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La BAD : une quinquagénaire épanouie

Vue du siège de la Banque africaine de développement, à Tunis. DR

Vue du siège de la Banque africaine de développement, à Tunis. DR ©

À l’orée de ses 50 ans, où en est la Banque africaine de développement ? Et qui succédera, l’an prochain, à son président, Donald Kaberuka ? Ces deux questions ont dominé les discussions des dernières assemblées générales, à Kigali.

Elles avaient pour thème général : « Les 50 années à venir, l’Afrique que nous voulons ». Elles ont certes été marquées par le lancement de deux nouveaux fonds devant aider le continent à franchir la prochaine étape de son développement économique : Africa50, qui financera de grands projets d’infrastructures, et Africa Growing Together Fund (AGTF), intégralement alimenté par la Chine. Mais les dernières Assemblées générales annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), qui se sont tenues du 19 au 23 mai à Kigali, au Rwanda, et qui se voulaient résolument tournées vers l’avenir, auront surtout été l’occasion de dresser des bilans.

En cinq décennies, le groupe de la BAD est devenu un mastodonte d’environ 4 000 salariés, avec 78 États actionnaires, dont 53 africains.

Tente

D’abord, un bilan de l’institution elle-même. Créée en 1964 par une vingtaine de gouvernements africains, la BAD fêtera ses cinquante ans en septembre. L’occasion de regarder dans le rétroviseur afin de mesurer le chemin parcouru et d’évaluer ses réalisations par rapport aux objectifs que lui avaient fixés ses fondateurs : « Contribuer au développement économique et au progrès social de ses États membres, individuellement et collectivement ».

Made with China

Le fonds d’investissements lancé le 22 mai par la Chine et la Banque africaine de développement est inédit. Entièrement financé par la Banque centrale chinoise à hauteur de 2 milliards de dollars, il sera exclusivement géré par la BAD. Jamais aucun bailleur n’avait mis une telle enveloppe à la disposition de l’institution panafricaine.

Baptisé Africa Growing Together Fund (AGTF), c’est-à-dire « Fonds pour un développement harmonieux en Afrique », il servira à financer des projets dans différents domaines : santé, énergie, transports ou communication sur une période de dix ans et aux conditions que la BAD applique habituellement à ses membres.

Pour aller plus loin…

La Banque a-t-elle été à la hauteur ? Ce 22 mai, sous la grande tente blanche du village spécialement construite au coeur de la capitale rwandaise pour accueillir l’événement, Donald Kaberuka, son président, n’en doute pas une seconde. « Les Africains et leurs partenaires peuvent être fiers [de leur Banque] », assure-t-il. Les chefs d’État (le Rwandais Paul Kagamé et le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz) et les ministres qui se sont succédé à la tribune ont eux aussi soutenu, chiffres à l’appui, que l’institution remplissait pleinement sa mission.

Un exemple : en 1964, la BAD avait démarré avec un capital initial de 387 millions de dollars. À la fin de l’année dernière, elle estimait le total de ses engagements depuis ses débuts à environ 110 milliards de dollars, qui ont notamment permis d’accorder plus de 4 000 prêts et subventions.

En 2009, au plus fort de la crise financière internationale, la Banque, qui s’apprête à retrouver fin juin son siège à Abidjan après une délocalisation de onze ans à Tunis, est même devenue la première organisation de financement du développement en Afrique, devant les soeurs jumelles de Washington que sont le FMI et la Banque mondiale. Cette année-là, elle avait approuvé des prêts et des dons pour un montant record de 12,6 milliards de dollars. Le tout en préservant sa solidité financière.

« Pendant ces mois durant lesquels les turbulences ont atteint leur paroxysme, tous nos tests de résistance, même ceux conçus pour affronter les scénarios les plus improbables, ont démontré notre capacité à faire face aux risques », a répété Donald Kaberuka.

Il est vrai qu’en l’espace de cinq décennies le groupe de la Banque africaine de développement est devenu un mastodonte d’environ 4 000 salariés, comptant à son tour de table 78 États actionnaires, dont 53 africains. Une institution qui a modernisé sa gouvernance et qui jouit désormais d’une crédibilité lui permettant de mobiliser plus aisément les ressources nécessaires à sa mission. 

Centralisation

« La BAD a connu des périodes troublées, tempère l’un de ses anciens directeurs de département. Mal gérée, elle a connu de graves difficultés financières, notamment durant les années 1990 lorsque de nombreux pays ne pouvaient rembourser leurs dettes à l’institution. » Selon lui, si la situation s’est nettement améliorée depuis, elle est loin d’être idyllique. « La forte centralisation peut encore être source de certaines lourdeurs administratives. L’institution doit accélérer l’ouverture de bureaux régionaux pour gagner en efficacité », suggère-t-il.

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À Kigali, l’heure était également au bilan pour Donald Kaberuka, fils du pays et actuel président de la BAD. Son second mandat de cinq ans s’achève l’année prochaine et il devra passer la main lors des Assemblées annuelles de mai 2015, à Abidjan. Alors que les candidatures à sa succession viennent d’être ouvertes, l’ancien ministre des Finances du Rwanda (1997-2005) semblait, dans son discours, déjà dire au revoir aux participants.

« Sous sa présidence, l’institution est devenue l’un des leaders dans la production de connaissances économiques (études, rapports, conseils…) et a été bien présente dans le débat sur les questions de développement en Afrique », avance le représentant d’un fonds de développement européen auprès de l’Union africaine (UA).

« En mettant l’accent sur le développement des infrastructures, l’intégration économique et un soutien accru au secteur privé, la BAD a été au cours de cette dernière décennie un véritable atout pour la croissance et le développement en Afrique », ajoute-t-il en s’interrogeant déjà sur l’avenir de Kaberuka. Paul Kagamé fera-t-il appel à son expérience, comme il l’a fait avec Valentine Rugwabiza, ancienne directrice générale adjointe de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et désormais à la tête du Rwanda Development Board ? Cette histoire-là figurera dans un autre chapitre, qui reste à écrire…

Le bal des prétendants

Qui succédera à Donald Kaberuka ? C’était l’un des grands sujets de discussion des Assemblées générales annuelles de la Banque africaine de développement.

Jusque-là, seuls deux prétendants étaient connus : Jalloul Ayed, l’ex-ministre tunisien des Finances, et le Tchadien Kordjé Bedoumra, ancien vice-président de l’institution, qui bénéficierait du soutien du président Idriss Déby Itno.

À Kigali, de nouveaux noms ont circulé avec insistance. Comme celui d’Akinwumi Adesina, le ministre nigérian de l’Agriculture, qui était d’ailleurs présent. Si, pour l’instant, nul ne sait avec certitude quel sera le choix définitif d’Abuja, plusieurs sources diplomatiques indiquent que le président Goodluck Jonathan maintient la pression sur les actionnaires pour que le poste revienne à un ressortissant de son pays.

Parmi les autres candidats présumés : Ato Sufian Ahmed, le ministre éthiopien des Finances et du Développement économique ; Samura Kamara, ministre sierra-léonais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale ; et le Malien Birama Boubacar Sidibé, actuel vice-président de la Banque islamique de développement.

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