Culture

Algérie : le chanteur Idir repose au cimetière parisien du Père Lachaise

La pierre tombale d’Idir au cimetière du Père Lachaise, à Paris, le 14 mai 2020

La pierre tombale d’Idir au cimetière du Père Lachaise, à Paris, le 14 mai 2020 © © Farid Alilat

Décédé samedi 2 mai à l’hôpital Bichat d’une fibrose pulmonaire, le chanteur kabyle Idir a été inhumé dans l’après-midi du mercredi 13 mai au cimetière du Père Lachaise, à Paris, lors d’une cérémonie simple, à l’image de ce qu’a toujours été l’artiste.

La terre fraîche est recouverte de bouquets de fleurs, d’une couronne mortuaire envoyée par la Mairie de Paris, et d’un autre grand bouquet rectangulaire de fleurs avec le symbole amazigh (berbère) au milieu, tressé avec des feuilles de lentisque et des branches d’oliviers pour évoquer la Kabylie natale d’Idir. Au milieu de ce tapis de mille couleurs, une pierre tombale toute petite et toute simple : « El Hamid Cheriet, dit Idir. 1945-2020 ». Décédé samedi 2 mai à l’hôpital Bichat d’une fibrose pulmonaire, le chanteur kabyle Idir a été inhumé dans l’après-midi du mercredi 13 mai au cimetière du Père Lachaise, dans le 20e arrondissement parisien.

Les obsèques se sont déroulées en présence de ses deux enfants, de son frère, de son ex-compagne et de quelques amis triés sur le volet

Les obsèques se sont déroulées en présence de ses deux enfants, de son frère, de son ex-compagne et de quelques amis triés sur le volet. « Ce fût une cérémonie simple, digne et sobre comme l’a toujours été Idir », confie un de ses proches qui l’a longuement accompagné dans sa carrière. En raison de l’épidémie du coronavirus, l’accès au cimetière est ouvert aux professionnels et aux familles exclusivement, indique un écriteau à l’entrée du Père Lachaise.

A l’ombre d’un platane géant et d’un grand cerisier

C’est sur l’Avenue des combattants étrangers morts pour la France du célèbre cimetière parisien  — où sont enterrés d’autres célébrités comme Balzac, Maria Callas, Jim Morrison ou encore Edith Piaf –, que repose désormais le chanteur Idir, disparu à l’âge de 75 ans. Située entre la sépulture d’un chrétien anonyme et celle de Mahmoud Hamchari, représentant de l’OLP (Organisation pour la libération de la Palestine) que le Mossad a assassiné en 1973 pour sa participation à la prise d’otage de Munich de 1973, la tombe d’Idir est à l’ombre d’un platane géant et d’un grand cerisier qui couvrent de leurs feuilles des sépultures parfaitement alignées.

L’enterrement en France de celui qu’on considère comme l’ambassadeur de la chanson kabyle met un terme à une polémique sur le choix du lieu où l’auteur de la chanson « A Vava Inouva » devrait reposer. Dès l’annonce de sa disparation, des proches et de milliers de fans ont émis le vœu que la dépouille d’Idir soit rapatriée en Algérie afin qu’il soit enterré dans son village natal, sur les hauteurs de Kabylie, cette terre des ancêtres que le chanteur a célébré pendant une carrière longue de plus de 45 ans.

Des amis, des proches et des habitants de la région de Ath Yenni, d’où Idir était originaire, étaient prêts à rapatrier son corps et prendre en charge les frais dans le respect des mesures sanitaires dictées par la pandémie du coronavirus. Des proches s’étaient rapprochés du ministère algérien des Affaires étrangères pour s’enquérir de la volonté des autorités d’organiser son rapatriement dans son pays natal – comme ce fut le cas pour l’acteur Roger Hanin, dont la dépouille fut transportée par un avion spécial en 2015. Réponse d’Alger : le premier cercle familial du défunt, qui est en contact avec l’ambassadeur d’Algérie en France, Salah Lebdioui, a décidé qu’il reposerait en France où Idir s’est installé à la fin des années 1970 et où ses deux enfants ont vu le jour.

Le chanteur avait exprimé, avant son décès, sa volonté de se faire inhumer en France, où vivent ses enfants

La veille des obsèques, la famille a tenté de couper court à la polémique via un communiqué explicitant les dernières volontés de l’artiste. « Bien que son souhait au départ était d’être enterré dans son village natal, il a changé d’avis au cours du temps, et exprimé à ceux auxquels incombe l’accomplissement douloureux de ses obsèques la volonté de se faire inhumer en France, où vivent ses enfants », indiquait le communiqué de la famille du défunt qui demande que sa dernière volonté soit respectée.

En raison de l’épidémie, l’entrée au Père Lachaise ce jeudi 13 mai est strictement réglementée. Devant le portail, des policiers en uniforme filtrent les entrées et n’hésitent pas à refouler gentiment les visiteurs. Seuls les amis et les connaissances sont autorisés à y entrer. Si les visites touristiques ou les recueillements sont interdits, les gardiens font parfois preuve de mansuétude en laissant des particuliers accéder à ce cimetière qui, en temps ordinaire, accueille 3,5 millions de visiteurs par an.

Icône de l’universalité

Lounes Tagrawla, chanteur et musicien, se tient debout devant la tombe de son ami avec une émotion contenue. « Idir est une icône de l’universalité, souligne Lounes. La polémique sur le lieu de sa dernière demeure n’avait pas lieu d’être. La plus belle tombe qu’on puisse lui donner est celle de nos cœurs. » Lounes rappelle que deux autres monuments de la chanson kabyle, Slimane Azem et Cheikhj El Hasnaoui, ont été enterrés, eux aussi, loin de leurs terres de Kabylie. Quand Lounes parle de Idir, admiration, respect et déférence suintent dans ses propos.

C’est d’autant plus fort qu’il avait eu le privilège d’accompagner l’artiste lors d’un concert à Bourges. « Idir voulait se produire dans les cafés de Paris, confie Lounes.  Comme à l’époque des années 1950 et 1960,où des chanteurs arabes et kabyles se produisaient dans les bistros parisiens. »

Lui aussi a connu Idir et tenait à aller au Père Lachaise pour se recueillir sur sa tombe. Chef d’entreprise originaire de la Petite Kabylie, Hafid s’était présenté la veille pour assister aux obsèques dans l’espoir de jeter un dernier regard au chanteur. Il n’a pas été autorisé à franchir la grille du cimetière. Devant la sépulture, il se recueille en silence tandis qu’un autre fan fait un live sur Facebook.  « Je voulais venir pour lui dire Merci pour tout ce qu’il a fait, glisse Hafid. Il a fait la langue, la culture et l’identité berbère à travers le monde. Son apport n’a pas de prix. Cela étant dit, j’aurais aimé qu’il soit enterré dans la terre de ses ancêtres. »

Sous un soleil printanier, la quiétude et le calme du Père Lachaise est interrompue par le chant des oiseaux et le bruit des travaux d’entretien autour des différents carrés. Une fois l’épidémie du coronavirus finie, la tombe de Idir sera un lieu de pèlerinage comme c’est le cas de celles de Guillaume Apollinaire, Colette ou de Molière.

Si la question n’a pas encore été abordée, la Mairie de Paris — qui a fait livrer la couronne de fleurs sur la tombe de Idir — n’exclut pas de lui rendre un hommage solennel, quand les conditions sanitaires le permettront. « La Mairie de Paris, qui a salué Idir à l’annonce de sa disparition, a voulu par ce geste rendre hommage au chanteur, à l’artiste et au Parisien qu’il a été », confie Fréderic Hoquarde, adjoint à la maire de Paris et élu du 20e arrondissement. Une rue, une place, une statue ou un lieu au nom d’Idir dans Paris ? Voilà qui devrait ravir ses fans.

 

 

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