Musique

Jazz, highlife et afrobeat : le très militant « Africa Today » d’Etuk Ubong

Réservé aux abonnés | | Par
Le trompettiste nigérian Etuk Ubong

Le trompettiste nigérian Etuk Ubong © Elaine Groenestein

Le jeune trompettiste nigérian Etuk Ubong délivre un message engagé dans « Africa Today », un nouvel album mêlant jazz, highlife et afrobeat.

Quand on lui demande de parler d’Akwa Ibom, État du sud-est du Nigeria où il a vu le jour il y a vingt-huit ans, ou encore de Lagos, la capitale, où il a grandi, Etuk Ubong répond d’abord qu’il est un citoyen du monde. Rien d’étonnant donc à ce que les musiciens que le trompettiste ibibio dirige sur Africa Today, son deuxième album, soient originaires du Royaume-Uni, du Mexique, de l’Italie ou encore des Pays-Bas – où il a enregistré.

Mais son pays natal est au cœur du disque. Il y chante à la fois en anglais, en yorouba, en pidgin et en ibibio – une langue à laquelle il consacrera d’ailleurs son prochain album, déjà en préparation. L’orchestration est notamment portée par un puissant ensemble de cuivres et une intense trame percussive (grâce, entre autres, à l’ekomo, ce tambour propre aux danses traditionnelles des populations ibibio-efik du Nigeria).

Contre l’injustice et la corruption

Le premier morceau, « Ekpo Mmommon », invite à la transe avec un thème qui renvoie à la fois au jazz (sud-africain, aurait-on même envie de préciser) et au highlife. S’invite aussi l’afrobeat de Fela, sur le titre éponyme, mais aussi sur ceux pétris de militantisme comme « Mass Corruption », où l’ancien membre du groupe Positive Force, de Femi Kuti, donne de la voix pour dénoncer la mauvaise gouvernance dans son pays.

Ma musique parle pour ceux qui ne peuvent s’exprimer, ceux dont le cerveau a été lavé par le capitalisme

Outre cette fibre engagée, l’album comporte un autre leitmotiv : la spiritualité appelant à un certain humanisme. Ainsi, au-delà du mélange des genres, l’artiste arrive à donner une véritable identité à ses compositions – qu’il nomme « earth music ». « Cette musique n’accepte aucun compromis et parle pour ceux qui ne peuvent s’exprimer, ceux dont le cerveau a été lavé par le capitalisme. Elle est un combat, celui que doit mener l’humanité contre l’injustice, l’oppression, la corruption, etc. », explique ce diplômé du Peter King College of Music de Lagos, de la Musical Society of Nigeria mais aussi de la South African College of Music du Cap.

« Ma musique est aussi un lieu de dialogue tant politique, humaniste que spirituel, où l’homme peut arrêter de se mentir à lui-même et retrouver son essence, poursuit-il. Il est un Thomas Sankara, un Patrice Lumumba, un Malcolm X, un Kwame Nkrumah, un Fela Kuti, un Nelson Mandela… Tous ces hommes, ces Africains, qui ont mis leur vie en péril au nom de la vérité. »

Plus Lagos que Boston

C’est à la fin de 2017, après avoir publié l’EP Miracle et l’album Tales of Life, qui font la part belle au jazz, qu’Etuk Ubong choisit de prendre une nouvelle direction. « J’avais amassé énormément d’influences sur lesquelles je ne pouvais plus faire l’impasse. J’ai quitté le groupe de Femi Kuti cette année-là pour développer mon propre son », raconte-t-il.

C’est que dès l’âge de 16 ans il a joué au sein des formations du « génie du highlife » qu’est le trompettiste Victor Olaiya. Il a foulé, à plusieurs reprises, la scène du New Afrika Shrine d’Ikeja aux côtés de Femi Kuti, ou accompagné sur scène le pianiste sud-africain Nduduzo Makhathini.

Inconditionnel de Miles Davis et de Wynton Marsalis, Etuk Ubong refuse pourtant, en 2016, la bourse qui lui est octroyée pour étudier au sein du très prestigieux Berklee College of Music de Boston, aux États-Unis. « Je tenais à perfectionner ma musique sur le sol africain. » Sa « earth music », il la cultive ainsi sur scène, trois fois par semaine, au sein de son propre club, The Truth, qui a ouvert ses portes à Lagos il y a deux ans.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte