Diplomatie

Algérie-Maroc : tensions en pleine pandémie de coronavirus

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Mis à jour le 15 mai 2020 à 20h01
Lors de la visite du chef de l'État algérien, Adelmadjid Tebboune, à la Foire de la production nationale, le 22 décembre 2019.

Lors de la visite du chef de l'État algérien, Adelmadjid Tebboune, à la Foire de la production nationale, le 22 décembre 2019. © Zinedine ZEBAR

Des propos prêtés à un diplomate marocain dans une vidéo devenue virale a déclenché la colère du ministère des Affaires étrangères algérien. Une réaction qui n’a suscité aucune réaction officielle de Rabat pour le moment.

La vidéo de deux minutes, filmée à l’aide d’un téléphone portable, n’a pas tardé à passer du Web à l’ouverture des journaux des chaînes d’informations privées en Algérie. On y voit le consul marocain à Oran s’adresser à ses ressortissants désireux de rentrer au pays — plusieurs d’entre eux apparaissent masqués. Soudain, très distinctement, retentit un « Nous sommes dans un pays ennemi… »

Pour les médias algériens, aucun doute n’est permis. Le propos est celui du diplomate marocain. La polémique prend tant d’ampleur que Sabri Boukadoum, ministre des Affaires étrangères, est contraint de réagir. L’ambassadeur du Royaume est convoqué le 13 mai, « pour le confronter aux propos du Consul général du Maroc à Oran lors d’un échange avec des citoyens marocains » selon les termes du communiqué.

Us et coutumes diplomatiques

L’agence de presse algérienne fait savoir dans la foulée qu’il a été signifié à l’ambassadeur du Maroc que « la qualification par le Consul général du Maroc à Oran, si elle venait à être établie, de l’Algérie de ‘pays ennemi’ est une violation grave des us et coutumes diplomatiques, qui ne saurait être tolérée. » Du côté des autorités marocaines, silence radio. Sollicité par Jeune Afrique, le ministère marocain des Affaires étrangères n’a pas souhaité réagir. En off toutefois, des voix remettent en cause la véracité de la vidéo. « Elle a été trafiquée », titre le site d’information marocain le360, citant des sources diplomatiques. Mais là n’est plus la question, côté algérien.

Du côté des autorités marocaines, c’est silence radio, le ministère marocain des Affaires étrangères n’ayant pas encore réagi de manière officielle

Dans son communiqué, l’administration de Sabri Boukadoum juge que l’ « atteinte à la nature des relations entre deux pays voisins et deux peuples frères (…) requiert des autorités marocaines la prise des mesures appropriées pour éviter les répercussions de cet incident sur les relations bilatérales. » Le buzz devient incident diplomatique. Alger peut-il obtenir des sanctions à l’encontre du consul marocain, voire son rappel ? Cherkaoui Roudani, professeur marocain en sciences politiques, en doute.

« Formuler une telle requête dans un communiqué officiel est contraire aux us et coutumes diplomatiques, c’est même de l’ingérence dans des décisions souveraines, note le consultant en relations internationales. Généralement, on recommande dans l’entretien avec l’ambassadeur des mesures pour atténuer ou sortir la crise, mais sans pour autant les rendre publics. »

Pour l’universitaire, les termes utilisés dans le communiqué algérien sont inappropriés, et doivent se lire à l’aune de la fonction occupée par Sabri Boukadoum jusqu’à sa nomination comme ministre, à savoir représentant permanent de l’Algérie à l’ONU. « Son nouveau poste requiert des propos plus mesurés ; un tact diplomatique plus affiné », glisse Roudani.

Énième mini-crise

Cette nouvelle poussée de fièvre entre pays voisins intervient dans un contexte de tension exacerbée depuis l’élection en Algérie d’Abdelmadjid Tebboune. Depuis, des personnalités politiques, et médias — algériens comme marocains –, s’envoient des joutes verbales ou des griefs. Avec, en toile de fonds de ces anicroches, le conflit au Sahara. S’ils semblent être monnaie courante, ces épisodes n’ont pourtant  jamais abouti à de gros dérapages.

Début mai, en pleine crise du Covid-19, au cours du sommet virtuel des chefs d’États et du gouvernement du Mouvement des pays non-alignés, le président algérien a plaidé pour une réunion dans les plus brefs délais du Conseil de sécurité de l’ONU, pour « adopter une résolution appelant solennellement à l’arrêt immédiat de toutes les hostilités à travers le monde, notamment au Yémen et en Libye, sans omettre les territoires occupés en Palestine et au Sahara occidental. »

Ces épisodes de tensions entre les deux pays semblent donc être monnaie courante. Mais n’ont jamais abouti à de véritables dérapages

La phrase avait suscité une vive réaction de Rabat. En réponse, Nasser Bourita, chef de la diplomatie chérifienne, a pointé ce « pays voisin (qui) continue d’alimenter le séparatisme » et qui « détourne ses ressources pour alimenter la déstabilisation régionale. » Deux mois avant, en mars, Bourita assurait que la diplomatie algérienne – sans toutefois la nommer – cherchait à empêcher la tenue d’un forum, le Crans Montana, à Dakhla, au Sahara (finalement reporté à cause du Covid-19).

Malgré les accusations réciproques, après l’élection du président algérien Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019, le roi du Maroc Mohammed VI avait appelé à tourner une « nouvelle page » dans les relations entre les deux pays pour la construction tant souhaitée du Grand Maghreb. Un appel resté jusque-là sans réponse…

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