaliste ». Nationaliste français intransigeant, style Jean-Pierre Chevènement, et amené de ce fait à toujours défendre la patrie au risque de passer pour un enquêteur partial, comme dans ses écrits concernant le génocide des Tutsis au Rwanda. Capable de côtoyer longtemps la gauche puis de louer sans retenue la politique de Chirac. Courageux en maintes occasions, alors qu’il fut souvent menacé au point de devoir craindre pour sa vie, mais souvent négligent ou inconscient vis-à-vis des conséquences de ses écrits… Il fut en tout cas un vrai personnage. Qui assumait ses contradictions. Et qui était on ne peut plus attachant.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte