Transport aérien

Pour Tunisair, le salut passe par la réouverture des vols vers l’Europe

Un Boeing 737 de Tunisair à l'aéroport d'Orly

Un Boeing 737 de Tunisair à l'aéroport d'Orly © Laurent GRANDGUILLOT/REA

Nécessaire avant même la crise, la restructuration de la compagnie aérienne tunisienne est désormais vitale. Tunisair vise une reprise à 70 % de ses opérations d’ici à septembre.

Quand l’Europe rouvrira-t-elle son espace aérien ? C’est la question à laquelle est suspendu Tunisair. Avec 45 % de son trafic en provenance de la France, la compagnie à la gazelle rouge est fortement dépendante du flux des touristes du vieux continent.

Le transporteur, qui a fait voler 3 millions de passagers en 2018, ne profitera pas cette année de la traditionnelle haute saison des mois de juillet-août. « Mais elle pourrait se consoler avec les touristes retraités à partir d’octobre », estime Karim Elloumi, le président de la Fédération tunisienne des pilotes de ligne (FTPL).

Après les douloureuses épreuves traversées depuis 2011, l’année 2019 avait été marquée par un important retour des vacanciers au pays du jasmin. L’afflux de touristes y avait en effet atteint un pic : 6,6 millions de personnes en septembre 2019, soit une augmentation de 16,87% sur un an.

Si Tunisair en avait bénéficié, elle n’avait pas pu pleinement surfer sur la vague puisqu’elle opérait en sous-capacités. Faute de moyens octroyés par l’État actionnaire (à hauteur de 64,86 %), la compagnie n’avait en effet pas pu se procurer certaines pièces de rechange nécessaires et avait donc dû clouer au sol une partie de sa flotte. Avant même la crise du coronavirus, 15 de ses 27 appareils n’étaient pas en mesure de décoller.

Plan de sauvetage en négociation

Ces dernières semaines, la compagnie a opéré un à deux vols de rapatriement par jour. Elle s’est aussi réorientée vers le cargo, transportant des denrées périssables, du matériel médical mais aussi des câblages, alors que le trafic maritime est en baisse. Tunisair a ainsi assuré cinq liaisons fret la semaine dernière avec la Chine.

Sur le plan financier, la situation est compliquée, d’autant plus que la compagnie est désormais privée de ses recettes commerciales habituelles. Les salaires des deux derniers mois de ses 4 800 employés ont été réglés. Les pilotes ont consenti à une baisse de leurs revenus, tout comme les agents à l’étranger. Mais la compagnie a dû présenter auprès de sa tutelle gouvernementale un plan de sauvetage.

S’il a été accepté sur le principe, ses modalités et son montant sont en cours de négociation, selon une source en interne. Alors que ce plan devait enclencher la restructuration du transporteur avant la crise, il doit désormais assurer sa survie.

Une maintenance importante et très coûteuse

Tunisair a en effet enregistré 150 millions de dinars (47 millions d’euros) de pertes depuis le 18 mars, alors que l’endettement de la compagnie s’élevait déjà en 2019 à 965 millions de dinars. Outre l’injection de cash, le gouvernement pourrait octroyer un geste fiscal et surtout financer le plan de départs volontaires de 1200 employés.

En début d’année, le PDG, Elyès Mnakbi, aux commandes depuis 2017, estimait que la compagnie devrait se séparer de 61 % de ses effectifs pour retrouver l’équilibre.

« Tunisair a un très bon coefficient de remplissage mais ses coûts de fonctionnement sont très élevés, analyse Karim Elloumi. La flotte, vieillissante, composée d’Airbus vieux de 18 ans, nécessite une maintenance importante, très coûteuse, de l’ordre de 200 millions de dinars. Par exemple, les prix des moteurs des avions ont quadruplé car ils se font plus rares. Ces coûts pèsent encore plus que la masse salariale. »

Reprise progressive du trafic

Pour sortir de l’ornière, Tunisair doit donc moderniser ses outils. Une solution consisterait à se remettre à la table des négociations avec le loueur irlandais SMBC Aviation Capital avec lequel la compagnie avait conclu en décembre un contrat de cession-bail – « sale and leaseback » (vente puis location pour une longue durée) – pour cinq Airbus A320neo, dont trois devaient arriver en 2021.

Mais le loueur, de la part duquel Tunisair attend un retour, traverse actuellement, comme tous les acteurs du secteur, quelques zones de turbulences. Ce qui ne devrait pas faciliter les choses.

Si les prochains mois s’annoncent difficiles, la compagnie envisage de reprendre progressivement ses activités, jusqu’à assurer 70 % de ses opérations en septembre. Elle a d’ores et déjà déposé un programme de vols pour l’Algérie et le Maroc – deux lignes qui étaient jusque-là rentables – similaire à celui de l’avant-Covid-19. Avec l’espoir qu’elle y retrouvera le même niveau de trafic.

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