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Agadir aux couleurs amazighes

Par - Fadwa Miadi, envoyée spéciale
Mis à jour le 19 juillet 2005 à 01:00

Plein succès pour ce festival centré sur la culture berbère.

Promouvoir l’identité berbère sans tomber dans le piège du communautarisme. Tel est le dilemme du tout jeune festival Timitar, dont la deuxième édition s’est déroulée à Agadir du 2 au 9 juillet. « Il ne s’agit pas d’une manifestation identitaire ni communautariste », prévient d’emblée Brahim el-Mazned, son directeur artistique, pour qui la culture berbère n’appartient pas à une minorité, mais à tout le Maroc. Il n’empêche. Le public entend bien saisir cette occasion pour affirmer sa fierté d’être amazigh (littéralement « homme libre »). À bout de bras, l’on brandit un portrait du Kabyle Matoub Lounès ou du leader rifain Abdelkrim al-Khattabi. Et puis des drapeaux amazighs (bleu, vert, jaune, avec, au centre, frappé en rouge, le caractère « aza » dont la graphie évoque un homme levant les bras en signe de victoire) dansent ici et là.
« Timitar est un festival de musiques du monde dans un univers amazigh. Il est naturel que sa programmation soit le reflet d’un dialogue avec le territoire dans lequel il est ancré », poursuit Mazned. Au menu de cet événement, dont le budget s’élève à 9 millions de dirhams (825 000 euros), des artistes revendiquant leur amazighité à l’instar d’un Mohamed Rouicha, d’une Aicha Tachinouite ou d’un Amazigh Kateb. Que pense ce dernier d’une manifestation qui accorde une large place à la culture berbère ? « Les espaces de promotion de la culture amazighe manquent. Toute culture a besoin d’un espace dédié, l’amazighe comme les autres. Il faut donner aux divers éléments qui composent une société l’occasion de s’exprimer. Or la culture amazighe a longtemps été proscrite. Cela étant, qui dit revendications identitaires dit risque d’enfermement et de xénophobie. C’est pourquoi il faut absolument élargir le paysage », prévient le leader du groupe Gnawa Diffusion.
Et à Agadir le paysage et les horizons se sont notamment élargis à l’Afrique subsaharienne avec Ismaël Lô, en soirée d’ouverture, mais aussi avec Alpha Blondy et ses musiciens tous montés sur scène vêtus d’une djellaba. « Mes Frères d’Afrique, au moins dans notre galère, soyons solidaires », lance entre deux morceaux le reggaeman ivoirien au public de la place Al-Amal, l’une des trois scènes qui chaque soir attire quelque 35 000 gadiris – mais bien peu de touristes. Sans doute ces derniers préfèrent-ils les spectacles kitchissimes proposés par les innombrables hôtels qui hérissent le front de mer. Tant pis pour eux ! Et tant mieux pour ceux qui sont venus chanter en français avec Ismaël Lô, en tachelhit avec Oudaden et en arabe avec Nass el-Ghiwane. Ils étaient 50 000 !