Société

Avec la disparition de Cheick Boikary Fofana, la Côte d’Ivoire pleure un médiateur incontournable

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Cheick Aïma Boikary Fofana, en septembre 2018.

Cheick Aïma Boikary Fofana, en septembre 2018. © DR / Cosim

Avec le décès de Cheick Boikary Fofana, leader de la communauté musulmane ivoirienne, le pays perd un médiateur de poids, qui s’était notamment impliqué dans de nombreux dossiers politiques et sécuritaires.

Dimanche, lorsque Alassane Ouattara a appris la nouvelle de la mort de Boikary Fofana, il est resté silencieux de longues minutes, calme, mais affecté, selon une source proche de la présidence. Il a ensuite publié un message sur les réseaux sociaux dans lequel il a déclaré « son immense tristesse » face à la disparition de son « ami et frère ».

Admis en urgence à l’hôpital une semaine auparavant après une crise de diabète, Boikary Fofana avait ensuite été diagnostiqué positif au coronavirus. Le président ivoirien se tenait régulièrement au courant de l’évolution de son état de santé, qui s’est malheureusement dégradé, au point qu’il était tombé dans le coma.

Décédé à l’âge de 77 ans, Cheick Boikary Fofana, président du Conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques en Côte d’Ivoire (Cosim) et proche de la Ligue islamique de la coordination de l’Amérique du Nord (Lican) aux États-Unis, où il a été brièvement en exil sous Laurent Gbagbo, était « un grand homme de foi, artisan de paix et de dialogue entre les confessions religieuses », a salué le chef de l’État.

Médiateur infatiguable

Un grand médiateur, aussi, le guide religieux ayant été au cœur de négociations militaro-politiques importantes ces dernières années. Il a notamment été vice-président de la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (Conariv) en 2015, après avoir été vice-président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), en 2011.

Tout dernièrement, Cheick Boikary Fofana avait ainsi tenté une ultime médiation entre Alassane Ouattara et le désormais ex-ministre Albert Toikeusse Mabri. Il était « un monument, un pionnier, un père pour moi », a déclaré ce dernier, qui s’est converti à l’islam et porte le nom de baptême musulman Abdallah, et a été l’une des dernières personnalités politiques à avoir rencontré Fofana, en compagnie de Ouattara. Des discussions qui devaient se poursuivre, quand Cheick Boikary Fofana a été foudroyé par la maladie.

En 2017, c’est lui que le chef de l’État sollicite lors des mutineries. À la fin d’avril, alors que des bruits de botte se font entendre dans certaines casernes, Ouattara demande au dignitaire d’user de son influence et du respect qu’il inspire aux soldats pour les convaincre de rentrer dans le rang.

Le choix porté sur Boikary n’est pas fortuit. Les soldats mutins, pour la plupart issus des rangs des ex-Forces armées des forces nouvelles (FAFN, de Guillaume Soro), sont des natifs du Nord, comme lui-même, ainsi que le président Ouattara. Ils sont aussi, majoritairement, musulmans.

Cheick Boikary Fofana s’envole alors pour Bouaké, épicentre de la grogne, où il s’entretient longuement avec des leaders des mutins qui avaient déjà paralysé le pays au début de la même année. Mais son intervention n’empêchera pas qu’éclate une seconde mutinerie. Un de ses proches affirme « qu’il est sorti de cette médiation quelque peu déçu de certains hommes politiques ivoiriens ».

Deux mois plus tard, comme en écho à cette amertume, c’est lui qui validait le thème choisi pour la traditionnelle conférence que le Cosim organisait pour célébrer la Nuit du destin, à l’issue du ramadan : « La contribution de l’islam dans la lutte contre le fléau de l’enrichissement ».

Relations avec Ouattara

Le chef de l’État et son Premier ministre d’alors, Amadou Gon Coulibaly, sont présents dans l’assemblée lorsque l’imam Ousmane Diakité, choisi par le guide religieux pour prendre la parole, livre une charge virulente, dénonçant notamment « l’attribution de marchés de gré à gré » et « l’enrichissement illicite ». Si Alassane Ouattara était resté imperturbable, plusieurs des personnalités politiques présentes avaient fait grise mine.

Cet épisode n’a pourtant pas altéré les relations entre Ouattara et Fofana, bien au contraire. Un an plus tard, les deux personnalités se sont rendues ensemble à La Mecque pour le pèlerinage. Et lorsque Guillaume Soro, natif du septentrion ivoirien et chrétien, a montré des volontés de dissidence, c’est encore Cheick Boikary Fofana qui a tenté une médiation de la dernière chance entre lui et Ouattara. En vain.

Les obsèques de Cheick Boikary Fofana ont débuté ce lundi, à la mosquée de la Riviera Golf, à Cocody, par la présentation des condoléances.

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