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Besoin de reconnaissance

Depuis 1995, le nombre de pays du continent entretenant des relations diplomatiques avec la République arabe sahraouie démocratique est tombé de 34 à 22. Pourtant, le Maroc reste à l'écart de l'Union africaine.

Le Maroc est la cinquième puissance économique du continent, le dixième pays le plus peuplé, le septième actionnaire de la Banque africaine de développement… Depuis 1982, le royaume chérifien, l’un des fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, 1963), est à l’écart de l’Union africaine (UA), l’organisation qui a succédé à l’OUA. Quatre ans après la naissance de l’UA, la situation semble toujours bloquée et personne ne voit comment elle pourrait évoluer dans un avenir proche. Il manque aux dirigeants africains le courage d’aborder de front le problème. Celui-ci apparaît à chaque fois que l’UA est en position de représenter l’Afrique sur la scène internationale, pour désigner, par exemple, un candidat africain à tel ou tel poste des Nations unies ou choisir les pays devant siéger au Conseil de sécurité…
La décision, annoncée le 6 avril à Rabat par le président malgache, Marc Ravalomanana, de geler les relations diplomatiques de son pays avec la République arabe sahraouie démocratique remet à l’ordre du jour la place de cette dernière comme membre à part entière de l’UA. Le chef de l’État malgache est revenu, en effet, sur la décision prise le 28 février 1976 par son prédécesseur de reconnaître la RASD un jour après sa proclamation par les dirigeants du mouvement indépendantiste du Sahara occidental, le Front Polisario. Le président Didier Ratsiraka avait été suivi par une série de dirigeants africains, notamment ceux du Burundi (1er mars 1976), de l’Algérie (6 mars), de l’Angola et du Bénin (11 mars), du Mozambique (13 mars), de la Guinée-Bissau (15 mars), du Togo (17 mars), du Rwanda (1er avril)…
Ces pays étaient excédés par la tournure prise par les événements suite à l’abandon par l’Espagne de sa colonie au profit de la Mauritanie et du Maroc (accords de Madrid du 14 novembre 1975). Ils encourageaient en fait la relance de la lutte armée du Polisario et faisaient fi de la résolution prise par l’OUA en faveur de l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental (1er mars 1976). En reconnaissant la RASD, ils court-circuitaient en fait le référendum… Le soutien officiel apporté par le roi Hassan II à cette solution pacifique (annoncé au sommet de l’OUA à Nairobi en juin 1981) n’y fit rien. Au contraire.
Accumulant les victoires diplomatiques, la RASD se présente aux portes de l’OUA : une majorité simple (26 pays sur 50) informe le secrétaire général de l’OUA, Edem Kodjo, de leur soutien à l’admission de la RASD comme État membre de l’Organisation. Comme les statuts de l’OUA ne définissent pas les éléments constitutifs d’un État (souveraineté, territoire, etc.), le secrétaire général annonce, le 22 février 1982, que la RASD devient le 51e membre de l’OUA. C’est la première fois dans les annales des organisations internationales qu’un mouvement de libération est admis au même titre qu’un État indépendant. Pour les uns, c’est la loi de la majorité ; pour les autres, c’est la faute aux statuts… Peu importe, l’entrée de la RASD entraîne logiquement la sortie du Maroc. Et la solution du référendum s’enlise dans les méandres de l’identification des électeurs. Jusqu’à ce jour.
Après la décision malgache, il apparaît que le nombre de reconnaissances diplomatiques de la RASD connaît un sérieux déclin depuis 1995. Certes, la RASD a enregistré un important succès avec le soutien de l’Afrique du Sud (septembre 2004), mais le nombre total de pays entretenant avec elle des relations diplomatiques est passé de 76 en 1995 à 49 le 6 avril 2005, soit le quart environ de la communauté internationale. Hors Afrique, on ne compte aucun pays développé, un seul pays européen (Albanie), cinq pays arabes (sur 22) et seulement quelques grands pays (Inde, Mexique, Venezuela). Le nombre de pays africains est tombé de 34 à 22. Cela veut dire que si l’Union africaine était appelée à voter, la RASD serait mise en minorité : 22 voix sur 52 (42 %).
Pour les Nations unies, le Sahara occidental demeure l’un des seize territoires non autonomes dans le monde. L’organisation onusienne, qui poursuit inlassablement sa quête en faveur d’une solution pacifique (autonomie suivie par un référendum), continue à maintenir une force de maintien de la paix, la Minurso. Depuis 1991, cette opération coûte 40 à 50 millions de dollars par an et mobilise une équipe de quelque 350 personnes (militaires et civils étrangers).

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