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Cet article est issu du dossier «Affaire Vital Kamerhe en RDC : un directeur de cabinet face à la justice »

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Justice

RDC : Vital Kamerhe maintenu en détention, son procès reporté

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 11 mai 2020 à 17h12
L'ouverture du procès de Vital Kamerhe, lundi 11 mai, a été retransmise sur la RTNC, la chaîne nationale congolaise.

L'ouverture du procès de Vital Kamerhe, lundi 11 mai, a été retransmise sur la RTNC, la chaîne nationale congolaise. © Stanis Bujakera pour JA

Vital Karmehe est soupçonné du détournement de près de 50 millions de dollars de deniers publics. Son procès a été reporté au 25 mai. Le tribunal a annoncé qu’il se prononcera sous 48 heures sur la demande de remise en liberté du directeur de cabinet de Félix Tshisekedi.

Le visage en partie mangé par une barbe naissante, le regard sombre mais la mine décidée. C’est sous les objectifs des caméras de la télévision nationale, seules admises à retransmettre l’ouverture du procès dans un dossier qui tient en haleine tout le pays depuis plusieurs semaines, que Vital Kamerhe a fait son entrée, lundi matin, dans la salle de la prison de Makala qui accueille pour l’occasion le tribunal de grande instance Kinshasa Gombe.

Depuis son placement en détention provisoire, le 8 avril dernier, c’est la première apparition publique de celui qui est, toujours, le directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi. Principal allié politique du président congolais, Vital Kamerhe n’a en effet pas démissionné de son poste. Et n’a, pour l’heure, pas été révoqué.

Report du procès au 25 mai

Mais celles et ceux qui attendaient des éclaircissements sur les soupçons qui pèsent à son encontre – le détournement présumé de près de 50 millions de dollars dans le cadre du Programme des cent jours – devront encore attendre.

Au terme de deux heures d’une courte audience, le procès de Vital Kamerhe et de ses deux co-accusés a en effet été reporté au 25 mai « pour la poursuite de l’instruction », a indiqué le président du tribunal.

Restait ensuite à statuer sur la demande de remise en liberté déposée par les avocats de Vital Kamerhe. Les juges n’ont finalement pas tranché, ce lundi, annonçant que leur décision sur ce point interviendrait sous 48 heures.

Premières passes d’armes et exposé des charges

La courte audience a été l’occasion d’une première passe d’armes entre les avocats de l’Etat de la RDC, qui s’est constitué partie civile dans ce dossier sans précédent, et ceux de Vital Kamerhe. Les premiers ont soulevé une première contestation, remettant en cause la composition de la défense de Kamerhe, car « certains de ses avocats sont aussi les avocats de la RDC ». Sur les bancs de la défense, la réponse a fusé : « Le différend doit être tranché au niveau de l’Ordre des avocats. »

Le parquet général près la cour d’appel de Kinshasa-Matete, chargé du dossier, a de son côté confirmé ses accusations. Vital Kamerhe et l’homme d’affaires libanais Jammal Samih sont poursuivis pour le détournement de 48,8 millions de dollars destinés à la construction de 1 500 maisons préfabriquées dans le cadre du volet des « logements sociaux » prévus au profit de cinq provinces congolaises dans le cadre du Programme des cent jours.

Le directeur de cabinet du président congolais est également soupçonné d’avoir détourné 2,1 millions de dollars destinés cette fois à la construction de 3 000 maisons préfabriquées pour des policiers et militaires de Kinshasa, toujours dans le même Programme des cent jours.

Enfin, Vital Kamerhe est accusé par le parquer d’avoir accepté indirectement, par l’intermédiaire de sa belle-fille, la cession d’une concession, pour jouer de son influence en tant que superviseur du Programme des cent jours et obtenir que les marchés publics soient attribués aux sociétés de Jammal Samih.

L’homme d’affaires libanais est, de son côté, poursuivi pour des faits de blanchiment et de corruption de fonctionnaire.

Troisième co-accusé dans ce procès, Jeannot Muhima Ndoole, chargé de service import-export à la présidence de la République, est soupçonné de détournement de deniers publics et de complicité avec Vital Kamerhe.

Vital Kamerhe cite des noms

Sur le banc des accusés, tous clament leur innocence depuis le début de l’affaire. Face au tribunal, qui lui demandait de préciser ses fonctions et son rôle exact dans le cadre du Programme des cent jours, Vital Kamerhe s’est montré particulièrement offensif, dénonçant « des pièges et des questions tendancieuses ».

Le directeur de cabinet du chef de l’État, visiblement décidé à ne pas être seul à faire face aux accusations, a affirmé que neuf personnes en tout intervenaient dans la supervision de ce programme, citant nommément Eberande Kolongele, directeur de cabinet adjoint du président – qui assure l’interim depuis son incarcération –, ainsi que Deogratias Mutombo, gouverneur de la Banque centrale du Congo.

Il a également tenu à rappeler que les décisions étaient prises sous l’égide de celui qui était alors le coordinateur principal du programme, Nicolas Kazadi, actuellement ambassadeur itinérant de Félix Tshisekedi. Un programme qui a été « approuvé par le président de la République », a en outre souligné Vital Kamerhe.

« On choisit ce qui va créer la confusion, personne ne parle par exemple de la gratuité de l’enseignement primaire », a-t-il également dénoncé.

Interrogé sur ses relations avec  Jammal Samih, Vital Kamerhe a botté en touche : « Le connaître à quel titre ? J’ai rencontré beaucoup de gens dans ma vie. » Quant à Jeannot Muhima: « Je le connais de nom. C’est aujourd’hui que je l’ai rencontré », a t-il soutenu.

Pour l’audience sur le fond du dossier, rendez-vous est pris le 25 mai prochain. Avant cela, Vital Kamerhe saura, dans les 48 heures qui viennent, s’il comparaîtra ce jour-là en homme libre ou s’il devra patienter dans sa cellule de la prison de Makala.

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