Politique

Quand le Maroc s’invite dans les débats politiques sur le coronavirus en France

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Mis à jour le 07 mai 2020 à 21h23
Le roi Mohammed VI reçoit Saaid Amzazi et le charge des fonctions de porte-parole du gouvernement.

Le roi Mohammed VI reçoit Saaid Amzazi et le charge des fonctions de porte-parole du gouvernement. © MAP

Alors que la France s’apprête à sortir du confinement, avec un manque criant de masques de protection, la capacité du Maroc à en produire rapidement est encensée par les médias et les figures d’opposition de l’Hexagone.

« Exception marocaine » lors du Printemps arabe qui a secoué les palais présidentiels en Afrique du Nord et au Moyen Orient ; « modèle marocain » pour contrer l’islam radical et le terrorisme qui fait trembler les plus puissants services sécuritaires du monde… et désormais, voici que le royaume est érigé en « exemple dans la lutte contre la pandémie du coronavirus », qui a déjà fauché 265.000 habitants de la planète (7% des 3,8 millions de cas déclarés).

Plusieurs médias ont consacré des articles traitant de l’approche adoptée par le Maroc pour affronter cette crise sanitaire. Approche qui s’avère efficace dans la mesure où elle a permis jusque-là de limiter les pertes humaines dans un pays où les structures sanitaires restent limitées. Ainsi, au royaume, le taux de létalité ne dépasse pas 3,4%, soit deux fois moins que la moyenne mondiale.

« L’exemple marocain »

Les mesures proactives, la célérité dans la prise de décisions, la capacité d’adaptation de l’industrie locale, la mobilisation de ressources exceptionnelles… les angles de sujets n’ont pas manqué pour inspirer les journalistes qui ont relaté divers aspects de la politique de prévention « irréprochable » adoptée par le royaume.

« Un grand moment d’union nationale » vient récemment de titrer par exemple un média allemand pour résumer la riposte au Covid-19 du Maroc, qui a « agi avec courage et célérité », comme l’a souligné le quotidien espagnol El País, pourtant  peu enclin en temps normal à flatter le royaume.

Derrière ces papiers dithyrambiques sur le Maroc, d’acerbes critiques au gouvernement français sur sa gestion de la crise sanitaire

Mais c’est la presse française qui a le plus rivalisé d’éloges envers le Maroc. « Un modèle de gestion qui impressionne » a titré France Soir qui, à l’instar de plusieurs journaux, radios ou télévisions (TF1, RFI, Le Point) de l’Hexagone, a consacré un reportage au « réveil du Lion de l’Atlas ».

En trame de fond de ces papiers dithyrambiques, se trouvent d’acerbes critiques, décochées au gouvernement français sur sa gestion de cette crise sanitaire, avec près de 26.000 décès du coronavirus (14,8% de taux de mortalité). Surtout que le pays s’apprête à sortir progressivement du confinement, sans pour autant pouvoir fournir à sa population suffisamment de masques de protection.

C’est d’ailleurs le retard pris pour assurer une production de masques qui avait incité Le Canard Enchaîné à dégainer la brosse à reluire à l’égard du royaume. Et tailler ainsi des croupières à l’administration d’Emmanuel Macron. « Sur le plan industriel, il y a des leçons à retenir de l’autre côté de la Méditerranée », écrit Le Canard en faisant référence à « ce pays à deux heures d’avion de Paris » qui a su s’adapter pour s’assurer rapidement une production de masques dépassant ses besoins domestiques.

Article du Canard Enchainé sur la gestion marocaine de la pandémie de coronavirus.

Article du Canard Enchainé sur la gestion marocaine de la pandémie de coronavirus. © Le Canard Enchaîné

« Le Maroc se positionne dans la course mondiale aux masques », avait titré quelques jours plus tard le quotidien Le Monde – pourtant peu habitué à chanter les louanges du royaume – en faisant référence aux commandes françaises de masques « made in Morocco ».

Entre admiration et opportunisme politique

Au-delà des médias, c’est surtout l’opposition française qui s’est emparée de l’exemple marocain comme prétexte à des attaques en règle contre le gouvernement, se prêtant au parallèle entre les deux pays. « Pourquoi au Maroc est-on capable de produire des masques, de les vendre au supermarché, alors qu’en France, sur les devantures des pharmacies, il est marqué qu’il est interdit de vendre des masques à Monsieur tout le monde? », s’est insurgé le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, sur son compte Facebook.

« On ne peut pas avoir un Premier ministre qui se réjouit que notre production nationale de masques soit à 8 millions, ce qui est tout à fait dérisoire par semaine, quand le Maroc en fait 5 millions par jour! », avait surenchéri Marine Le Pen, héritière du Rassemblement (ex-Front) National, dans le 20h de France2.

De l’autre côté de l’échiquier politique français, le président de La France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, a souligné dans un tweet le 20 avril, que « La France est passée en 3 mois de 4 à 8 millions de masques produits par semaine et le Premier ministre pavoise ! Le Maroc en produit 21 millions par semaine !».  Lors de son intervention à l’Assemblée nationale le 28 avril, il a été jusqu’à appeler le gouvernement français à s’inspirer de la stratégie de gestion du royaume de la pandémie du Covid-19 : «A l’image du Maroc que nous devrions imiter dans ce domaine», a-t-il lancé aux élus, en évoquant la mobilisation des usines de textile pour fabriquer des masques. Et de conclure : « Le Maroc mérite votre admiration ».

 

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