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Mali : Moussa Timbiné, du syndicalisme au perchoir, parcours d’un fidèle d’IBK

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Mis à jour le 20 mai 2020 à 14h19
Moussa Timbiné, du RPM, a été élu président de l'Assemblée nationale malienne. Ici le 11 mai, à Bamako.

Moussa Timbiné, du RPM, a été élu président de l'Assemblée nationale malienne. Ici le 11 mai, à Bamako. © DAOU Bakary Emmanuel

Moussa Timbiné a déjoué les pronostics en se faisant élire mi-mai à la tête de l’Assemblée nationale du Mali. Portrait de l’un des visages du renouveau de la scène politique malienne.

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». L’élection, le 11 mai, de Moussa Timbiné, 47 ans, à la tête de l’Assemblée nationale malienne illustre cette sagesse des fables de La Fontaine. Alors que les résultats provisoires des législatives le donnaient perdant dans la Commune V du District de Bamako, ceux annoncés par la Cour constitutionnelle – qui prenaient en compte les recours – l’ont donné vainqueur.

Sa famille politique, le Rassemblement pour le Mali (RPM, au pouvoir), avait également désigné Mamadou Diarrassouba comme candidat au perchoir. Mais le jour même du vote, Diarrassouba s’est retiré de la course à l’issue de tractations. Et Timbiné a remporté 134 voix, contre 8 pour son challenger, Moussa Mara. Le jeune député avait plusieurs atouts dans sa manche : le soutien du fondateur du parti, le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), et ses réseaux au sein de l’hémicycle.

Originaire de Dè, dans le cercle de Bandiagara, Moussa Timbiné a grandi au sein d’une famille issue de différentes cultures du pays. « Ma mère est une Songhaï du Nord, et mon père, instituteur, un Dogon du Centre. J’ai fait mes études dans des zones du pays où la langue peule est largement parlée. Ce brassage culturel est un avantage important pour moi : il me permet de m’adresser à tous dans le contexte de crise qui prévaut dans le centre du pays », confie celui qui est l’un des visages du renouveau de la scène politique malienne.

Son engagement commence dès le lycée, à Sévaré, où il milite au sein de la toute puissante Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). « L’AEEM a toujours été perçue comme un organe sur lequel des politiques ou l’État avaient la mainmise. Cette organisation est incontournable pour la stabilité du milieu scolaire et estudiantin. Ceux qui y sont passés possèdent donc une expérience du militantisme. Et son réseau d’anciens a ses entrées dans les sphères décisionnelles du pays », analyse Baba Dakono, secrétaire exécutif de l’Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité au Mali.

Passé de syndicaliste

« L’AEEM m’a appris la persévérance et le leadership dès mon jeune âge », explique Moussa Timbiné. Un passé de syndicaliste auquel il doit ses prises de position tranchées et son franc-parler, quitte à agacer parfois même jusque dans les rangs de sa famille politique. « Il est ambitieux et ne recule devant rien. Ceux qui le connaissent ne sont pas surpris par cette élection », renchérit Boureima Touré, l’un de ses camarades au sein de l’organisation syndicale au lycée puis à l’université.

C’est lorsqu’il arrive à Bamako pour suivre ses études à la Faculté des sciences et techniques que Moussa Timbiné s’engage en politique. Il est membre fondateur du RPM en 2001 et soutient la candidature d’IBK à la présidentielle de 2002. Pour lui, « la politique est un levier lorsqu’on a à cœur le bien-être des autres ». « Seul, même avec 10 milliards, on ne peut pas combattre la pauvreté au Mali. Mais avec une bonne loi, qui porterait par exemple sur la baisse des prix des céréales, on peut changer la vie d’une nation », estime-t-il.

Fils politique d’IBK

En une vingtaine d’années, le président du bureau national de l’union des jeunes du parti a gravi tous les échelons, et il est aujourd’hui considéré comme l’un des fils politiques d’IBK. Conseiller municipal de la Commune V de 2009 à 2013, premier secrétaire parlementaire en 2014, président du groupe parlementaire RPM et de l’intergroupe de la majorité présidentielle qui comptait 119 députés en 2016, Timbiné était depuis 2017 le premier vice-président de l’Assemblée nationale du Mali. Il a souvent conduit des débats à la place de son prédécesseur, Issaka Sidibé.

En choisissant Timbiné, IBK s’entoure de fidèles et promeut la jeunesse. « Je suis très proche de lui, mais je ne m’attendais pas à être son choix. C’est une décision sans complaisance qu’il a prise, au regard de mon parcours. Il m’a prodigué des conseils dans l’intérêt du Mali », assure Moussa Timbiné.

Lors de la précédente législature, Timbiné s’était engagé pour que l’ancien président Amadou Toumani Touré rentre au pays. « J’étais convaincu que son retour avant les élections de 2018 pouvait nous faire avancer dans le processus de réconciliation nationale. Je me suis donc battu au niveau social, avec mon mouvement, An Ka Ben [« réconcilions-nous »], et au niveau parlementaire pour rallier les députés de tous les bords à cette cause. Comme préalable à son retour, il fallait l’arrêt des poursuites devant la Haute Cour de justice. Et cela passait par l’Assemblée », se souvient-il.

Aujourd’hui deuxième personnage de l’État, l’ancien professeur de maths, physique et chimie, également doctorant en innovation, intelligence économique et développement, assure ne pas avoir changé. Mais, coronavirus oblige, des mesures ont été prises dans sa villa de Bamako, réduisant ses contacts. « Je reste accessible mais me dois de donner l’exemple en ce qui concerne les rassemblements. Et puis nous devons en ce moment créer rapidement les commissions et les groupes parlementaires. Cela demande beaucoup de travail », ajoute-t-il.

 

Fracture au sein du RPM

Si cette élection a été remportée haut la main, le choix de Moussa Timbiné pour présider l’Assemblée nationale a mis à nu la fracture au sein du parti au pouvoir. « Elle vient approfondir les divisions qui existaient déjà au RPM depuis 2018, au moment de l’établissement des listes pour les législatives. C’est un revers pour son président, Bokary Treta, et pour ceux qui ont soutenu la candidature de Mamadou Diarrassouba. De plus, Ensemble pour le Mali, la majorité présidentielle, est fissurée. L’Union pour la démocratie et le développement (UDD), de Tiéman Hubert Coulibaly, et l’Asma, de Soumeylou Boubèye Maïga, ont créé une autre coalition. C’est dans ce climat de tensions que les réformes devront être entreprises », analyse Baba Dakono. Le prochain gouvernement, attendu dans les jours à venir, sera l’occasion de resserrer les rangs de la majorité avant le début des réformes institutionnelles et politiques.

Sur ces questions, Timbiné se sait attendu. En 2017, la tentative de réforme constitutionnelle d’IBK avait été vivement rejetée par la rue. « Ma démarche, c’est de permettre des débats constructifs et des compromis, estime-t-il. Certains points, comme la création de la Cour des comptes, sont dans l’intérêt de tous car ils vont dans le sens d’une gestion saine et transparente. D’autres, tel le Sénat, feront l’objet de débats très houleux. Certains le rejetteront en invoquant l’aspect budgétaire ou l’accord de paix. Mais le plus important est que chaque partie avance ses arguments. Finalement, c’est le peuple qui décidera au cours d’un référendum. »

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