Société

[Chronique] Touche pas à mes sphinx ! En Égypte, un déménagement polémique

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Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Damien Glez

© Damien Glez

L’installation, au Caire, de sphinx antiques fait grincer des dents, de la cairote place Tahrir à la longue allée du temple de Louxor.

L’emblématique place qui galvanisa les révoltés égyptiens de 2011 n’est-elle pas assez encombrée de souvenirs et d’embouteillages ? Un projet urbanistique lancé l’année dernière finit d’y installer quatre sphinx de grès tout juste expatriés de Louxor, désormais répartis autour d’un obélisque de granite rose à l’effigie du roi Ramsès II, lui-même déplacé du site archéologique de Tanis.

Alors que les statues à tête de bélier et corps de lion n’ont pas encore été dévoilées, elles provoquent déjà une levée de boucliers chez des experts outrés. Une pétition invoquant la Convention de Venise pour la restauration et la préservation des monuments a été lancée, et même une procédure judiciaire engagée pour « mise en danger d’objets inestimables ».

Le régime actuel tenterait-il de limiter, sur la place Tahrir, l’espace disponible pour de nouvelles velléités manifestantes ? Naïvement ou cyniquement, le président Abdel Fattah al-Sissi déclarait, en décembre dernier, que le transfert des statues doterait la place d’une « touche de civilisation ». Comme si celle-ci n’était pas déjà le symbole d’une appropriation très civilisée de la vie de la cité…

Centralisme et anachronisme

En réalité, les insurgés de 2011 ne sont pas les seuls à se dresser contre la présence au Caire des vigiles de grès…

Bien sûr, les Louxoriens vivent le déracinement des statues comme la nouvelle expression d’un centralisme quelque peu autoritaire et, en l’espèce, quasiment anachronique sur le plan géographique. Mais hors de Louxor, ce sont de nombreux archéologues et universitaires qui critiquent cette opération d’urbanisme.

Pour les uns, l’observation de la combinaison de sphinx et d’obélisque sera parasitée par les nombreuses et imposantes constructions qui entourent la place. À cette critique, les autorités répondent qu’elles vont réduire le nombre de panneaux publicitaires, ajouter un éclairage dédié et unifier la couleur des façades.

Érosion, vandalisme et pollution

Plus grave, les sphinx âgés d’environ 3 500 ans vont être soumis à l’érosion, aux risques de vandalisme et à la pollution agressive de cette capitale d’une petite dizaine de millions d’habitants.

Les autorités répondent « sécurité » et « entretien ». Elles expliquent surtout que la répartition des pièces antiques sur le territoire égyptien peut favoriser la balance des paiements touristiques, en rehaussant la réputation de la plus grande ville d’Égypte. Et de dégainer un argument sans grande profondeur rhétorique : il y a bien un obélisque place de la Concorde à Paris. L’avenue des Champs-Elysées seraient-ils plus égyptienne que la place Tahrir ?

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