Technologie

Ibrahima Ba (Facebook) : « 2Africa sera l’un des plus grands câbles sous-marins au monde »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 19 mai 2020 à 09h59
Ibrahima Ba, responsable des investissements de Facebook dans les infrastructures de réseaux dans les pays émergents.

Ibrahima Ba, responsable des investissements de Facebook dans les infrastructures de réseaux dans les pays émergents. © Facebook

Les coulisses du projet de câble 2Africa détaillés, en exclusivité, par Ibrahima Ba, chargé des investissements dans les infrastructures de réseaux pour les pays émergents chez Facebook.

D’ici trois à quatre ans, l’Afrique disposera d’une nouvelle autoroute de l’information. Financé par un consortium privé composé de Facebook, de six opérateurs de télécommunications (China Mobile International, MTN Global Connect, Orange, Saudi Telecom Company, Telecom Egypt Vodafone) et du consortium WIOCC qui gère plusieurs câble internet sous-marin et de la fibre optique terrestre en Afrique, le nouveau câble sous-marin de fibre optique baptisé 2Africa doit être installé par le Français Alcatel Submarine Networks (ASN). Entourant le continent sur 37 000 kilomètres, il doit permettre de connecter 16 pays africains au reste du monde.

Initié par le réseau social de Mark Zuckerberg, le projet de câble baptisé à l’origine Simba doit fournir une capacité pouvant atteindre 180 terabits par seconde soit trois fois les capacités compilées des câbles déjà existants autour du continent (WACS, ACE, SAT-3, MainOne, EASSy ou encore PEACE).

Facebook nouvel arrivant du secteur

Cinq ans auparavant, le réseau social était encore totalement absent du secteur des infrastructures de réseaux dont il dépend totalement. Mais au vu de sa force de frappe financière et également de sa capacité à étudier les besoins de ses marchés avec précisions – comme le démontre le travail de cartographie qu’il mène depuis 2016 avec l’université de Columbia pour déterminer les besoins du continent en connectivité – Facebook a décidé d’intensifier ses investissements sur des infrastructures bien concrètes. L’entreprise détient désormais des participations dans une dizaine de câbles à travers le monde.

Cette nouvelle route (cf. tracé ci-dessous) doit permettre au groupe valorisé à plus de 600 milliards de dollars de proposer encore plus de contenus vidéos aux utilisateurs africains dans une région qui comptera plus de 620 millions de détenteurs de smartphones en 2025, selon les estimations de la GSMA, le lobby mondial des télécoms.

À la tête des investissements dans les infrastructures de réseau pour les pays émergents chez Facebook, Ibrahima Ba, ingénieur mauritanien formé à l’École national supérieure des mines de Saint-Étienne en France, ancien associé du cabinet de conseil Oliver Wyman et ancien vice-président du cabinet HIP Consult à Washington, revient en exclusivité pour Jeune Afrique sur les ambitions du géant de Menlo Park en matière de connectivité en Afrique et sur le fonctionnement du nouveau consortium 2Africa.

Jeune Afrique : Le projet Simba est devenu le consortium 2Africa. Pourquoi avoir changé de nom en cours de route ?

Ibrahima Ba : C’est une décision du consortium propriétaire du câble. L’idée était de sortir de la « connotation Disney » de Simba pour choisir quelque chose de plus neutre. Cela n’a pas été pas facile car les gens étaient vraiment attachés à ce terme.

Comment les décisions sont prises au sein du consortium ?

L’organisation en consortium est une méthode classique utilisée depuis plus de vingt ans par les opérateurs de télécoms pour gérer des câbles sous-marins de fibre optique. Il permet de partager le coût initial du câble qui est très élevé.

La gouvernance se compose d’un comité technique et d’un comité de gestion qui prend les décisions par vote. Certaines décisions doivent être prise à la majorité, d’autres nécessitent un consensus. C’est un système classique qui a fonctionné avec le projet WACS et d’autres câbles sous-marins.

Les opérateurs partenaires sont-ils copropriétaires ou disposent-ils seulement d’un droit d’usage de la capacité ?

Ils sont les deux à la fois. Étant membres du consortium et ayant investi leur part, ils sont propriétaires et chacun d’entre eux dispose d’un droit d’usage d’une certaine capacité et d’un certain nombre de fibres optiques. Le trafic est donc séparé, même physiquement, à l’intérieur de la gaine du câble.

Nous avons déjà investi dans des backbones terrestres au Nigeria avec MainOne et nous venons d’investir en RDC

Quel intérêt Facebook a-t-il à investir dans les infrastructures de réseau ?

Pour répondre à cette question, il faut regarder comment internet fonctionne. D’un côté vous avez les infrastructures télécoms qui délivrent la connectivité à l’utilisateur final. De l’autre vous avez les contenus qui sont hébergés quelque part dans des centres de données.

Ces dix dernières années, l’évolution du réseau a voulu que le contenu se rapproche de l’utilisateur pour deux raisons : diminuer le coût d’acheminement et améliorer la performance du réseau. À travers ses applications, Facebook dispose d’énormément de contenu. Investir dans l’infrastructure qui permet de les délivrer est donc pour nous une expansion naturelle.

La dernière raison c’est la nécessité d’avoir un réseau panafricain redondant qui sécurise le trafic en cas de coupure. Il a une durée de vie de quinze à vingt ans donc l’idée est vraiment d’anticiper les besoins en capacité pour une longue durée.

Facebook va-t-il aller plus loin en investissant dans l’installation de datacenter ou de fibre optique terrestre ?

Nous avons déjà investi dans des backbones terrestres dans les États d’Edo et d’Ogun au Nigeria avec MainOne ou en Ouganda (770 kilomètres de fibres) et nous venons d’investir en RDC. Nous avons déjà des points de présence sur le continent qui rapprochent le contenu des utilisateurs.

Tout dépendra des besoins que nous constaterons par la suite. Penser dès à présent à l’installation de datacenters, qui nécessite d’importants investissements est peut-être trop optimiste.

La pandémie liée au nouveau coronavirus peut-elle ralentir les travaux ?

La première phase consiste à conduire des études techniques avant le déploiement et dure un an ou un an et demi. Tout cela peut être fait à distance sans trop d’impact donc je ne pense pas que la pandémie freine le déploiement du câble d’ici 2023 ou 2024.

Le tracé du nouveau câble 2Africa qui devrait être mis en service en 2023 ou 2024.

Le tracé du nouveau câble 2Africa qui devrait être mis en service en 2023 ou 2024. © Consortium 2Africa/2020

Seize pays africains seront connectés à 2Africa. Sur quels critères ont-ils été sélectionnés ?

Le choix des pays dépend principalement des partenaires et des licences dont ils disposent dans leurs différents marchés. Ensuite il y a des pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya ou l’Égypte qui sont devenus des hubs incontournables.

Il y a aussi une contrainte technique. Nous aimerions pouvoir connecter tous les pays mais parfois ce n’est pas nécessaire étant donné que certains pays peuvent se connecter via le réseau terrestre.

Quelle est la différence entre le câble 2Africa et le câble Equiano de Google ?

Equiano couvre uniquement la façade ouest du continent. 2Africa est l’un des plus grands câbles du monde qui fera le tour de l’Afrique en un seul bloc et connecte le continent à l’Europe, au Moyen-Orient. Il y aura donc une certaine redondance.

Le modèle est également différent puisque l’approche de Facebook est celle du partenariat. Toujours est-il que Google et Facebook contribuent chacun à la connexion du continent et je ne pense pas que Equiano soit en trop.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte