Politique

Coronavirus au Cameroun : pouvoir et opposition s’accusent mutuellement de vouloir surfer sur la crise

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 15 mai 2020 à 18h12
Distribution de masques et de solutions hydroalcooliques à Yaoundé, le 9 mai.

Distribution de masques et de solutions hydroalcooliques à Yaoundé, le 9 mai. © Survie Cameroon Survival Initiative

Six membres de l’opération de solidarité « Survie-Cameroun », lancée par l’opposant Maurice Kamto, ont été arrêtés alors qu’ils distribuaient gratuitement des masques et du gel hydroalcoolique pour lutter contre le Covid-19.

Pour la deuxième fois depuis leur interpellation, le 11 mai, six volontaires de « Survie-Cameroun », une initiative de levée de fonds lancée par le chef de l’opposition Maurice Kamto pour répondre à l’urgence sanitaire, seront déférés devant le procureur de la République, ce 15 mai. Jeudi, la garde à vue de ces six opposants avait été prolongée de 48 heures, la deuxième fois en une semaine.

Les six membres de l’initiative « Survie-Cameroun » avaient été interpellés alors qu’ils distribuaient gratuitement du gel hydroalcoolique et des masques au marché de Mokolo, à Yaoundé. À l’issue de leur audition au commissariat central numéro 2, les officiers de police en charge du dossier ont évoqué, comme motif d’interpellation, « la distribution illégale de gel et de masques » ainsi que « la rébellion en bande ».

Lors de leur première audience au parquet du tribunal de première instance de Yaoundé, le juge a renvoyé les accusés vers l’unité d’enquête afin qu’ils précisent « l’origine des masques et gels distribués ». Une contorsion judiciaire qui inquiète les proches de ces volontaires, convaincu d’une « arrestation arbitraire ».

« Acharnement »

« Ça ressemble à un acharnement. Les avocats ont demandé aux enquêteurs quelles infractions ma sœur avait commises pour être interpellée, ils n’ont pas répondu », confie Samuel K., le frère de la seule femme du groupe de volontaires placés en garde à vue. « Les motifs d’arrestation de nos humanitaires sont sans fondement légal », s’offusque Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto. C’est clairement une accusation juridique tâtonnante ».

Dans une communication rendue publique du 14 mai, l’ONG Human Right Watch regrette pour sa part que le message de solidarité nationale ne soit pas partagé par les autorités camerounaises. « L’arrestation des six bénévoles met en évidence la volonté du gouvernement de réprimer tout effort entrepris par l’opposition, alimentant les divisions politiques au moment où la coopération nationale est plus que jamais nécessaire », a notamment écrit Ilaria Allegrozzi, chercheuse au sein de l’organisation.

Manœuvre de Maurice Kamto ?

Du côté du gouvernement, l’opération de solidarité « Survie-Cameroun », bien que présentée comme une initiative citoyenne, est vue comme une manœuvre du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) visant à mettre à mal le pouvoir de Yaoundé. Début mai, le ministre de la Santé a ainsi rejeté un don de l’opposant, indiquant que cette initiative devrait préalablement obtenir une autorisation du ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji. Lequel avait ordonné, le 7 avril, la fermeture des comptes bancaires et mobiles appartenant à « Survie-Cameroun » ainsi que le gel de ses fonds, avant de demander l’ouverture d’une enquête sur l’origine de ces derniers.

Les responsables de l’opération de solidarité, Penda Ekoka et Alain Fogue, ont par ailleurs été convoqués par la police judiciaire pour être entendus. « Personne ne va prospérer dans le sens des activités illégales tant que le Cameroun demeure un État de droit. Celui qui piétine la loi sera frappé », menaçait Paul Atanga Nji.

À Yaoundé, opposition et pouvoir s’accusent mutuellement de vouloir surfer sur la crise de Covid-19 pour occuper l’espace politique. Les membres de l’initiative « Survie-Cameroun » eux, maintiennent leur engagement à contribuer à la lutte contre le Covid-19, évoquant une nécessité humanitaire.

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