Politique

Algérie – Dalia Ghanem : « Chaque président a voulu avoir sa propre Constitution »

Dalia Ghanem, docteur en science politique algérienne

Dalia Ghanem, docteur en science politique algérienne © DR

Docteur en sciences politiques, chercheuse résidente au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, Dalia Ghanem voit dans le projet de réforme constitutionnelle « une récupération politique » qui manque sa cible, à savoir satisfaire les revendications du Hirak.

La première mouture de la réforme de la Constitution fait couler tant d’encre que le porte-parole de la Présidence algérienne a jugé utile, ce mercredi, de préciser que le texte n’était « qu’une ébauche de révision, une plateforme de débat et une méthodologie de travail ». « Inutile d’émettre des préjugés sur les dessous de ce timing », a insisté Mohand-Oussaid Belaïd, alors que l’opposition note que l’avant-projet a été rendu public en pleine pandémie de Covid-19.

La Présidence fait valoir, par la voix du ministre-conseiller, qu’elle a souhaité répondre « à l’insistance répétée de certains acteurs politiques et représentants de la société civile, en dépit de l’impossibilité de tenir des réunions publiques » en raison de la crise sanitaire. Une commission établie au niveau de la Présidence se chargera de recevoir les avis et les propositions de tous les acteurs, a aussi annoncé Mohand-Oussaid Belaïd.

« L’objectif, c’est que l’Algérie se dote d’une Constitution consensuelle, la préservant de tomber dans l’autoritarisme et de vivre des crises à chaque fois qu’il y a dysfonctionnement à la tête du pouvoir. » Quant aux arbitrages présidentiels, ils viendront en temps utiles, balaie le conseiller du président Abdelmadjid Tebboune : « La Présidence ne peut pas intervenir maintenant pour ne pas donner l’impression de diriger les débats […]. Mais nous retiendrons tout ce qui unit les Algériens et rejetterons ce qui les divise. »

Chercheuse résidente au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, fondé par la Fondation Carnegie pour la paix internationale, Dalia Ghanem voit dans le projet de réforme « une récupération politique » qui manque sa cible, à savoir satisfaire les revendications du Hirak. Entretien.

Jeune Afrique : L’avant-projet de réforme de la Constitution mentionne le Hirak du 22 février dans son préambule. C’est une victoire pour le mouvement populaire ?

Dalia Ghanem : C’est de la récupération politique, je n’y vois aucune victoire pour le Hirak. Le président, Abdelmadjid Tebboune, veut se prévaloir du Hirak « béni », comme il dit. Utiliser le mouvement populaire, qui était contre son arrivée au pouvoir et qui s’oppose au système qu’il représente, n’est pas de bon aloi. Les manifestants qui ont obtenu le départ d’Abdelaziz Bouteflika exigeaient un changement radical : celui de la Constitution et aussi du système. La copie présentée n’est qu’un  amendement, une sorte de ravalement de façade.

Ce travail de révision de la Constitution se fait, en outre, sans représentants du Hirak ni membres de l’opposition. C’est le travail d’un comité qui n’a pas été inclusif vis-à-vis de la société algérienne et qui a réfléchi à huis clos. Au point que Fatsah Ouguergouz, docteur en droit et ancien juge à la Cour africaine des droits de l’homme, a démissionné de ce comité d’experts.

Ces réformes constitutionnelles sont toujours des ravalements de façade

Cette première copie dessine-t-elle une Algérie plus libérale ? 

Chaque président arrivé au pouvoir en Algérie a promis une nouvelle Algérie, avec une nouvelle constitution. De Chadli Bendjedid jusqu’à Bouteflika qui, en vingt ans, aura retouché la Loi fondamentale à trois reprises, ils ont tous essayé de laisser leur marque. Ce sont toujours des ravalements de façade, y compris cette fois-ci. Tous ces chefs d’État sont liés par le même type de régime, qui ne rompt ni avec sa filiation politique ni avec la mainmise du militaire sur le civil.

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