Économie

[Tribune] Coronavirus : la Chine doit payer

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Par  Oby Ezekwesili

Cofondatrice de Transparency International, ancienne vice-présidente de la Banque mondiale

Une affiche sur le coronavirus à Lagos, le 12 mai 2020.

Une affiche sur le coronavirus à Lagos, le 12 mai 2020. © Sunday Alamba/AP/SIPA

L’ancienne vice-présidente nigériane de la Banque mondiale Oby Ezekwesili a lancé l’appel #ChinaMustPay le 16 avril dernier dans le Washington Post. Selon elle, la Chine devrait payer les pays africains pour les dommages causés par la pandémie de coronavirus.

Malheureusement et injustement, mon pays, le Nigeria, est l’un des 54 pays africains qui luttent suite à l’échec de la Chine à assumer la responsabilité d’une pandémie qui aurait pu être facilement contenue et localisée.

Étant donné que Pékin n’a pas adhéré à la transparence scientifique et de la recherche de base dans les premiers jours critiques de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, il doit accepter ses responsabilités et accéder à une demande légitime de paiement de sanctions.

Il est maintenant clair pour le monde que la gestion de la pandémie par la Chine a été opaque : des informations du domaine public indiquent que la Chine a caché au reste du monde des informations cruciales sur la pandémie. La charge de présenter des informations contrefactuelles convaincantes incombe à la Chine et, jusqu’à présent, elle ne l’a pas fait.

Or, l’esprit de transparence doit être dans l’intérêt de la Chine. Il est curieux que Pékin n’ait jusqu’à présent pas accepté ma suggestion de permettre à un groupe d’experts internationaux indépendants d’examiner et d’évaluer la manière dont la Chine gère la pandémie de Covid-19. Pourquoi ? La Chine a-t-elle peur d’une divulgation complète d’informations qui puisse aider le monde à tirer des leçons essentielles sur la meilleure façon de gérer les menaces et les risques mondiaux ?

Une compensation encore à estimer

La Chine doit à l’Afrique une compensation encore à estimer, car sa négligence en décembre 2019 et début janvier a entraîné une pandémie mondiale à propagation rapide, qui a fait chuter la croissance économique du continent de 2,9 % en 2019 à – 5,1 % en 2020. Dans un rapport d’avril 2020 sur la pandémie de coronavirus, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique a déclaré que « plus de 300 000 Africains pourraient perdre la vie à cause du Covid-19 ». Selon la Commission de l’Union africaine, le coronavirus a déjà provoqué l’effondrement de nombreuses économies en Afrique et aggrave la pauvreté.

Ces souffrances injustifiées des pauvres et des vulnérables provoquées par les actions d’un pays relativement riche et puissant exigent un nouveau système pour lutter contre les inégalités mondiales.

J’ai du mal à croire que la Chine, compte tenu de son expérience des mauvais traitements coloniaux, souhaite que ce modèle se poursuive

Dans l’intervalle, Pékin devrait prendre ses responsabilités et atténuer la pression fiscale sévère sur nos pays, en annonçant une annulation de plus de 140 milliards de dollars de prêts que son gouvernement, ses contractants et ses banques ont avancés en Afrique au cours des deux dernières décennies.

À la suite de cette annulation de la dette, un consortium international composé du G20, de la Chine, de la Commission de l’Union africaine et d’institutions mondiales telles que les Nations Unies, la Banque mondiale et le FMI devrait être constitué pour évaluer l’étendue totale des dommages et la compensation due.


J’ai du mal à croire que la Chine, compte tenu de son histoire et de son expérience des mauvais traitements coloniaux, souhaite que ce modèle cyclique se poursuive. Les autorités de Pékin veulent-elles vraiment que les Africains acceptent simplement les actions nuisibles des pays riches et puissants ? Il devrait être dans son intérêt national historique d’empêcher l’exploitation future des pays vulnérables par les superpuissances économiques.

Une taxe mondiale sur la charge du risque

Mon article #ChinaMustPay est un appel à innover pour trouver des mécanismes mondiaux qui obligent les pays à commencer dès maintenant à avoir les bonnes réactions chaque fois que des risques et des menaces émergent. La Chine a connu la grandeur économique en misant sur l’innovation, n’est-il pas légitime de lui demander d’être partie prenante à la création d’une nouvelle norme mondiale ?

J’ai proposé un système de sanctions sous la forme d’une taxe mondiale sur la charge du risque qui sera désormais payable aux pays les plus faibles et les plus vulnérables et à leur population chaque fois qu’ils seront obligés de supporter une charge disproportionnée de risques mondiaux évitables émanant de pays riches et puissants.

Une telle pénalité pourrait servir de dissuasion pour empêcher la prise de décisions telles que celles qui ont intensifié la propagation du virus mortel hors de Wuhan.

La Chine doit savoir qu’en ce qui concerne nos vies et nos moyens de subsistance, aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne peut plus jamais nous intimider, nous Africains.

Pékin devrait faire ce qu’il faut maintenant et accepter la dette qu’il doit à l’Afrique à la suite de ses échecs sur le Covid-19. C’est ainsi que les puissances mondiales responsables devraient se comporter au 21e siècle si elles veulent être prises au sérieux.

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