Santé

Artemisia et coronavirus : en RDC, « on peut commencer rapidement un essai clinique »

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Mis à jour le 14 mai 2020 à 16h11
Jérôme Munyangi, le médecin pro-artemisia congolais (d.), lors de sa rencontre avec le président Félix Tshisekedi, le 12 mai 2020.

Jérôme Munyangi, le médecin pro-artemisia congolais (d.), lors de sa rencontre avec le président Félix Tshisekedi, le 12 mai 2020. © DR : présidence RDC

Félix Tshisekedi a reçu Jérôme Munyangi, qui revenait tout juste de son exil en France. Entretien avec ce médecin et chercheur congolais qui prône le recours à l’artemisia pour contrer le coronavirus. 

Jérôme Munyangi a eu droit à tous les honneurs. Rentré le 7 mai à Kinshasa après avoir quitté en catastrophe son pays en mars 2019, s’estimant alors « persécuté » en RDC pour avoir fait la promotion de l’artemisia comme traitement contre le paludisme, le médecin a voyagé cette fois dans « un jet sécurisé par la présidence », s’est-il plu à souligner lors d’un passage à la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC).

Une semaine après son retour, il a été reçu par Félix Tshisekedi lui-même. Devant le président, il a dressé l’état des lieux de ses recherches sur les effet de l’artemisia contre le paludisme et a plaidé pour que la plante entre pleinement dans « les recherches de la solution africaine » face au coronavirus.

Mercredi 13 mai, c’est au siège de la task-force chargée d’informer Félix Tshisekedi sur l’évolution de la pandémie de Covid-19 que le jeune médecin de 36 ans a accordé un entretien à Jeune Afrique. Signe de l’attention portée par la présidence à l’avis du chercheur, c’est Tina Salama, la porte-parole adjointe de Félix Tshisekedi, qui a joué les intermédiaires pour organiser la rencontre. Lors de tous ses déplacements, le médecin, qui assure avoir été menacé par des revendeurs de médicaments travaillant en relation avec des firmes pharmaceutiques indiennes et chinoises, est d’ailleurs sous la protection d’un garde du corps détaché par la sécurité du chef de l’État.

Jeune Afrique: Vous revenez après plus d’un an d’absence et alors que vous affirmiez faire l’objet de persécutions et de menaces en RDC. Les craignez-vous toujours?

Jérôme Munyangi : La première condition que j’avais posée, avant d’accepter de quitter Paris, était que ma sécurité soit assurée. C’est le cas. Je me sens aujourd’hui en sécurité. Et, pour paraphraser le président de la République, il ne faut pas fouiner dans le passé lorsque l’on accepte de rentrer. J’ai été très bien accueilli. Je suis invité par le chef de l’État… Je crois maintenant qu’il est temps d’essayer de travailler sérieusement pour contribuer à la lutte contre les maladies qui frappent la RDC.

Qui vous a mis en relation avec le président Tshisekedi ?

Le Dr Roger Kamba, conseiller du chef de l’État en matière de couverture santé universelle, et Alexis Kayembe, son conseiller spécial aux infrastructures, m’ont contacté en son nom pour organiser mon retour au pays. Les discussions, notamment avec La Maison de l’artemisia, ont duré deux semaines.

Quel rôle occuperez-vous au sein de la task-force de la présidence ?

J’y suis rattaché avec une responsabilité liée à la recherche. Le but est d’apporter notre contribution aux différentes solutions africaines qui existent ou qui sont en cours de développement.

Quelle est votre analyse de l’évolution de la pandémie en RDC ? Les mesures prises ont-elles été à la hauteur ?

Il est très difficile de prédire avec certitude ce qu’il va se passer, même en s’appuyant sur les modélisations épidémiologiques. Ce fut le cas y compris dans des pays comme la France, où, au début, on se disait qu’on ne pouvait pas être atteint. On a vu ce qu’il s’est passé ensuite.

Compte tenu des circonstances, les mesures prises – même si les moyens ne sont peut-être pas suffisants – ont permis de lutter contre la propagation. Mais si la responsabilité des autorités compte certes, celle de la population importe aussi.

Avez-vous participé à l’élaboration du Covid-Organics, le remède promu par le président de Madagascar, Andry Rajoelina ?

Je travaille pour La Maison de l’artemisia France, et cette ONG a approché les autorités de nombreux pays africains, dont Madagascar, qui a été le premier à accepter d’intégrer cette plante dans la lutte contre le Covid-19. En tant que responsable de la recherche clinique et médicale de la Fondation Artemisia France, j’ai participé à ce processus.

Que préconisez-vous pour stopper la propagation du coronavirus en RDC ?

Cela commence par le respect des gestes barrières et des mesures qui ont été adoptées par le gouvernement. Il faut aussi que nous réfléchissions sur la manière dont nous pouvons compter sur nos propres scientifiques et sur nos propres solutions – et que l’on essaie ces dernières. Prenez l’exemple de l’hydroxychloroquine : en dépit de la polémique que cela a provoqué, quelqu’un a eu le courage de la défendre, et cela soulage des patients. Nous ne perdrons rien en essayant de mettre des scientifiques congolais, et plus généralement africains, au travail.

Nous, nous arrivons avec une solution : c’est de travailler à mener un essai clinique avec l’artemisia. Ce travail, nous l’avions proposé à l’Union africaine et à l’OMS. Nous avons un protocole cohérent, déjà prêt.

Un protocole qui respecte les normes de la recherche clinique.

Le même que celui en vigueur à Madagascar ?

Non. Madagascar n’a pas de protocole clinique. La solution connue sous le nom de Covid-Organics, c’est une tisane dans laquelle il y a de l’artemisia et une autre plante médicinale. C’est une solution. Nous, ce que nous proposons, c’est un protocole, avec un schéma qui respecte les normes de la recherche clinique. Aujourd’hui, on peut passer à l’expérimentation, à l’essai clinique qui permettra de dire si oui ou non ce protocole peut soigner les gens atteints de Covid-19.

Quand va démarrer cet essai clinique ? Et combien de personnes seront-elles concernées ?

C’est aux autorités de le décider. On peut commencer rapidement un essai avec une vingtaine ou une quarantaine de patients. En deux semaines, on aura un résultat.

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